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Encre bleueComparaison n’est pas raison

Fermeture de la douane franco-suisse à la route de Bois-Chatton (GE).
Fermeture de la douane franco-suisse à la route de Bois-Chatton (GE).
Lucien FORTUNATI

Selon le dicton, «comparaison n’est pas raison». Mais tout de même, maugrée Bernard, qui ne peut s’empêcher de faire l’exercice, à propos de la fermeture des frontières. Il faut dire que ce Genevois en a vu d’autres…
Pendant la deuxième guerre, alors qu’il n’était qu’un minot, il disposait d’une carte de légitimation émise par l’Office cantonal de l’économie de guerre lui donnant droit à une carte de rationnement. Ce document rose, retrouvé pendant le confinement en faisant de l’ordre dans ses vieux papiers, portait le tampon de la commune de Jussy puisqu’il vivait à l’époque dans le bâtiment de la douane de Monniaz. Un pied quasi de chaque côté de la ligne de démarcation.
Sa maman étant de nationalité française, Bernard et sa famille étaient aussi au bénéfice d’un laissez-passer permettant de franchir aisément la frontière pour se rendre en France occupée visiter les grands-parents et le reste de la parenté vivant en Haute-Savoie.
Ce qu’ils faisaient sans problème, et ce autant de fois que nécessaire, alors que les hostilités faisaient toujours rage dans le monde.
Or, en cette année 2020, le président français a déclaré son pays en guerre contre le virus. Et Bernard, devenu à son tour grand-père, est condamné comme tant d’autres à ne plus quitter le territoire suisse. Depuis le mois de mars, il ne peut plus se rendre à Ambilly, où vivent sa fille et ses petits-enfants.
N’est-ce pas un peu ballot, et pour tout dire idiot, ce genre de privation, alors que des dizaines de milliers de frontaliers passent la frontière pour venir travailler à Genève?
Bernard voit enfin le bout du tunnel. Dès lundi, il pourra enfin serrer sa famille dans ses bras. Ce sera plus simple et chaleureux que des embrassades par écrans interposés. Mais comparaison n’est pas raison…

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