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Hockey sur glace«Chris McSorley va rebondir»

Dans les milieux sportifs et économiques, les acteurs en sont convaincus: l’ex-directeur sportif de Genève-Servette ne restera pas longtemps au placard.

Les réactions sont quasi unanimes: Chris McSorley relèvera tout bientôt la tête.
Les réactions sont quasi unanimes: Chris McSorley relèvera tout bientôt la tête.
Keystone

Reto Bertolotti (chef des arbitres de 2005 à 2014)

Reto Bertolotti
Reto Bertolotti
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«Je pourrai écrire un livre sur mes relations avec Chris McSorley (rires). En 2003, lorsque j’étais encore arbitre, nous avions eu un gros clash, que nous avions réglé entre quatre yeux. Par la suite, quand je suis devenu chef des arbitres, Chris a assurément été l’acteur du hockey suisse qui m’a le plus sollicité. Régulièrement, après les matches, il m’envoyait des vidéos de scènes sur lesquelles il s’estimait lésé ou me téléphonait pour se plaindre de certaines décisions des directeurs de jeu. C’était bien sûr un moyen de mettre la pression sur le corps arbitral. Mais, à force, j’ai appris à cerner McSorley et c’était presque devenu un jeu entre nous. Il est important de savoir qu’il s’est toujours adressé à moi de façon respectueuse. C’est un trait de caractère canadien: le respect de la hiérarchie dicte le ton des échanges. Etait-il le personnage qui a le plus cherché à m’influencer? Non, il n’est que deuxième de mon classement (rires). Le No1, c’était Bob Hartley lorsqu’il était en poste aux ZSC Lions. Par ailleurs, je n’ai plus eu le moindre contact avec Chris depuis 2014, soit depuis que je ne suis plus chef des arbitres.»

Marc Lüthi (CEO du CP Berne)

Marc Lüthi.
Marc Lüthi.
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«Chris m’avait mis dans la confidence il y a quelques jours. Je n’étais donc pas surpris, vendredi matin, quand Genève-Servette a communiqué que McSorley n’était plus directeur sportif du club. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Chris à qui j’ai proposé à trois reprises le poste d’entraîneur en chef du CP Berne ces dernières années. A chaque fois, j’ai essuyé un refus car Chris avait d’autres fonctions, dont celle de propriétaire, avec Genève-Servette. On n’a jamais trouvé le bon timing et c’est encore le cas en 2020 puisque tous nos postes sont occupés. Mais qui sait ce que nous réserve l’avenir? Pour le moment, Chris va se ressourcer. Mais il a aussi du temps pour honorer un pari perdu il y a plusieurs années. Lors d’une série de play-off entre Berne et les Aigles, nous avions convenu que le perdant invitait le gagnant et son épouse dans un restaurant gastronomique. On avait gagné et Chris a dû oublier le pari… Maintenant, il a du temps pour régler sa dette (rires).»

Daniel Vukovic (défenseur de Ge/Servette de 2008 à 2019)

Daniel Vukovic.
Daniel Vukovic.
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«Quand j’ai appris cette nouvelle ce vendredi matin, j’étais choqué. Je ne m’y attendais pas. Mais plus j’y pense et plus je me dis que, finalement, c’était un peu dans l’air. Chris McSorley a apporté énormément à la ville de Genève et au hockey genevois. Est-ce qu’il pourrait rebondir ailleurs? Je ne serais pas surpris, car c’est un compétiteur né. Il a toujours eu cet état d’esprit. Mais il ne fera pas n’importe quoi. S’il décide de se relancer quelque part, c’est qu’il aura la conviction de pouvoir y faire quelque chose. Concernant Marc Gautschi, son successeur, je suis content pour lui et je lui souhaite plein de succès dans ces fonctions. C’était mon coéquipier de ligne à Genève et je l’appréciais dans le vestiaire.”

Gianluca Mona (gardien de Ge/Servette de 2006 à 2009)

Gianluca Mona.
Gianluca Mona.
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«De tous les entraîneurs que j’ai eu, Chris a assurément été le meilleur. Comme directeur sportif, il était également brillant. Il savait dénicher de bons jeunes, les amenait à maturité avant de réaliser d’excellentes opérations commerciales sur le marché des transferts. Pareil pour les étrangers: il ne s’est jamais trompé en les choisissant. Lui succéder ne sera donc pas simple… J’espère qu’il va rebondir. Si l’un des quatre grands clubs du pays lui confiait les rôles d’entraîneur et de directeur sportif, il serait champion la saison suivante.»

