Fleurs, pavés? Marjorie de Chastonay face à Willy Cretegny

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Et vous, chers lecteurs, lancez-vous des fleurs ou des pavés au Grand Conseil et/ou au Conseil d’État à l’issue de cette législature de presque cinq ans, durée fixée par la nouvelle Constitution cantonale adoptée en 2012? Qu’attendez-vous des autorités qui seront élues les 15 avril et 6 mai, alors que plus de 40% des habitants de ce canton sont exclus des urnes parce qu’ils sont étrangers? Vos lettres sur courrier@tdg.ch. Nous poursuivons la publication des tribunes libres que nous avons demandées aux 31 candidats en lice pour l’Exécutif. Aujourd'hui Marjorie de Chastonay, candidate des Verts au Conseil d’État et Willy Cretegny, candidat de la liste Prospérité maîtrisée. Ces points de vue s’inscrivent dans notre invitation en marge du 50e anniversaire de Mai 68. Notre dossier: www.election2018.tdg.ch.

Une Genève plus verte, plus inclusive, égalitaire

Marjorie de Chastonay, candidate des Verts au Conseil d’État

Née en 1975, j’ai sans aucun doute bénéficié des effets de Mai 68 par le biais d’une éducation empreinte de liberté et d’indépendance grâce à une mère féministe, sans toutefois être militante, qui m’a inculqué le courage et la détermination. De cette période qui a construit la femme que je suis aujourd’hui, j’ai gardé, chevillée au corps, une capacité de regard acéré sur ce qui m’entoure et donc de son corollaire: un sentiment d’indignation permanente.

Je dois sans doute au regretté Stéphane Hessel, ancien diplomate, ambassadeur, résistant et écrivain, et à son petit opuscule Indignez-vous!, publié en 2010, l’intégration du mot indignation dans mon vocabulaire quotidien. Oui, je suis indignée qu’à Genève, on ne puisse plus se déplacer à vélo ou à pied sans risquer sa vie et que l’on conseille aux personnes âgées et aux enfants en bas âge de rester enfermés lors des pics de pollution, plutôt que d’inciter les voitures à rester au garage.

Oui, je suis indignée que de plus en plus de familles de la classe moyenne n’arrivent pas à terminer le mois sans avoir recours à l’emprunt et sans renoncer à des soins devenus trop coûteux alors que les primes d’assurance-maladie ne cessent d’augmenter. Oui, je suis indignée qu’un jeune qui veut prendre son envol ou des parents fraîchement divorcés ne trouvent pas de logement à un prix abordable.

Oui, je suis indignée que les personnes en situation de handicap ne puissent vivre dans des conditions dignes et que notre canton ne dispose toujours pas de suffisamment de structures adaptées à leurs besoins leur permettant d’acquérir une forme d’autonomie. Oui, je suis indignée que les femmes continuent à être moins rémunérées que les hommes, à compétences égales, et qu’elles continuent à assurer la majorité des tâches ménagères et éducatives.

Oui, je suis indignée que l’on expulse des familles dont les enfants fréquentent nos écoles au seul motif qu’elles ont déposé leur demande d’asile dans un pays tiers. Mais non, mes indignations ne se transformeront pas en pavés, ni en prise de position déclamatoire sur le travail du gouvernement actuel ni de ceux qui l’ont précédé. Mon énergie, je préfère la garder et transformer mon indignation en engagement. Ainsi, si je souhaite ardemment entrer au Conseil d’État, c’est pour y apporter mon courage, mes compétences et la force de mon engagement pour une Genève plus verte, plus inclusive et plus égalitaire.

Aucune de mes indignations ne relève de la fatalité, une inversion est possible si, le 15 avril et le 6 mai, au sortir des urnes, se découvrent un parlement composé de femmes et d’hommes soucieux du bien commun, et avides de solutions consensuelles pour y parvenir, ainsi qu’un gouvernement composé lui aussi de femmes et d’hommes – et non pas d’une seule femme comme à ce jour – prêts à retrousser leurs manches, à sortir de la zone de confort pour proposer des solutions qui visent l’inclusion et non des mesures qui fabriquent l’exclusion.

