Le vélo dans la Constitution? Alfonso Gomez face à Eric Bertinat

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La votation du 23 septembre à propos du vélo porte sur une modification de la Constitution suisse, d’où l’obligation d’organiser un scrutin formel alors que le contre-projet adopté par les Chambres fédérales a conduit au retrait de l’initiative. Les sondages donnent le compromis gagnant. Il complétera l’article 88 qui porte sur les chemins pédestres en lui ajoutant les voies cyclables. Aucune révolution en vue, mais des compétences de coordination que la Confédération exercera de manière subsidiaire. Néanmoins le débat oppose Alfonso Gomez, président de Pro Velo Genève à Éric Bertinat, secrétaire général UDC Genève.

Oui à la petite reine dans la Constitution

Alfonso Gomez, président de Pro Velo Genève

Le 23 septembre prochain, si le peuple vote OUI, la Suisse inscrira la promotion du vélo dans sa Constitution!

Grâce à ce nouvel article, la Confédération pourra soutenir les cantons, les villes et les communes dans la planification des réseaux de voies cyclables. Ce soutien favorisera le développement des infrastructures et garantira ainsi une amélioration de la sécurité des cyclistes de toutes les générations.

Moyen de transport écologique par excellence, le vélo est silencieux, bon pour la santé et le climat. Son emprise sur le sol est minime, il permet de libérer de l’espace public et constitue le meilleur moyen pour résoudre les bouchons! Se rendre à l’école ou au travail à bicyclette est sain, comme le souligne la pétition en faveur de la pratique quotidienne du vélo, signée par 429 médecins, qui souligne que l’utilisation régulière du vélo diminue la mortalité de 40% sur quinze ans.

Alors que la planète se mobilise contre le réchauffement climatique, la pollution de l’air est la cause de 4000 décès prématurés par an dans notre pays. En ville, les valeurs limites définies par les ordonnances sur la protection de l’air et du bruit sont dépassées sur 65 km de rues. Cette situation détériore également les villages genevois qui subissent, impuissants, la multiplication des nuisances et la dégradation de la qualité de vie.

Le constat est clair, le vélo se développe dans notre dispositif de mobilité et favorise la fluidité des déplacements dans nos villes et nos villages. Le vélo est un moyen de transport efficace s’il est sécurisé: une piste cyclable séparée de la circulation automobile permet de déplacer 5900 personnes par heure contre 1300 personnes en voiture en période de trafic fluide. Les différents moyens de transport doivent être complémentaires et il est temps d’accorder les moyens nécessaires à la sécurisation et à la promotion du vélo. De plus, le développement de toutes sortes de moyens de déplacement originaux, le plus souvent électriques, nécessitera une adaptation des voies de circulation afin de protéger les espaces réservés aux piétons. En milieu urbain, 50% des trajets sont inférieurs à 5 km et 40% de la population a déjà renoncé à la voiture. On le voit, le potentiel de développement d’une nouvelle mobilité est considérable!

L’insécurité dont souffrent les cyclistes reste le principal frein au développement du vélo. Pour rouler à bicyclette en toute sécurité, des voies cyclables continues et sûres sont nécessaires. Ces mesures permettront d’améliorer la fluidité des transports publics en garantissant une meilleure protection à chaque mode de transport. L’introduction des pistes cyclables dans l’article 88 de la Constitution est un coup de pédale positif pour le développement de la mobilité douce et la lutte contre les pollutions. Il est donc essentiel que nous soyons nombreux et nombreuses à voter OUI le 23 septembre!

Haut de la page

Les pistes cyclables: pas l’affaire de Berne!

Éric Bertinat, secrétaire général UDC Genève

Depuis de nombreuses années, les Verts se sont emparés de la mobilité douce comme naguère les communistes l’ont fait avec la classe ouvrière. Nous voilà coincés dans une dialectique purement marxiste. Une nouvelle lutte des classes. Les bons ouvriers contre les méchants patrons ont cédé leur place aux gentils cyclistes contre les vilains automobilistes. Vous, moi, subissons tous les jours cet ostracisme qui n’existe que dans nos villes exiguës. Que l’on se déplace en voiture et l’on se sent mal-aimé de nos concitoyens zigzaguant sur un véritable arsenal d’engins écolos (vélo, trottinettes, planche à roulettes, patins à roulettes et autres gyroroues). Et réciproquement si d’aventure on passe, par exemple, de la Harley-Davidson pétaradante au Beeper Road cool et branché (forcément puisqu’il fonctionne à l’électricité!).

La mobilité douce, invasion urbaine, bouscule nos habitudes. Un mal nécessaire? Qui n’a pas songé à abandonner sa voiture pour un vélo? Et pour les moins sportifs, pour un vélo électrique? Damne, l’automobile coûte cher et rouler dans les rues de son canton n’est plus un plaisir comme ne pas rouler n’est plus un plaisir puisque les places de parc disparaissent pour faire de la place aux voies cyclables. La guerre est donc perdue d’avance.

Mais ce n’est pas une raison pour se faire vendre n’importe quelle initiative populaire sous prétexte que l’on évoque le vélo et que l’on en possède un. À l’initiative «Pour la promotion des voies cyclables et des chemins et des sentiers», le gouvernement lui a donc opposé un contre-projet direct suffisamment alléchant pour que l’initiative soit retirée. C’est ce qui a été fait. Nous voterons donc sur un texte qui veut ancrer les pistes cyclables dans la Constitution.

Selon le gouvernement, il y aurait de multiples avantages à augmenter significativement l’usage de ce moyen de locomotion: décongestion du trafic motorisé privé, diminution de l’encombrement des transports publics et réduction de la pollution. N’est-ce pas ce qui se passe déjà dans chaque canton, avec plus ou moins de succès? Qu’est-ce que Berne fera donc de plus que les autorités cantonales ne sachent faire? La réponse est rien, si ce n’est l’engagement de quelques fonctionnaires fédéraux supplémentaires. Ce qui peut représenter pour certains contribuables une pollution qu’il convient de dénoncer.

Il est excessif de confier à l’État fédéral la tâche exclusive de promouvoir et coordonner les mesures prises par les cantons. C’est une nouvelle perte de fédéralisme et de l’autonomie cantonale. Le gouvernement a beau se gargariser d’avoir préféré maintenir la formulation «la Confédération peut promouvoir et coordonner» en lieu et place de «doit», il interférera avec le partage des compétences entre la Confédération, les cantons et les communes.

Haut de la page

Créé: 16.09.2018, 21h02

Alfonso Gomez, président de Pro Velo Genève à Éric Bertinat, secrétaire général UDC Genève


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève éteint ses lumières le 26 septembre
Plus...