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Le médiateurCommentaires en ligne: une chance ou une plaie?

Est-ce lié au surcroît dirritabilité qu’engendre le confinement? À l’orée du printemps, le médiateur a été souvent sollicité à propos des commentaires en ligne (et a d’ailleurs participé, le 2 avril, au débat de Forum - RTS - consacré à ce thème suite à une vive protestation du conseiller d’État Antonio Hodgers). Avec des demandes qui reflètent les craintes, les attentes et le flou qui règnent encore en ce domaine.

Retour en arrière pour éclairer la controverse. Au XIXe siècle, alors que les journalistes étaient souvent «semi-professionnels», l’intervention des lecteurs dans les journaux avait l’avantage d’apporter un surcroît d’informations. Au cours du siècle suivant, la pratique s’est développée, mais surtout dans l’idée de créer une communauté avec les abonnés. La gestion des apports extérieurs était alors relativement simple. D’abord, le correspondant trempait sept fois sa plume dans l’encrier avant d’aller poster sa contribution. Et il s’adressait à une institution, à «Monsieur le Rédacteur», titre d’ailleurs que le quotidien «24 heures» a conservé à cette rubrique jusqu’en 1999. Puis est survenue la révolution numérique: internet allait permettre de réagir à chaud.

Parmi les sollicitations reçues ces dernières semaines, deux se situent aux antipodes. D’un côté, le responsable d’une association cantonale de cafetiers et restaurateurs dénonce un «fatras d’inepties déconnectées du sujet et des propos désobligeants sous pseudos» et questionne: «Pareils commentaires ne l’emportent-ils pas sur l’article lui-même?» De l’autre, un lecteur de Sullens (VD) exprime son désarroi: «Ces espaces se raréfient, alors que cela faisait le sel de votre publication. Est-ce à cause de l’utilisation des pseudos? Je les préfère à la fameuse transparence.» Nous avons fait le tour des rédactions en chef romandes de Tamedia («24 heures», «Tribune de Genève»…) et sommes allés aussi nous enquérir du côté des sites gratuits du groupe.

Les responsables sont mitigés face à ces apports qui entretiennent le débat, contiennent des perles ou propagent la haine. Certains médias ont actionné le frein. «20 minutes» ou «LeMatin.ch» n’ouvrent actuellement les commentaires que suite à des articles qui ne sont pas en mesure de susciter une polémique. D’autres titres se contentent de fermer la discussion seulement pour les sujets les plus «à risques», quitte aussi à tenter de dédoubler le travail du modérateur mandaté. Une société extérieure, Netino, est en effet chargée d’écarter les commentaires inappropriés mais ne réussit pas toujours, dans le flot continu des réactions, à séparer l’ivraie du bon grain.

Une piste à étudier pour apaiser les discussions serait de supprimer la possibilité d’agir sous pseudonyme. Cette révolution date d’il y a vingt ans; espérons que dans vingt mois, un modus vivendi pourra garantir l’expression spontanée mais judicieusement balisée. Rendez-vous est pris.

Sadresser au médiateur? denis.etienne@tamedia.ch

42 commentaires
    Victor Ugoh

    Le pseudo ne signifie pas anonymat pour la justice, si nécessaire. Pour le commentateur honnête, c'est une protection élémentaire et il permet davantage de liberté d'expression. Limiter la longueur et le nombre de commentaires par article pour un même lecteur éviterait toutefois que certains monopolisent systématiquement l'espace pour leur propagande...