Jacques Jeannerat (ancien directeur de la Chambre de commerce de Genève)

Jacques Jeannerat.
Jacques Jeannerat.
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«C’est dommage que cela se termine ainsi. Pour moi, c’est une sortie par la petite porte et je le regrette. Chris McSorley mérite infiniment mieux que cette fin en queue de poisson. Il a tellement apporté au club. J’espère que les dirigeants sauront marquer son départ d’une façon symbolique. Pourquoi pas un maillot à son nom accroché aux Vernets. J’ai adoré le personnage comme d’autres l’ont détesté. Quelle personnalité, forte et tonitruante. Quelle audace à la bande. Et puis, c’est un homme de parole, généreux et toujours à disposition malgré un agenda de fou. En trois jours, il a trouvé un job pour mon fils au Canada. Avec lui et Hugh Quennec, on avait signé un bon contrat de partenariat. Un jour, ils m’ont demandé si l’exclusivité des vins valaisans était envisageable aux Vernets. Je leur ai dit: n’y pensez pas, ça va faire hurler. Ils ont admis mes arguments. McSorley comprend très bien le français même s’il rechigne à le pratiquer parce qu’il a peur que ses fautes soient mal jugées. Mais avec moi, qui ne suis pas à l’aise en anglais, il a toujours fait l’effort de parler en français.»

Michel Pont (ancien coach assistant de l’équipe de Suisse de football)

Michel Pont.
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Keystone

«C’est la dure loi du sport. Il y a toujours une fin, des routes qui se séparent selon les circonstances, une rupture plus ou moins bien vécue. Quand tu signes un contrat, quand tu as la même philosophie, tout va bien. C’est comme dans un couple. Et puis, avec le temps, la belle dynamique se lézarde, rien ne va plus et le changement devient inéluctable. Ça peut être très violent. J’ai surtout côtoyé Chris McSorley lorsque j’étais conseiller d’Hugh Quennec au Servette FC. Durant plus de dix ans, les deux ont fait beaucoup pour le rayonnement du GSHC. Puis, il y a eu une première rupture. Et maintenant, ce clash de fin, terrible, aussi marquant que l’empreinte que va laisser Chris sur l’histoire du club. Il lui a transmis ses exigences, il lui a imposé son intransigeance. Avec lui, il n’y a pas de demi-mesure même si, avec les années, il a mis de l’eau dans son vin. Mais comme toujours, personne n’est irremplaçable. Chris va rebondir, c’est un malin, un renard. Un «salaud» sympa, qui n’a jamais voulu me parler en français alors qu’il le maîtrise très bien.»

Imad Fattal (président des Lions de Genève)

Imad Fattal.
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«Chris McSorley est un ami, j’ai énormément de respect pour lui. Il a amené une culture de la gagne et du hockey à Genève avec un projet qui n’était pas gagné d’avance il y a maintenant vingt ans. Sans lui, Genève-Servette n’en serait pas là aujourd’hui. C’est un gagnant, avec les qualités et les défauts qui vont avec. Il a son tempérament. C’est une personne entière, qui est extrêmement différente en dehors de la patinoire que sur le banc. J’apprécie ses qualités humaines. Il va laisser un grand vide aux Vernets. Je regrette la décision qui a été prise tout en comprenant que les dirigeants doivent parfois se résoudre à prendre des mesures difficiles. Je lui souhaite tout le meilleur pour la suite de sa carrière car je suis convaincu qu’il a encore de beaux rôles à jouer dans le hockey.»

Sami Kanaan (Conseiller administratif de la Ville, ancien ministre des sports)

Sami Kanaan.
Sami Kanaan.
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«Franchement, cette nouvelle n’est pas une énorme surprise. Chris McSorley n’est pas un coach classique, c’est un patron dans l’âme, qui décide, qui n’aime pas faire les choses à moitié. Il ne doit pas être commode, il est exigeant, parfois irascible. En fait, c’est un vrai Genevois, fort en gueule et très attachant. J’ai pour lui beaucoup d’admiration et de reconnaissance. Il a fait évoluer le club à un très niveau de professionnalisme, jusqu’à effleurer le titre de champion d’un patin. Mais plus encore, il a fait vibrer la patinoire des Vernets, au point que de nombreux spectateurs viennent d’abord au match pour l’ambiance. Et puis, avec Hughes Quennec, il a inscrit le club au cœur de la communauté et construit une vraie pyramide de formation. C’est un héritage qu’il faudra entretenir. Personnellement, j’ai toujours apprécié nos discussions, son enthousiasme, son engagement. Parfois, j’ai dû modérer ses élans, lui expliquer les complexités genevoises. Chris, c’est un bon vivant qui aime gagner. On va le revoir, c’est sûr, il est encore jeune, plein d’ambitions. On le reverra, qui sait, sur le banc d’à-côté...»