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Mai 68 a ceci de différent avec 2018…

Willy Cretegny, candidat de la liste Prospérité maîtrisée

C’était la remise en cause d’un modèle de société et de valeurs à une époque où on croyait encore que les ressources étaient inépuisables et la pollution peu perceptible. C’était aussi une volonté de changement. Aujourd’hui, en pleine campagne électorale genevoise, le propos est tout autre. Les partis politiques en place ne parlent pas de changement, mais de continuité.

Mais est-ce que l’on peut continuer ainsi? Est-ce que l’on peut continuer à prôner la croissance de la consommation, le développement d’une politique d’encouragement au transport de marchandises d’un bout à l’autre de la planète ou encore la digitalisation à tout va? Tout ceci dans un contexte de raréfaction des ressources, de réchauffement climatique dû à l’activité humaine et de montagnes de déchets dues au gaspillage généralisé.

Il est temps aujourd’hui de se réveiller et de prendre en compte ces réalités. Le développement durable est devenu la gestion des déchets, il doit être tout d’abord la gestion des ressources. Nous devons prendre les problèmes à la source et non au bout du chemin. En tout premier le gaspillage des ressources par la mise sur le marché de produits à prix cassés, les bien nommés. Les prix n’ont plus aucun rapport avec les coûts de production locaux.

Alors, on jette, on ne répare plus, on n’achète plus selon ses besoins, l’achat devient addictif. La transition énergétique sans une remise en cause de l’encouragement à consommer n’est pas cohérente.

Aujourd’hui, un tiers de la production agricole mondiale est gaspillé, ce n’est pas à l’heure de fermeture des supermarchés que nous devons agir pour éviter la décharge aux invendus, c’est au début de la chaîne.

Notre politique économique doit être tournée essentiellement sur le développement de l’économie locale. Pendant longtemps, nous avons exporté avec une économie forte à l’intérieur; aujourd’hui nous sacrifions l’économie et le commerce intérieur au profit de l’exportation, ce n’est plus acceptable.

Nous devons avoir une économie respectueuse de notre environnement et de nos ressources. Le gouvernement doit défendre l’État de droit, et à ce titre, il doit prendre toutes les mesures au niveau cantonal et fédéral pour éliminer la distorsion de concurrence. Donner la préférence à l’économie locale est la meilleure politique durable. C’est aussi la meilleure arme contre les délocalisations.

Notre aéroport se développant avec le low cost est une mauvaise image pour notre canton. Selon notre Constitution, nous devons prendre toutes les mesures utiles contre la pollution de l’air. Développer encore le transport aérien est contraire à cette volonté et à la qualité de vie des riverains.

La fuite en avant que nous vivons aujourd’hui nuit à la qualité de vie, à la mobilité, à l’accès au logement, à l’accès à l’emploi et à la pérennité des activités économiques locales. La Suisse n’est pas un îlot de cherté mais un îlot de qualité, sachons le rester!

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Créé: 28.03.2018, 07h49

L’élection le 15 avril du parlement et du gouvernement genevois pour la législature 2018-2023 coïncide avec les 50 ans de Mai 68. Nous avons demandé à chacun des trente et un candidats qui brigue un des sept sièges du Conseil d’État de jeter des fleurs ou des pavés au parlement et au gouvernement sortant et surtout de dire quelles seront leurs premières actions s’ils sont élus le 6 mai à l’issue du second tour. Seront-ils plutôt carotte ou bâton?




Bon plan: En 31 ou 60 questions, le site www.smartvote.ch mesure votre proximité relative avec la plupart des candidats.


Retrouvez notre dossier Élections 2018: www.election2018.tdg.ch


Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

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