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ConsommationNos finances vont encore souffrir en 2024

Allez, disons-le maintenant, vite fait: bonne année 2024, meilleurs vœux, la santé, l’amour, etc. Vite fait, parce qu’une fois la magie des fêtes passée, le retour à la normale va être beaucoup moins féerique pour nous tous. Rabat-joie? Non, réaliste.

C’est que les prix de plusieurs produits et services vont encore grimper l’an prochain en Suisse. Passage en revue (sélectif) de ce qui nous attend pour la nouvelle année. Courage!

Loyer: +3% minimum

C’est la dépense contrainte qui pèse le plus lourd dans les budgets domestiques. Pas de chance, elle va peser davantage encore en 2024. Le 1er décembre, l’Office fédéral du logement (OFL) a indiqué que le taux d’intérêt de référence, qui sert à déterminer le montant des loyers, augmente de 0,25 point de pourcentage pour s’établir à 1,75%. Pour rappel, en juin, il était déjà passé de 1,25 à 1,5%.

En conséquence, les bailleurs pourront augmenter les loyers des logements qu’ils louent de près de 3% dès le 1er avril 2024 (à certaines conditions).

Selon des estimations, près de la moitié des ménages de locataires étaient potentiellement concernés par des augmentations de leur loyer lors de la première hausse du taux de référence en juin. La banque Raiffeisen estimait en août que, en cas de nouvelle hausse de ce taux en décembre, ce serait cette fois deux tiers environ des baux en Suisse qui pourraient prendre l’ascenseur. Justement, on y est!

Et l'ascenseur n’a peut-être pas fini de grimper. D’après le même établissement financier, une troisième augmentation est déjà prévisible d’ici à la fin de 2024, au plus tard au début de 2025.

Ajoutons que la possibilité qu’ont les bailleurs d’augmenter de 3% le loyer est un minimum. Comme l’explique Raiffeisen, la plupart d’entre eux profitent de l’augmentation du taux de référence pour, d’une part, répercuter sur le loyer une partie du renchérissement accumulé et, d’autre part, faire valoir des hausses générales de coûts.

Résultat de l’addition: dans les faits, la hausse des loyers pourrait atteindre… 8% vers le troisième trimestre de l’année prochaine! Bonne année, qu’on vous disait!

L’Asloca rappelle que ces hausses de loyer peuvent toujours être contestées et, dans de nombreux cas, avec succès. Le critère de la hausse du taux de référence n’est pas le seul critère que l’on peut invoquer (on peut lui opposer le calcul de rendement, notamment). Et il ne peut pas être utilisé à n’importe quel moment ou de n’importe quelle manière, explique l’association de défense des locataires.

Électricité: +18%

Les tarifs de l’électricité vont augmenter de 18% en 2024. Rappelons qu’ils avaient déjà bondi de 27% cette année.

Pour un ménage de quatre personnes consommant 4500 kWh par an, la facture médiane passera de 951 à 1446 francs par année, calcule la Fédération romande des consommateurs (FRC), basée à Lausanne. «Mais elle frôlera les 2300 francs dans certaines communes, puisque les différences entre les 600 entreprises qui approvisionnent les ménages (les gestionnaires de réseau de distribution) sont énormes», ajoute l’association de défense des consommateurs.

Assurance maladie: +9%

C’est presque devenu une tradition dans notre pays. Chaque année, en septembre, les autorités fédérales annoncent la hausse des primes de l’assurance maladie pour l’année suivante.

La dernière annonce remonte au 26 septembre. Pour 2024, l’augmentation sera de 8,7%, soit 28 fr. 70 en plus par mois. Cela monte la prime mensuelle à 359 fr. 50.

Mais il s’agit là de moyennes et à l’échelle nationale suisse. Car, dans l’arc lémanique, la hausse sera plus importante. Elle atteindra 9,9% dans le canton de Vaud et 9,1% dans le canton de Genève. C’est d’ailleurs dans le canton du bout du lac Léman que la prime moyenne est la plus haute dans le pays, à 454 fr. 40 par mois. On a les records qu’on peut…

Abonnement général des CFF: +3,5%

Depuis le 10 décembre, l’abonnement général de 2e classe a augmenté de 3,5% (soit moins tout de même que les 5,7% initialement prévus). En espèces sonnantes et trébuchantes, la hausse représente 135 francs de plus sur une année. L’«abo général», comme on dit, coûte désormais 3995 francs (par mois, cela revient à 333 francs). Par comparaison, en décembre 2010, il coûtait 3300 francs.

En outre, l’abonnement demi-tarif adulte va augmenter de 5 francs pour passer à 190 francs et la carte journalière 2e classe de 3 francs pour atteindre 78 francs.

Comme le disait la publicité française pour la SNCF: «À nous de vous faire préférer le train»...

TVA: +0,4

L’Administration fédérale des contributions annonce que, à compter du 1er janvier 2024, la taxe sur la valeur ajoutée verra son taux «normal» augmenter de 0,4%, passant de 7,7 à 8,1%. Le taux «réduit» progressera de 0,1%, passant de 2,5 à 2,6%. Le pourcentage de hausse du taux «spécial» sera du même ordre, 0,1%, passant de 3,7 à 3,8%.

