Sortie cinéma«May December», deux actrices en miroir
L’une était comédienne, l’autre veut l’incarner à l’écran. Julianne Moore et Natalie Portman se font face, mais il va falloir se méfier des apparences.

Femmes en miroir. Qui s’observent, se découvrent, se dévoilent, se reflètent. Julianne Moore, c’est Gracie. Star des grands écrans vingt ans plus tôt, elle avait fait parler d’elle dans la presse dite people pour son mariage avec un homme plus jeune qu’elle de vingt-trois ans.
Natalie Portman, c’est Elizabeth. Qui doit incarner Gracie dans un film et vient lui rendre visite pour tenter de la connaître et travailler son personnage. Sans savoir quels secrets vont être mis au jour, quelles douleurs vont renaître et imploser, quelles révélations vont éclabousser des vies.
Sous le vernis de la bienséance
«May December» renvoie à une expression populaire de la culture anglophone tirée d’une chanson évoquant une relation entre des personnes d’une grande différence d’âge. Plus ambigu que venimeux, le face-à-face orchestré par Todd Haynes, qui aime assez les duos d’actrices sans en abuser (on se souvient du très beau «Carol», histoire d’amour au féminin portée par Cate Blanchett et Rooney Mara), impressionne par un mélange savamment dosé de hiératisme et de glamour.

Il faut gratter sous la couche des apparences, sous le vernis de la bien-pensance, voire de la bienséance, pour voir surgir la véritable trame de «May December», cette intrigue dont le sous-texte irrigue constamment un présent presque trop beau pour être vrai. En cela, Haynes mélange les genres, jongle avec les registres et les ambiances, construisant en somme un édifice dont les fondations scellent un autre monde, une autre réalité, d’autres vérités.
Mais derrière la brillance et le clinquant d’un film formellement très séduisant et a priori sans opacité, on décèle des afféteries et un dispositif trop apprêté. Presque désincarné, au fond. La trame, et même la mise en scène, s’appuie en grande partie sur le jeu des deux comédiennes, qui n’ont aucune peine à se surpasser.
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Mais quelque chose de glacé, de superficiel, d’un peu trop artificiel, même, plombe quand même l’ensemble. Suggérant l’impression que Todd Haynes jouit un peu trop de son statut d’auteur et a besoin d’un dispositif plus alambiqué que la moyenne pour dire ce qu’il a à dire. Avec «May December», il tente quand même un peu de se faire passer pour le grand cinéaste de la manipulation, des apparences et des faux-semblants. Il est loin d’être le premier à briguer ce titre, évidemment, et des maîtres comme Hitchcock, Mankiewicz ou Wilder ont largement occupé le créneau avant lui.
Julianne Moore, l’habituée
Reste ce double portrait de femme, écrin et cadeau pour les comédiennes choisies, occasion pour elles de briller. Si Julianne Moore est une familière du cinéaste (il l’a plusieurs fois dirigée, notamment dans le plus crépusculaire «Far from Heaven», hommage à Sirk et au mélo hollywoodien), Natalie Portman est inédite dans son univers tout en s’y insérant parfaitement.
Ces réserves mises à part, l’objet conserve une tenue très enviable, et on aimerait bien voir chaque semaine au moins un film duquel on peut dire que sa sophistication s’avère plutôt un défaut. Depuis «Carol», les derniers films de Todd Haynes («Le musée des merveilles», «Dark Waters») sont aussi un peu plus faibles. Mais quel cinéaste n’a réalisé que des chefs-d’œuvre, hormis Bresson ou Pasolini?
Note: ** Drame (États-Unis – 117’)
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