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Festival«CoGa», le nouveau sésame de La Bâtie

L’ambiance des salles, cinq jours après le lancement? Billetterie saturée, smartphone obligatoire, brouhaha étouffé: on en redemande!

«If Only», du responsable de la filière danse contemporaine à la Manufacture de Lausanne, Thomas Hauert, de loin le projet esthétiquement le plus abouti de ce début de festival.
«If Only», du responsable de la filière danse contemporaine à la Manufacture de Lausanne, Thomas Hauert, de loin le projet esthétiquement le plus abouti de ce début de festival.
BART GRIETENS

La rentrée 2020 des arts vivants, on savait bien que le Covid y mettrait son grain de sel. Mais on avait beau y être préparé, rien ne permettait de prévoir les effets précis de son insidieuse présence. Après le rodage d’un premier week-end de festival, quelques-unes de ses répercussions se laissent appréhender. Premier constat: pour cause de jauges réduites et de réservations obligatoires, la billetterie est en ébullition. Les demandes s’amoncellent, et tout échange de ticket, toute permutation de dates devient un casse-tête pour les préposés.

Non qu’une quelconque buvette l’attende sur place, le festivalier a intérêt à arriver avec un peu d’avance. Car il n’aura pas qu’à dégainer son billet, sous forme électronique ou imprimée. Dûment masqué, il devra également présenter, sur écran exclusivement, pour le coup, le QR code qu’il aura obtenu en s’enregistrant préalablement sur le site coga.app, sans quoi les portes lui demeureront closes. L’avantage de cet instrument de traçage? Les renseignements fournis s’autodétruisent automatiquement après quatorze jours. Le parcours du combattant n’est pas terminé pour autant. Manque l’étape du placement: on lui assignera, au crayon sur un plan de la salle, un siège entouré de fauteuils vides, ou plusieurs s’il vient en groupe.

Un masque contre les effusions

Une fois installé, le spectateur a le droit de s’affranchir du masque et respirer le temps de la représentation. La rumeur s’élevant des gradins reste cependant étouffée, comme si toute forme d’effusion était rembarrée avec le virus. «C’est un peu triste», constate une voisine de travée. Claude Ratzé, le directeur de La Bâtie, avait pourtant prévenu: «Cette édition ne sera pas propice aux controverses, les gens ont seulement envie de revenir au théâtre et d’accepter ce qu’ils y verront», disait-il en substance…

Ils auraient pourtant matière à grommeler parfois. Quand la performeuse genevoise Olivia Csiky Trnka tente par exemple de reconstituer son éden perdu sur le plateau de Saint-Gervais. Accompagnée sur scène par sa mère Jana, peintre slovaque, ainsi que deux camarades artistes, elle butine jusqu’à mercredi dans «Demolition Party» de la question écologique à celle de la migration, de la fête à la colère, du cri au dessin, en lorgnant, ici Tchekhov, là Philippe Quesne, ailleurs Rodrigo García ou les Femen, dans un gloubi-goulba confus.

La dialectique du maître et de l’esclave, du bourreau et de la victime, est redoublée par celle du théâtre et du cinéma dans «Les Bonnes» de Robyn Orlin.
La dialectique du maître et de l’esclave, du bourreau et de la victime, est redoublée par celle du théâtre et du cinéma dans «Les Bonnes» de Robyn Orlin.
JÉRÔME SÉRON

Le public aurait encore pu manifester ne serait-ce que de l’impatience à l’issue des «Bonnes» de Jean Genet, relues et corrigées par la Sud-Africaine actuellement basée en France Robyn Orlin. Tant s’en faut. À la Salle du Lignon, il a onctueusement applaudi les trois comédiens – deux Noirs, dans le rôle des sœurs domestiques, un Blanc dans celui de Madame –, ainsi que le régisseur à vue, très sollicité par la gageure technologique. Si l’incrustation des acteurs dans une adaptation filmique de 1975 redouble habilement les travestissements, inversions et autres chiasmes de l’œuvre originale, le procédé, sur une heure vingt, bégaie.

Le superbe «If Only» du chorégraphe suisse Thomas Hauert n’a en revanche pas déclenché les ovations qu’il méritait. C’est que la pièce, toute en délicatesse, intime aux six interprètes de la compagnie ZOO d’imiter, sur une musique signée John Cage, les mouvements que dessinent dans l’espace des réseaux arachnéens de cordelettes articulées. L’attention portée à l’environnement sera ici extrême. Et salvatrice.

La Bâtie – Festival de Genève, jusqu’au 13 sept., www.batie.ch