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Jean-Noël Cuénod: Amorce d’un grand ras-le-bol mondialisé ?

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Jean-Noël Cuénod: Amorce d’un grand ras-le-bol mondialisé ?

(...) Prière de ne pas confondre libéralisme et ultralibéralisme. Le premier consacre la liberté de l’individu par rapport au groupe. Les rapports entre l’individu et le groupe sont réglés par l’Etat de droit qui fait la balance entre intérêts individuels et collectifs. Sur le plan politique, le libéralisme s’exprime par la pluralité des opinions cristallisées dans des partis et sur le plan économique, par la sauvegarde de l’initiative privée et la libre concurrence entre les entreprises. (...) L’ultralibéralisme est de nature fort différente, voire opposée sous bien des aspects. L’ultralibéralisme est l’expression politique du capitalisme financier. A ce dernier, peu importe la démocratie. Si elle ne s’oppose pas à son développement, tant mieux pour elle. Si elle est considérée comme une entrave, elle est jetée aux oubliettes. Le capitalisme financier s’acclimate fort bien dans un pays sans démocratie, sens Etat de droit, sans même de liberté économique comme la Chine. Finie la libre concurrence. Morte la négociation salariale. (...) Pour tenter de maîtriser le capitalisme financier et son expression ultralibérale, la convergence entre les luttes sociales et les combats pour l’environnement est un passage obligé. Puissions-nous ne point le rater !

Didier Bonny: « Chanson douce » : glaçant et réussi

(...) Et c'est d'ailleurs ce qui a particulièrement intéressé la réalisatrice Lucie Borleteau dans le roman de Leïla Silmani, à savoir qu'elle ne condamne pas plus la nounou que les parents et qu'aucune morale ne s'en dégage. Elle dit y avoir vu « une peinture très cruelle de la société actuelle, qui dévore ses propres enfants. Le roman pose cette question: comment se fait-il qu'un tel crime soit rendu possible dans notre société? Le monstre n'est pas Louise et sa folie, mais une chose aux contours flous qui nous renvoie à nos propres actes. » Porté par une Karine Viard au sommet de son art, et fort bien entourée par Leïla Bekhti et Antoine Reinartz qui jouent les parents et la formidable Assya Da Silva dans le rôle de leur fille aînée, « Chanson douce » se regarde comme un thriller psychologique. La tension monte au fur et à mesure que la nounou montre des signes de plus en plus inquiétants dans son comportement. Signes que le spectateur guette avec d'autant plus d'attention et de fascination qu'il connaît à l’avance le dénouement dramatique. Glaçant et réussi. (4 étoiles)

Marc Schindler: La face honteuse de l'Amérique

Tous les yeux sont tournés vers Washington, où la Chambre des Représentants va voter l’impeachment du président Trump. Mais le New York Times révèle une face honteuse de l’Amérique : un camp de SDF en Californie est parmi les pires endroits au monde. Pendant un mois, les reporters du plus prestigieux quotidien américain ont enquêté dans un camp situé à Oakland, en Californie, l’Etat le plus riche du pays. Leur enquête révèle une vérité terrifiante : à quelques km du célèbre Golden Gate, des Américains vivent au milieu de tas d’immondices, infestés de rats, sans eau courante. Il y a plus de 125 000 SDF en Californie dans plus de cent camps. Selon le NYT, on devrait les appeler des camps de réfugiés. (...) Le Parlement de Californie a dépensé des milliards de dollars pour les SDF, mais ils sont toujours plus nombreux à vivre sous tente ou dans des abris de fortune. Impossible de vivre à San Francisco où les loyers ont explosé. (...) Les reporters du NYT ont ensuite visité un camp de SDF à l’est de Mexico, trois fois plus grand. (...)

Adrien Faure: Mythomanie politique

« Depuis la Révolution française une moitié de l'Europe s'intitule la gauche et l'autre moitié a reçu l'appellation de droite. Il est pratiquement impossible de définir l'une ou l'autre de ces notions par des principes théoriques quelconques sur lesquels elles s'appuieraient. Ça n'a rien de surprenant : les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes rationnelles mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes dont l'ensemble constituent tel ou tel kitsch politique. » Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, 1984. Kundera aurait sans doute pu terminer sa tirade en remplaçant kitsch politique par mythe politique. Le mythe est en effet au cœur des passions politiques. (...) Et au centre me direz-vous ? Le principal mythe du centre c’est que le centre n’a pas de mythe. Or, le centre règne et prospère sur toute une mythologie. Les mythes du centre sont en effet ceux qui sous-tendent la stabilité sociale. Certains sont peu controversés, comme le mythe de l’Etat (qui n’existe que dans la tête des gens) ou le mythe de la monnaie (qui n’a de valeur que tant que les gens lui en reconnaissent). D’autres le sont davantage, comme le mythe de l’endettement public éternel et du déficit permanent, soutenus par celui de la Sainte Banque Centrale dotée des pouvoirs sacrés d’injection monétaire (Quantitative Easing en langage médiatique contemporain) et de baisse des taux directeurs. Le mythe politique est donc tout à la fois nécessaire (à la stabilité sociale), inévitable (c’est un fait de nature) et périlleux (aux extrêmes il menace la stabilité sociale).

