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Réouverture des théâtres, salle de cinéma et de concertLa plupart des acteurs culturels genevois respirent mieux

Les nouvelles mesures d’assouplissement sont bien accueillies, avec quelques bémols. Réactions à chaud.

Valérie Chatelat 

Musiques actuellesPrévu du 28août au 13septembre, La Bâtie Festival pourrait sauver trois, voire quatre concerts programmés dans deux salles de moins de 300 places: L’Abri (220) et Pitoëff (300). «L’annonce du jour est une bonne nouvelle, même si nous attendons les directives cantonales et la décision de nos salles partenaires, souligne Neil Galuba, programmateur musique. Nous devrions être fixés d’ici au 6juin.»

Guillaume Noyé, à la tête du Chat Noir, est lui aussi dans l’expectative. S’il peut accueillir 200 personnes, il se demande comment concilier concerts et distance sociale. «Il reste deux ambiguïtés à lever: les règles sanitaires et l’heure de fermeture des boîtes de nuit, fixée à minuit. On attend les décisions de Mauro Poggia et les lignes directrices des associations comme le Grand Conseil de la nuit.»

Les événements organisés par Vincent Sager, d’Opus One, attirent un public excédant 300 têtes. «Impossible de louer le Théâtre du Léman, 1200 sièges, pour y mettre 300 personnes. Nous pourrions payer la salle, mais en aucun cas les cachets et nos frais.» «Cette mesure ne nous avance à rien, constate Michael Drieberg, de Live Music Production. Il nous est toujours impossible de travailler.»

Musique classique

Pour Frédéric Steinbrüchel, secrétaire général de l’Orchestre de chambre de Genève, les mesures annoncées constituent une magnifique nouvelle. «La jauge autorisée nous permet de renouer le lien avec le public, à travers des événements et des concerts que nous allons vite programmer. Cela nous donne aussi de la sérénité quant à la saison à venir. Si les courbes de la pandémie demeurent basses, nous avons toutes les raisons d’espérer d’autres assouplissements et de franchir le seuil des 1000 spectateurs.»

Directeur général du Grand Théâtre, Aviel Cahn se dit pour sa part soulagé. «La limitation des jauges nous oblige à réfléchir à des événements autres que des grandes productions. De nouvelles perspectives s’ouvrent, des rendez-vous que nous devons désormais réinventer. Pour les spectacles traditionnels, il faudra attendre le mois de septembre, si tout va bien.»

Cinéma

La réouverture des salles le 6juin a été accueillie avec joie par Procinéma, association faîtière des exploitants et distributeurs suisses. D’un point de vue pratique, les aménagements à effectuer ne devraient pas poser de problème, la jauge maximale autorisée de 300 personnes étant rarement atteinte. «Au Cinérama, je pourrai accueillir 150 personnes et au Ciné17 60, commente Didier Zuchuat, qui exploite ces salles. Ma programmation, elle, sera totalement inédite.» Zuchuat annonce ainsi la version longue de «Shining» de Kubrick, «Seberg», biopic sur Jean Seberg, ou encore un docu sur Weinstein, «L’intouchable». Ce n’est que le 22juillet qu’il pourra jouer des films dont la sortie prévue est mondiale.

Même son de cloche chez Diana Bolzonello-Garnier, attachée de presse pour plusieurs sociétés. «Nous dépendons forcément de la réouverture des salles en France.» Dans cette attente, elle confirme que la prochaine grosse sortie de l’année sera l’événementiel «Tenet» de Christopher Nolan, prévu le 22juillet.

Théâtre

Le calendrier de la pandémie veut que les théâtres suisses reçoivent l’autorisation de rouvrir leurs portes juste au moment où leur saison s’achève. Pareille réouverture ne se réalisant pas «d’une simple pression sur l’interrupteur», comme le rappelle Jean Liermier, timonier du Théâtre de Carouge, une reprise le 6juin laisse aux directeurs le temps d’un été pour réfléchir au réaménagement des foyers, aux jauges redéfinies, au traçage des futurs spectateurs, aux flacons de gel hydroalcoolique.

Mais aussi aux conditions de sécurité à assurer sur les plateaux eux-mêmes et aux mesures d’accompagnement économique réservées aux métiers de la scène - deux points que le Conseil fédéral n’a pas abordés. Sur ces questions qui inquiètent fortement le milieu, «tout le monde se tient par la barbichette», commente le créateur et président de la Fédération romande des arts de la scène. «Nous n’allons pas attendre de prochaines mesures, mais formuler conjointement des préconisations qui soient modulables selon les structures. Et suivre attentivement la saison estivale du Théâtre de l’Orangerie, avant d’accueillir à nouveau notre public pendant La Bâtie.»

Directeur de la compagnie genevoise l’Alakran, Oscar Gomez Mata se réjouit des mesures d’assouplissement. «Les vidéos, ça va un moment, plaisante-t-il. Il faut revenir peu à peu à la chair.» Si la liste de consignes très strictes à l’intention des acteurs établie par l’Union des théâtres suisses devait être validée, «la période s’avérera propice aux monologues et aux solos», module-t-il non sans ironie. Le metteur en scène et comédien estime que, «après avoir renforcé le système sanitaire et adopté les comportements individuels qui s’imposent, une vie normale doit reprendre progressivement et dissiper la peur».