Passer au contenu principal

Interview avant Servette-BâleClichy: «Servette doit apprendre à regarder devant, pas derrière»

L’ex-joueur d’Arsenal et de Manchester City fait le point sur sa vie en grenat. Il dit sa vision et pourquoi il est toujours performant à 35 ans.

Après avoir dégoûté Kräuchi, il laisse sur place Görtler: les Saint-Gallois ont tous constaté que Clichy allait encore très vite à 35 ans.
Après avoir dégoûté Kräuchi, il laisse sur place Görtler: les Saint-Gallois ont tous constaté que Clichy allait encore très vite à 35 ans.
ERIC LAFARGUE

«Le Servettien qui vient de prendre Kräuchi de vitesse sur le côté, c’est qui?»

«C’est Gaël Clichy.»

«Neeeeiiiin, unglaublich!»

Incroyable, oui. C’était en première période mercredi soir au Kybunpark, avant la vilaine blessure du défenseur saint-gallois. Le collègue suisse-allemand qui nous posait la question n’en croyait pas ses yeux: un jeune de 22 ans dépassé par un Clichy fringant, toutes jambes déployées. Léger, facile, rapide. À 35 ans.

Gaël, 14 matches, 14 fois titulaire, vous n’avez manqué que quatre minutes, malgré les semaines anglaises: quel est le secret à 35 ans?

Le secret, c’est simple: du travail, du travail et encore du travail. Cela fait 18 ans que je joue au football à haut niveau, j’ai aussi eu la chance d’évoluer dans de grands clubs, Arsenal, Manchester City, Basaksehir Istanbul, où l’on jouait toujours la Ligue des champions, ou l’Europa League. Je crois que mon corps est habitué à jouer tous les trois jours. En fait, plus je joue, mieux je me sens.

Cela suppose aussi une hygiène de vie: racontez-nous.

Bien sûr, cela fait aussi partie du travail. J’ai eu la chance dès le début de croiser des Vieira, Henry, Campbell, Bergkamp etc… C’est comme avoir des encyclopédies qui t’enseignent comment faire. Il y a ce que tu fais sur le terrain, mais aussi tout ce qui se passe à côté et à la maison. Le sommeil, les repas, l’hydratation. C’est simple à dire comme cela, mais c’est capital. Certains voient cela comme des sacrifices. Pas moi. J’ai la chance de faire un métier où quand on dit qu’on va au travail, c’est pour aller jouer un match de football. Je suis un privilégié, j’ai très bien gagné ma vie comme cela, en vivant sainement. Non, il n’y a là aucun sacrifice, seulement du positif.

«Young Boys est un modèle à suivre, un exemple. Il y a une démarche, une mentalité, des infrastructures.»

Gaël Clichy

Que pouvez-vous dire du championnat suisse, avec YB devant et tout le monde derrière?

Young Boys est un modèle à suivre, un exemple. Il y a une démarche, une mentalité, des infrastructures: c’est tout cela qui les place loin devant les autres équipes. Il y a une constance dans les résultats qui fait la différence, parce qu’il y a une implication de tous pour y parvenir. Au-delà des moyens à disposition, il y a un état d’esprit. D’un côté c’est bien. De l’autre, moins. Avec Servette, nous avons battu YB à Berne. C’était un exploit, cela montre que c’est possible. Mais il faudrait la même implication à chaque match.

Quelle doit être la place finale de Servette dans ce classement qui est si serré actuellement, selon vous?

Si j’ai signé à Servette, c’est parce qu’il y a une histoire, un groupe avec de grandes qualités et une très belle académie avec beaucoup de talents. Alors je ne dis pas qu’on va aller chercher YB. Mais mon objectif, c’est de terminer dans les trois premiers. Parce que je ne peux pas voir les choses autrement. Vous savez, c’est un défaut ici: on regarde plus facilement derrière que devant. Je comprends que l’important est de se stabiliser dans l’élite. Mais il y a comme un complexe, qui fait qu’on n’ose pas regarder vers le haut. Je veux apporter cette ambition ici.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Servette: points forts, points faibles, marge de progression?

Le point faible, c’est le manque d’expérience au sein de l’élite. La saison dernière, Servette a un peu surfé sur l’euphorie de la promotion. Il y a toujours un petit creux qu’il faut gérer ensuite. C’est ce qui s’est passé au début de cette saison, avec le Covid et les quarantaines en plus. Mais la marge de progression est énorme ici. Au niveau des infrastructures, notamment, le tout pour un groupe de qualité et pour une académie qui bosse très bien. Il ne faut pas brûler les étapes, mais il faut avancer sans complexe.

«Je ne parle pas de prendre des risques inutiles, mais il faut jouer, grandir, marquer des buts en attaquant.»

Gaël Clichy

Servette vient d’enchaîner deux succès consécutifs: un déclic, qui peut libérer le groupe après une reprise compliquée?

Je ne sais pas. Il y a toujours un moment où une série positive arrive et j’espère que nous sommes en plein dedans, que nous allons battre Bâle ce samedi soir. Mais si l’on n’est pas vigilant, on peut vite retomber dans quelque chose de moyen. Il faut être constant. Gagner à Saint-Gall, avec une performance collective, c’est très bien. Il faut parfois se faire mal et gagner comme cela, en étant compacts défensivement. Mais on ne peut pas le faire sur la durée d’une saison. Je ne parle pas de prendre des risques inutiles, mais il faut jouer, grandir, marquer des buts en attaquant. Parce qu’au final, ce sont les équipes qui attaquent, qui jouent, qui sont devant.

Comment voyez-vous votre rôle dans le groupe: être cette voix qui conseille, qui donne des impulsions et de l’ambition?

Mon premier rôle, c’est d’être performant sur le terrain. Après, je veille à ce que tout se passe bien dans le groupe. Oui, je conseille. À Istanbul on disait qu’il fallait veiller à ne pas avoir de pomme pourrie dans le panier, parce que sinon toutes pourrissaient. J’y veille. J’ai eu la chance à Arsenal d’avoir des monuments qui m’ont apporté beaucoup. C’est mon tour aujourd’hui, dans la mesure du possible. J’ai toujours cette envie de jouer, de m’impliquer. Peut-être encore plus grande que quand j’avais vingt ans.

Servette sera-t-il votre dernier club?

On ne sait jamais, dans le football, tout peut aller très vite. Mais je doute que Manchester City me propose un contrat de trois ans… Et puis j’ai choisi Servette, pour la ville, pour le club, pour les personnes qui y sont présentes, malgré d’autres propositions, en France, en Angleterre ou ailleurs. Nous avons un projet commun ici, avec une place pour moi dans le club pour les prochaines années. Nous voulons avancer ensemble, main dans la main.