La rentrée du TCS et de l’ATE avec François Membrez et Alice Genoud

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La Confédération, qui détient désormais la seule compétence sur les routes nationales, a décidé d’élargir le contournement autoroutier ouest de Genève avant d’envisager la traversée du lac et connecter le Vengeron à l’autoroute française A40. Le pont du Mont-Blanc restera donc pour deux ou trois décennies le seul axe cantonal pour relier les deux rives du lac. Le canton a passé cet été le cap des 500 000 habitants mais plus de 100 000 travailleurs passent la frontière pour venir y travailler. Entre les habitants qui souhaitent réduire le trafic et les besoins de mobilité générale, les intérêts sont toujours très divergents. Le point avec François Membrez, président du TCS Genève et Alice Genoud, coordinatrice de section ATE Genève.

Genève manque d’ambitions

François Membrez, président du TCS Genève

À chaque analyse, le constat est le même : les engorgements routiers sont le point noir de notre canton. Ils pénalisent les particuliers, les entreprises, les emplois. Une étude d’INRIX publiée en début d’année a placé Genève au rang de 12ème ville la plus congestionnée parmi 748 cités européennes. Et la pire des 23 localités suisses étudiées ! Dans une publication récente, Credit Suisse avertit que la saturation du réseau routier ne fera qu’augmenter dans les prochaines années si rien n’est entrepris.

Ce constat devrait pousser nos autorités à mettre en place une véritable task-force. Mais au lieu de cela, que constate-t-on ? Le Conseil d’Etat nouvellement élu vient de repousser de 10 ans, vers 2040, l’horizon de réalisation de la Traversée du lac. Or seul ce bouclement autoroutier, plébiscité par 63 % de la population, permettra de réduire les congestions qui affectent aujourd’hui non seulement le trafic automobile, mais également les transports publics. De plus, alors qu’ailleurs une union sacrée a lieu autour des infrastructures d’importance cantonale, ici apparaissent des divergences et les représentants politiques ne tirent pas tous à la même corde. Cet état d’esprit ne peut manquer d’avoir des conséquences négatives lorsque l’on recherche des financements. Dans un rapport de 2015, la Cour des comptes a relevé les incohérences qui résultent du fait que l’ensemble des routes sur le territoire de la Ville de Genève est municipal, alors qu’une part significative de ces artères est d’importance cantonale.

Voilà un chantier auquel il aurait fallu s’atteler et qui éviterait par exemple la situation kafkaïenne autour de la passerelle piétonne projetée à côté du Pont du Mont-Blanc. La Ville de Genève, propriétaire de cet ouvrage d’importance cantonale, a primé dans le cadre d’un concours de projets une passerelle irréalisable, ce qui empêche d’installer les cyclistes sur le trottoir amont actuel du pont, pour un parcours sécurisé. Corollaire de cette erreur, elle a souhaité rétrécir les voies de circulation pour que les vélos empruntent la voirie au détriment de leur sécurité et de l’impératif de fluidité des véhicules. Lequel doit prédominer puisqu’en l’absence de traversée du lac, c’est principalement là que passe le trafic de transit d’une rive à l’autre.

Plutôt que de s’attaquer à la problématique constatée par la Cour des comptes, nos autorités ont voulu édicter une loi de plus, dénommée « pour une mobilité cohérente et équilibrée ». Cette loi a ajouté des zones à la mosaïque déjà complexe actuelle. Souhaitant plaire à tout le monde en vue d’obtenir un vote favorable de l’ensemble des partis, elle contient un inventaire à la Prévert de diverses propositions qui sont souvent contradictoires et dans lesquelles chacun tire des revendications.

La situation est devenue quelque peu inquiétante car les points fondamentaux de la loi ont été oubliés : des axes structurants, une moyenne ceinture qui fonctionne et un U-lacustre (pourtour de la rade) fluide. Ce n’est que moyennant ces réalisations que les autres aspects seront ensuite envisageables. Or aucun axe structurant n’a été défini à ce jour, la moyenne ceinture est bloquée à la hauteur du carrefour du Grand-Lancy et la fluidité autour de la rade est pénalisée par la procédure de la Ville de Genève relevée ci-dessus avec la passerelle piétonne.

