Comment la libre circulation a transformé l'économie suisse
Après 15 ans, le bilan est considéré comme positif. Mais les partenaires sociaux voient l'avenir de manière divergente

La libre circulation des personnes est-elle bien cette baguette magique qui a boosté l'économie suisse? Oui, répond avec force le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), qui présentait hier son 13e rapport d'évaluation, aux côtés des syndicats et de l'Union patronale suisse.
Les salaires ont augmenté
«Malgré les turbulences conjoncturelles et malgré les difficultés liées au franc fort, les 15 dernières années ont été très solides économiquement», a relevé Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, la directrice du SECO. Et les chiffres sont là. Quinze ans après l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes (ALCP), le PIB de la Suisse a augmenté de 29%. L'emploi a crû de 22% et les salaires réels de 12%. Quant à la population résidente, elle a augmenté de 15%. La crainte d'une spirale déflationniste des salaires ne s'est donc pas vérifiée, pas plus que celle concernant l'augmentation du chômage dans notre pays.
Boum des emplois très qualifiés
Concrètement, l'accord sur la libre circulation des personnes a permis une forte croissance des emplois très qualifiés. Et cela a favorisé la spécialisation des entreprises dans les activités à forte valeur ajoutée. Le tissu économique suisse s'est donc profondément transformé et modernisé. A l'autre bout de la chaîne, l'ALCP a également fourni la main-d'œuvre non qualifiée dont le pays continue à avoir besoin et qui ne se trouve plus sur le marché intérieur.

Davantage de places de travail
L'économie locale a aussi profité de l'arrivée d'une population étrangère souvent dotée d'un bon pouvoir d'achat. Cela a dopé les secteurs de la construction, du commerce ou celui de la santé et des soins à la personne). «L'immigration a dans l'ensemble constitué un bon complément au potentiel de main-d'œuvre indigène. Et la participation au marché du travail, déjà très élevée a encore progressé, autant pour les Suisses que pour les immigrés», souligne le rapport du SECO.
Pas d'augmentation du chômage
Et les effets négatifs? Ce n'est pas du côté des salaires qu'il faut les chercher. Ceux-ci ont augmenté en moyenne de 0,8% par an. L'immigration a peut-être freiné la hausse des rémunérations pour les emplois très qualifiés, mais la croissance salariale des bas revenus a bien suivi celle des revenus moyens. Si l'on regarde du côté du chômage, on constate que les nouveaux immigrés sont davantage exposés que la population locale suisse ou étrangère. Quant aux personnes venues des Etats tiers - essentiellement via l'asile ou le regroupement familial - elles ont davantage de difficultés à trouver un emploi.
Moins de travail au noir
«L'accord de libre circulation a permis de diminuer le travail au noir et les emplois précaires des branches à bas salaire», analyse Daniel Lampart, économiste en chef à l'USS. «On ne peut pas exclure que dans certaines professions, l'immigration ait exacerbé la concurrence. Mais les cas de personnes évincées du marché du travail par la concurrence des travailleurs étrangers restent exceptionnels», renchérit Roland Müller, le directeur de l'Union patronale suisse.
Un équilibre très fragile
Tout va donc pour le mieux? Peut-être pas. Le SECO et les partenaires sociaux sont bien conscients que les équilibres sont fragiles. La patronne du SECO a largement souligné le rôle joué par les mesures d'accompagnement pour minimiser le risque de dumping salarial. Qu'en sera-t-il maintenant avec la mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse? Syndicats et patronat ont des visions diamétralement différentes sur les ordonnances mises en consultation.
Un remède pire que le mal?
Pour l'USS, un effort particulier doit être fait pour améliorer la situation des travailleurs âgés. Et l'obligation faite aux entreprises d'annoncer les places vacantes dans les secteurs où le chômage dépasse les 5% va dans le bon sens, à condition que les contrôles soient parallèlement renforcés. L'Union patronale, elle, juge la mesure beaucoup trop bureaucratique. Et avertit déjà: débordés par l'afflux des annonces, les Offices régionaux de placement risquent bien de ne plus avoir les ressources suffisantes pour sélectionner les bons dossiers à présenter aux entreprises. Le remède serait alors pire que le mal.
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