Concurrents hier, c’est ensemble qu’ils devront sauver nos rentes

Les trois anciens candidats à la succession de Calmy-Rey en 2011 sont désormais tous à des postes clés pour résoudre le défi de la prévoyance vieillesse. Mais ce trio de socialistes romands ne fait pas que des heureux à Berne.

Autrefois adversaires, les trois socialistes devront travailler main dans la main sur l'épineux dossier des retraites.

Autrefois adversaires, les trois socialistes devront travailler main dans la main sur l'épineux dossier des retraites.

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Les flashs crépitent autour d’Alain Berset et de Pierre-Yves Maillard. Nous sommes le 25 novembre 2011, il commence à faire nuit à Berne. Sous la Coupole, le groupe socialiste vient de désigner son ticket pour la succession de la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. Stéphane Rossini est éliminé de la course.

Huit ans plus tard, l’actualité réunit de nouveau les trois concurrents d’alors. Ils devront travailler main dans la main pour assurer l’avenir des retraites. Celui qui a fini par accéder au Conseil fédéral, Alain Berset, est chargé du Département fédéral de l’intérieur. C’est lui qui porte le projet. Et il vient de nommer Stéphane Rossini à la tête de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Son rôle: proposer des solutions innovantes. Enfin en tant que patron des syndicats, Pierre-Yves Maillard est un incontournable de toute réforme dans ce dossier. Il l’a prouvé mardi en négociant un compromis avec le patronat sur le 2e pilier.

Tirer la couverture à soi

«C’est assez cocasse de nous retrouver ainsi tous les trois», reconnaît Stéphane Rossini. Pour lui, la course au gouvernement n’a pas laissé de trace. «Le contexte était particulier. Mais il n’y a aucune rancœur, nous nous entendons bien.» Comme consultant, il a d’ailleurs collaboré avec le Canton de Vaud depuis, et œuvré en tant que président de la Commission fédérale pour l’AVS et l’AI et de Swissmedic, ce qui lui a permis de garder le contact avec Berne. «J’étais très heureux en apprenant sa nomination, ajoute Pierre-Yves Maillard. La campagne pour le Conseil fédéral nous a rapprochés. Si je côtoyais déjà Stéphane Rossini au Conseil national, j’ai appris à connaître Alain Berset dans ce cadre-là.»

Cette proximité est-elle un plus pour trouver une solution au dossier maudit des retraites? «Je l’espère, mais le sujet est complexe et il y a beaucoup d’autres acteurs en jeu», réagit Pierre-Yves Maillard. «Ce qui est sûr, c’est que nous sommes tous des gens engagés, complète Stéphane Rossini. Notre génération s’accorde sur le fait qu’il faut agir, même si les solutions divergent.» De son côté, il y a certains fondamentaux qu’il n’est pas prêt à sacrifier, notamment la solidarité. «Si la ligne du Conseil fédéral était la retraite à 67 ans, j’aurais certainement hésité à aller à l’OFAS.»

Reste que les trois hommes sont aussi perçus comme des coqs, voulant tirer la couverture à eux. Un problème? «Trois personnalités fortes, c’est plutôt intéressant, rétorque Didier Berberat (PS/NE). D’autant plus que chacun aura un rôle bien défini.» Alain Berset devra défendre la position du collège. En tant que haut fonctionnaire, Stéphane Rossini œuvrera en coulisses. Quant à Pierre-Yves Maillard, il ne sera pas inféodé au Conseil fédéral. Le Vaudois le reconnaît: «Comme toujours, il faudra trouver des majorités, donc travailler à des compromis. Nous l’avons fait sur quelques dossiers récemment. Mais il y aura aussi des moments de confrontation.» Et de faire référence au plan présenté mercredi par Alain Berset pour réformer l’AVS et qui veut une hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans.

Grogne de la droite alémanique

À droite, cette proximité est plutôt perçue comme du copinage, car la nomination de Stéphane Rossini a du mal à passer. «Je l’ai toujours dit à Alain Berset: «Tu t’entoures de trop de socialistes», lâche le sénateur Konrad Graber (PDC/LU). C’est désormais à lui de savoir si ce choix est judicieux ou non». D’autant plus qu’il s’agit de socialistes romands. «Ce n’est pas idéal pour obtenir une réforme mesurée, car on sait qu’en Romandie le rapport à l’État n’est pas le même qu’en Suisse alémanique», note son collègue Alex Kuprecht (UDC/SZ).

Pour Isabelle Moret (PLR/VD), le passé de Stéphane Rossini pourrait lui porter préjudice. «Il a été président de la commission qui va traiter ce dossier. Quand il viendra s’exprimer sur un projet, les parlementaires vont, dans un premier temps, le regarder comme un politicien et pas comme un spécialiste.» Philippe Nantermod (PLR/VS) se dit carrément préoccupé de voir que le Conseil fédéral «laisse les assurances sociales en mains socialistes».

Face aux attaques, la riposte fuse. «Le Conseil fédéral et le Parlement étant à droite, ils connaissent parfaitement leur marge de manœuvre», tacle Didier Berberat. «Stéphane Rossini est un expert incontesté dans le domaine des assurances sociales, ajoute Pierre-Yves Maillard. Et il a été nommé par tout le Conseil fédéral. Chacun de ses membres a besoin de s’entourer de personnalités compétentes de sa sensibilité politique».

Stéphane Rossini ajoute que les parcours de vie et les expériences politiques des uns et des autres ont montré une capacité à trouver des consensus. «Et je sais qu’il y a toujours l’épée de Damoclès du peuple. Je suis très lucide de ce côté-là.»

Créé: 06.07.2019, 23h00

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Alain Berset

Âgé de 47 ans, le Fribourgeois est chargé du Département fédéral de l’intérieur depuis son élection en 2011. Il est donc responsable du dossier des retraites. En 2017, il encaissait une défaite sévère devant le peuple avec Prévoyance 2020. Cette réforme des rentes mêlant 1er et 2e piliers avait profondément divisé les partis.

Pierre-Yves Maillard

Président de l’USS depuis le 6 mai, le Vaudois de 51 ans a été durant quinze ans un pilier du Conseil d’État. Cet automne, il devrait retrouver une place au National. C’est avec cette double casquette qu’il sera un acteur important des négociations avec le patronat, notamment pour la prévoyance professionnelle.

Stéphane Rossini

Le Valaisan a été nommé mercredi à la tête du très important Office fédéral des assurances sociales. Âgé de 56 ans, l’ancien conseiller national est un visage connu à Berne, puisqu’il a siégé seize ans sous la Coupole. Spécialiste des assurances sociales, il avait déjà été choisi pour présider la Commission fédérale pour l’AVS et l’AI.

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