Si au moins la nouvelle loi avait abouti à une certaine paix des transports, il y aurait de quoi se réjouir. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Alors que le CEVA, futur Léman Express, les nouvelles lignes de tram et les pistes cyclables ont été soutenues par le TCS, notamment, les milieux favorables à la seule mobilité douce continuent de s’opposer à la Traversée du lac - se contredisant au passage car une telle position maintient de facto le trafic automobile dans l’hyper-centre - et à d’autres infrastructures routières comme les nouvelles liaisons de Genève-Sud, qui auront pourtant un impact positif en soulageant les villages alentours.

En conclusion, au lieu de laisser de rester passifs ou de se perdre dans des divergences qui compliquent les choses, soyons ambitieux en construisant rapidement les infrastructures qui feront entrer la région genevoise dans la modernité et rendront plus attrayant notre centre-ville. Redéfinissons une mobilité de manière fonctionnelle afin qu’elle soit gagnante pour tous les modes de transports au lieu de les opposer les uns aux autres. Et faisons preuve de pragmatisme avec des mesures simples, facilitant la vie des citoyens, chaque fois que cela est possible.

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30 km/h dans toutes les zones habitées

Alice Genoud, coordinatrice de section ATE Genève

Les feuilles des marronniers sèchent et vos enfants ont repris le chemin des préaux. La rentrée a sonné, et elle concerne aussi un Grand Conseil et un Conseil d’État considérablement renouvelés. Nouvelle année, nouvelle législature et donc nouvelles opportunités.

Après une période où la mobilité durable et plus largement l’environnement ont souffert d’une gestion pour le moins chaotique, sinon dépassée ou nuisible – marquée par une baisse de l’offre des transports publics après des années de développement, cette rentrée politique doit être celle de la métropole genevoise durable. Nous avons pris du retard. Aujourd’hui le temps presse. Le nombre de déplacements augmente et si l’on continue d’y répondre par la voiture individuelle, c’est nous tous qui en souffrirons toujours plus: trop de bruit, trop de pollution et surtout trop de bouchons!

Si Genève veut enfin dessiner une mobilité cohérente pour l’horizon 2030, elle doit prendre sérieusement un nouveau virage. Cela commence par plus d’espace dédié aux piétons, des pistes cyclables continues et sécurisées, la généralisation du 30 km/h dans toutes les zones habitées. C’est le minimum pour prétendre à un air respirable toute l’année et préserver notre paysage. Les bases légales sont là et le soutien populaire aussi, suite à la votation pour une mobilité cohérente et équilibrée. C’est maintenant au Département des infrastructures de prendre ses responsabilités et d’appliquer ces choix. Genève a les moyens de devenir la Copenhague de Suisse. Rappelons que nous avons été les premiers à organiser une journée sans voiture en 1999. C’est vers ces types de projets que nous devons nous tourner, plutôt que de se distinguer par des nouvelles routes en pleine nature ou un nombre de places de stationnement très élevé et surtout figé par une loi.

Genève a aussi les moyens d’être une agglomération qui s’assume. La pendularité est une réalité, il faut donc développer des transports publics en conséquence. Le Léman Express n’est que le début du train à Genève. Regardons Zurich ou Berne: pourquoi ne pourrions-nous pas aussi avoir un réseau de RER qui permette de déplacer beaucoup de monde en peu de temps?

L’ATE est active depuis quarante ans pour la mobilité durable. Nous avons vu les projets de tram se concrétiser, nous avons aussi vu les rétropédalages liés au mythe de la voiture individuelle comme liberté absolue. Liberté des uns de polluer les autres. Ce dont nous sommes persuadés, c’est qu’il est nécessaire de tourner la page des projets à l’ancienne et de concerter. Pas seulement réunir autour d’une table, mais surtout écouter, comprendre et construire en prenant en compte l’urgence climatique et les opportunités de la digitalisation.

L’ATE espère que cette législature sera celle des projets d’envergure pour la mobilité durable. C’est le seul moyen de rendre notre région agréable, mobile et innovante.

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Créé: 18.09.2018, 15h23

François Membrez, président du TCS Genève et Alice Genoud, coordinatrice de section ATE Genève


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