Poste: jusqu’à +21%

La Poste indique que, dès le 1er janvier 2024, envoyer une lettre ou un colis coûtera plus cher. Pour une lettre standard du courrier A, il faudra débourser 9,1% de plus, soit 1 fr. 20 contre 1 fr. 10 jusqu’ici. Et pour une lettre du courrierB», il faudra payer 11,1% de plus, soit 1 franc tout rond, au lieu de 90 centimes actuellement.

Quant aux paquets, un colis Economy jusqu’à 2 kg coûtera 21,4% de plus, soit 8 fr. 50, contre 7 francs jusqu’ici. Et un colisPriority» jusqu’à 2 kg coûtera 16,7% de plus, soit 10 fr. 50, contre 9 fr. aujourd’hui.

Alimentation: à voir

Nous avons interrogé les deux leaders de la grande distribution en Suisse sur les hausses, mais aussi les baisses de prix qu’ils prévoyaient pour les produits alimentaires en 2024 dans notre pays.

Migros répond par courriel que «les prix sont déjà inférieurs à ceux de l’année précédente malgré l’inflation». Le géant orange assure que, sur les produits dont il contrôle une partie au moins de la chaîne de production de valeur, il fait «tout son possible pour réduire ses coûts et appliquer dès que possible les baisses de coûts sur ses prix en rayon». En revanche, Migros reconnaît avoir «peu d’influence sur le prix des matières premières soumises aux lois du marché international».

Même son de cloche chez Coop. L’enseigne prévoit «une inflation encore plus faible que celle de cette année». «Rien qu'en 2023, nous avons baissé le prix de plus de 1000 produits dans un contexte économique difficile. Nous pensons pouvoir procéder à de nouvelles baisses de prix dans les prochains mois», promet sa direction.

Carburants automobiles: sous surveillance

Pas de hausse attendue en 2024, à ce jour du moins. Les prix à la pompe dépendent de divers facteurs. Parmi eux, les tensions géopolitiques. Et sur ce point, la guerre en Ukraine et le conflit au Proche-Orient ne sont pas de nature à faire baisser la douloureuse chez les pompistes.

Du reste, le prix du litre est déjà assez haut, non? Comme nous le rappelle la FRC, les prix de l’essence ont augmenté de près de 30% peu après le début de la guerre en Ukraine. Même s’ils ont largement décru depuis.

En 2021, le prix moyen du litre d’essence sans plomb 95 était de 1 fr. 67 en 2021. Actuellement, il est à 1 fr. 77 (prix relevés par l’association au 7 décembre). Idem pour le prix moyen du litre de diesel. Il coûtait 1 fr. 75 en 2021. Actuellement, il est à 1 fr. 94.

Autrement dit, les prix restent donc de 6 à 11% plus élevés environ que la moyenne enregistrée en 2021.

La FRC dénonce un déficit d’information sur les variations de prix en Suisse

Quatre questions à Jean Busché, responsable économie à la Fédération romande des consommateurs (FRC) *.

Jean Busché, responsable Économie à la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Vous critiquez l’Indice des prix à la consommation (IPC). Pourquoi?

C’est un indicateur très utile, mais il ne prend pas en compte la hausse des primes maladie, et il ne nous permet pas d’appréhender l’impact de la hausse de prix sur le budget des ménages.

Vous déplorez un déficit d’information sur les variations des prix des produits dans différentes enseignes en Suisse. C’est-à-dire?

La FRC défend l’idée qu’atteindre les prix justes passe par une transparence accrue des marges des transformateurs et des distributeurs. Cela afin de permettre au consommateur de savoir qui il rémunère et, surtout, dans quelle proportion. C’est l’argent des consommateurs qui finance tout le système alimentaire: de la production à la distribution. Voilà pourquoi l’information sur les produits, y compris la formation de leur prix, est l’un des droits essentiels des consommateurs.

«Il faut jouer sur les marges des distributeurs et cela passe par une meilleure transparence des prix.»

Le projet du Conseil fédéral de diviser par deux la valeur de la franchise douanière vous irrite particulièrement. Pourquoi?

C’est une mesure bureaucratique et chicanière qui culpabilise les consommateurs. Elle cible les symptômes plutôt que de s’attaquer au véritable problème.

Pour la FRC, il faut plutôt améliorer la concurrence, favoriser le libre choix des fournisseurs par les entreprises et éviter les pratiques de géodiscrimination. Il faut également jouer sur les marges des distributeurs, et cela passe par une meilleure transparence des prix.

Dans le contexte d’inflation globale et galopante, il est d’autant plus important que les consommateurs soient représentés et défendus. Quels seront les principaux combats de la FRC en 2024?

En comparaison internationale, la Suisse présente une faiblesse juridique dans la défense collective des droits des consommateurs. Il faut aussi améliorer les conditions-cadres en faveur de l’ensemble de la population et reconnaître l’importance des consommateurs dans l’économie suisse.

C’est pourquoi, dans les mois à venir, la FRC accordera une priorité politique à plusieurs thématiques: la mise en place d’un moratoire sur la hausse des primes maladie, le renforcement des droits des consommateurs (notamment à travers l’action collective), l’encadrement des pratiques abusives des plateformes de vente en ligne, ainsi que la lutte contre les manipulations et tromperies publicitaires

Par ailleurs, la révision à venir de la loi sur les denrées alimentaires sera également l’occasion de lancer des réformes essentielles pour les consommateurs de Suisse.

* La FRC a contribué à la préparation de ce dossier.