Marie-France de Meuron: Que peut nous enseigner la peste porcine africaine (PPA) ?

(...) Tant que l'épidémie de PPA sévissait de façon endémique en Afrique subsaharienne et n'était mortelle que chez les porcs, nous ne nous sentions pas concernés, même si la catastrophe était bien réelle pour la sécurité alimentaire et économique des populations concernées. Un point aurait pu nous interpeller : le virus a une parenté avec celui de l'hépatite C. Il y a là un clin d'oeil pour nous inciter à nous éveiller, à découvrir le "lien quantique" avec l'agent infectieux qui atteint les êtres humains. C'est une invitation à attiser notre curiosité et à chercher à connaître en quoi consiste l'infection par le virus de la PPA qui anéantit le système immunitaire et lymphatique des animaux en quelques jours, sans qu'ils ne sachent se défendre. Notre élan permettrait de mettre en oeuvre des moyens diagnostiques pour détecter les mécanismes viraux et les causes du manque de défense des suidés, afin de générer des moyens thérapeutiques et ainsi être préparés sans être dépassés par les événements le jour où un problème similaire nous atteint plus directement. Comme le mentionne l'article cité "nous sommes tous responsables". En quoi sommes-nous reliés aux éleveurs subsahariens, surtout si nous ne sommes ni médecins ni chercheurs scientifiques? (...)

Pascal Holenweg: La COP est vide

(...) On n'attendait pas grand chose de la COP 25, et elle a même réussi à décevoir cette attente résignée de presque rien. On dirait du Jankélévitch : on est passé du presque rien à rien du tout. Faut-il s'en étonner ? Les contradictions d'une conférence comme celle-là, avec les acteurs qu'elle rassemble, sont les nôtres (et sans doute aussi celles de nombre des manifestants de cette année, pour la "justice climatique") : on sait qu'on n'atteindra pas les objectifs minimaux (et insuffisants) posés par l'accord de Paris sans un profond changement des comportements individuels et des choix collectifs, on sait que le temps presse, on sait que reporter les choix qu'on est incapables de faire aujourd'hui alors que cela fait 25 ans qu'on les sait cruciaux, mais on est rarement prêts à payer le prix du changement nécessaire. On peut ainsi parler de "green new deal" sans vouloir renoncer à prendre l'avion quand on pourrait prendre le train (ou renoncer à un voyage), ni renoncer à son ordinateur, sa tablette et son téléphone portables -tous produits à grand renfort de métaux rares dont l'extraction est une calamité écologique. On peut aussi croire, comme Jeremy Rifkin, en l'avènement d'un "capitalisme social", sans achopper sur cet oxymore, plutôt qu'adhérer comme Naomi Klein à un projet de rupture politique et sociétale qui remettrait bien plus fondamentalement en cause des modes de vie considérés comme des droits acquis...

JF Mabut: L'amour incarné

(...) L’autre matin, j'ai bu un café avec Hani Ramadan*. Et nous avons parlé des limites. La limite fait la forme. Et le Coran, lui dis-je, est autant une incarnation que le Dieu des chrétiens l'est en Jésus Christ. Il a évidemment protesté soulignant combien l'arabe classique était bien l'instrument de la révélation. N'empêche, rétoqué-je, Dieu en sa révélation emprunte forcément les formes contingentes que l'homme peut entendre. Il accepte donc le risque d'être mal compris ou instrumentalisé par ses créatures. Et elles ne s'en sont pas privé, ses créatures, depuis la nuit des temps de franchir les limites, comme les prescripteurs, qui s'arrogent le droit de parler au nom de Dieu, d'en fixer de nouvelles. Ainsi, lui dis-je encore, ce n'est pas Dieu qui a tenté l'homme au Paradis terrestre en lui prescrivant que l'arbre de la connaissance lui était interdit, la limite et sa transgression - comme on dit dans ce langage culpabilisant - est la condition même de l'être humain (...)

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