Braquage à NyonLes accusés étaient sous surveillance depuis neuf mois
La police française suivait de près les six malfaiteurs qui s’étaient emparés d’un un butin record de 40 millions de francs. Mais elle ne les a pas empêchés de commettre leur acte.

Mouchards, filatures: six hommes, accusés d’avoir commis un braquage au butin record en Suisse en 2017, ont préparé leur méfait alors qu’ils étaient sous étroite surveillance, a détaillé ce mardi un enquêteur au deuxième jour de leur procès en France.
Agés de 39 à 54 ans, ces hommes sont jugés toute la semaine par la cour d’assises du Rhône, notamment pour «vol en bande organisée avec arme» et «enlèvement et séquestration». Trois d’entre eux sont absents, en fuite depuis un an et font l’objet de mandat d’arrêt.
Déguisés en policiers
Le 24 mai 2017, vers 3h du matin, des hommes se faisant passer pour des policiers, équipés de brassards et utilisant des gyrophares sur leurs voitures, avaient attaqué un transport de fonds entre Genève et Lausanne.
Sous la menace de fusils d’assaut, les convoyeurs avaient été ligotés, puis emmenés dans les coffres de deux voitures. Une fois en France, leur véhicule avait été brûlé.
Dès 7h, les policiers intervenaient dans une villa de Haute-Savoie et arrêtaient les six accusés en possession de différentes devises, de lingots d’or et de milliers de pierres précieuses, un pactole estimé à 40 millions de francs suisses, soit 42,3 millions d’euros au cours actuel.
Suivis neuf mois durant
Depuis neuf mois, ils étaient dans le viseur des forces de l’ordre françaises. Leurs allées et venues entre Lyon et la frontière suisse étaient suivies par la police judiciaire (PJ) lyonnaise depuis août 2016 à la suite d’une information obtenue «d’une source confidentielle et anonyme», a expliqué devant la cour un officier de la Brigade de répression du banditisme (BRB).
Dès l’automne était identifié dans la région lyonnaise «un duo de malfaiteurs de haut vol susceptible de commettre des actes graves» auquel s’est rapidement ajouté un troisième nom, synonyme «dans la sphère de la PJ lyonnaise de braquage».
Les trois hommes, actuellement en fuite, sont bien connus car ils ont déjà été condamnés pour des attaques de fourgon en Suisse et en France, selon cet officier. «Quand on a vu (le troisième) s’agréger à ce duo, c’est devenu un peu sensible, avec des moyens» importants mis à disposition.
Stupéfiants et vols de voitures
Les accusés qui comparaissent devant la cour à Lyon sont arrivés d’après l’enquête préliminaire dans un deuxième temps. L’un «du pays savoyard», a expliqué le policier, était jusque-là connu pour «des affaires de stupéfiants». Âgé de 54 ans, il reconnaît son rôle dans la préparation du braquage mais est le seul des accusés présents à nier sa participation à l’attaque elle-même.
L’autre, Lyonnais de 42 ans, présente «un profil de voleur de voiture». À compter de son apparition début 2017, un manège de voitures volées, équipées «en doublette» de fausses plaques d’immatriculation correspondant à des véhicules de même modèle, se met en place, autour de différents boxes à Lyon et Annecy. L’ensemble de la chorégraphie est suivie à la trace par les forces de l’ordre qui ont recours à des balises de suivi installées en douce sur les véhicules, puis à des «surveillances physiques».
Le dernier de la bande, âgé de 45 ans, «un gars d’Annecy qu’on n’avait jamais vu jusque-là», selon le directeur de l’enquête, est ajouté au groupe plus tard. Son avocat a souhaité lundi qu’il soit condamné «à la juste hauteur de ce qu’il a fait, c’est-à-dire pas grand-chose par rapport aux autres».
Verdict vendredi
Mais pourquoi ne pas les avoir arrêtés avant qu’ils ne passent à l’acte? a demandé un avocat de la défense. «Ce n’est pas notre vocation d’arrêter des voleurs de voiture, voire des receleurs», a justifié le policier.
Le procès, qui a été reporté à deux reprises, se poursuivait avec d’autres témoins. Les réquisitions sont attendues jeudi et le verdict vendredi. Les cinq accusés qui se trouvent en situation de récidive encourent la perpétuité, le sixième entre 20 et 30 ans de réclusion criminelle.
AFP
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