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Hockey sur glace«Comme une assurance avec des primes très élevées»

Les clubs apprécient la main tendue par la Confédération mais se montrent tous très prudents face aux mécanismes des crédits.

Les clubs de hockey auront accès à un crédit de 150 millions de francs si la crise venait à durer. Les conditions d’obtention sont toutefois contraignantes.
Les clubs de hockey auront accès à un crédit de 150 millions de francs si la crise venait à durer. Les conditions d’obtention sont toutefois contraignantes.
KEYSTONE

Cent-cinquante millions de francs à disposition des clubs de hockey sous forme de prêts remboursables. La nouvelle est encore trop fraîche, il est encore un peu trop tôt pour y poser un regard définitif: c’est en quelque sorte le message transmis «à chaud» par les dirigeants des clubs professionnels du hockey suisse, qui viennent d’obtenir mercredi après-midi la confirmation qu’ils pourront puiser dans les fonds mis à disposition par la Confédération (75 millions dès le 1er juin) si la crise venait à durer et à entraver la reprise du championnat cet automne.

Tous se montrent reconnaissants du geste à leur égard et considèrent que le signal politique en faveur du sport est fort et bienvenu. Reste qu’il n’est pas acquis, en l’état, que les clubs de hockey helvétiques se ruent sur leur part du gâteau. Notamment en raison des contraintes liées à l’obtention des fonds mis à disposition par la Confédération. «Nous sommes très contents de recevoir un crédit, explique le directeur de la Ligue, Denis Vaucher. Dans l’éventualité où la crise devait se prolonger, les 150 millions mis à disposition par la Confédération nous apportent des garanties pour le début de saison. Toutefois, les problèmes arriveront après, lorsqu’il sera question de rembourser. Les conditions d’obtention sont très dures et les négociations avec l’OFSPO ont été très intenses entre vendredi et lundi soir. C’est un peu comme une assurance, mais avec des primes qui sont très élevées…»

Condition: huis-clos ou capacité réduite

Une tranche de 75 millions destinée au hockey sur glace sera ainsi débloquée à compter du 1er juin. Une autre, identique, en 2021 en cas de nécessité. «La condition, selon la déclaration d’intention qui a été signée, est de jouer à huis-clos ou à capacité réduite (ndlr: par ex. moins de 1000 spectateurs), précise Denis Vaucher. Si par contre le championnat peut reprendre normalement le 18 septembre avec du public, ce que nous espérons, ces crédits ne seront pas disponibles.»

Si des clubs devaient se trouver en difficulté financière malgré tout, ils devraient alors se tourner vers le fonds de 50 millions mis à disposition par la Confédération dans son premier paquet d’aide au sport.

«La Confédération a lancé un signal fort au sport de compétition, applaudit Sébastien Pico, CEO du HC Viège en Swiss League. Elle a prouvé que nous avions un rôle à jouer dans la société et nous a accordé une solution financière pour pouvoir continuer à l’exercer. Il faudra maintenant voir précisément quelles sont les modalités de l’application des critères.»

Les fonds, remboursables, seront centralisés auprès de la Ligue et disponibles sous de strictes conditions. Comme la nécessité de diminuer les masses salariales de 20% dans les trois ans, de maintenir un niveau d’engagement identique pour la relève, et la création d’un fonds de solidarité dans les cinq ans visant à prévenir d’éventuelles crises futures.

«Il est normal qu’une aide de la Confédération soit liée à des mesures d’accompagnement strictes, commente Raphaël Berger. Le directeur général de FR Gottéron se montre toutefois très prudent face à cette possibilité d’emprunt et au mécanisme de crédit. «C’est une décision qui vient de tomber et mérite certainement un temps de réflexion au sein des clubs, explique-t-il. Un prêt peut servir de bouée de sauvetage à court terme mais n’aide pas forcément à résoudre des problèmes à moyen terme. C’est comme contracter un crédit pour rembourser un autre crédit. Cela n’aide pas à avancer. Nous sommes évidemment contents que l’on pense à nous et nous tendent la main dans cette situation de crise. Mais il reste toutefois de nombreux points à clarifier.»

«Les prêts n’effacent pas les pertes»

Sacha Weibel, CEO du Lausanne Hockey Club

Si le HC Bienne, par la voix de son CEO Daniel Villard, «accueille la décision du Conseil fédéral de manière positive», le club seelandais se veut lui-aussi prudent face à cette possibilité de crédit. «Si cette crise doit se prolonger, c’est bien d’avoir cette possibilité d’emprunt pour ne pas suffoquer, explique la coprésidente du club, Stéphanie Mérillat. Cela reste des prêts, qu’il faudra bien rembourser et intégrer à des budgets qui sont déjà serrés.»

Du côté de Lausanne, on espère obtenir davantage de clarté concernant les conditions d’obtention de ces fonds à disposition. «On ne connaît pas encore tous les détails, les conditions de ces crédits, les garanties qu’il faut donner, temporise le CEO du LHC, Sacha Weibel. Les prêts, c’est bien à court terme, pour le cash-flow. Mais il faut aussi analyser quelles seraient les implications sur l’avenir de l’entreprise. Et puis, n’oubliez pas que les prêts n’effacent pas les pertes.»

Une chose paraît toutefois inévitable: les clubs suisses devront revoir leur mode de fonctionnement à l’avenir. En d’autres termes, les salaires doivent baisser. «Nous devons changer notre business model en baissant les coûts et en diminuant les salaires, souligne Denis Vaucher. C’est une discussion que nous devons mener pour y arriver pas à pas. Nous n’y échapperons pas.»