Fleurs ou pavés? Ana Roch face à Thierry Apothéloz

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Les "smartspiders" d'Ana Roch, MCG, et de Thierry Apothéloz, PS. (Source: www.smartvote.ch)

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Le scrutin pour les élections des cent députés au parlement et des sept conseillers d’État formant le gouvernement de la République et Canton de Genève est ouvert depuis quelques jours. Il sera clos le 15 avril. Tous les Genevois peuvent voter par Internet. C’est une première. L’autre première est l’usage d’un seul bulletin pour désigner les sept membres de l’Exécutif. Il faut cocher au moins un nom et au plus sept pour que votre vote soit valable. Seuls les candidats qui auront obtenu plus de 50% des suffrages seront élus au premier tour. Sinon ils devront tenter leur chance le 6 mai.

Pour le Grand Conseil, rien de changé. Pour être élu, il faut tout d’abord que le parti de votre choix obtienne plus de 7% des suffrages exprimés. Une fois les sièges répartis entre les partis ayant passé ce cap, c’est le nombre des suffrages nominatifs qui permet de dresser la liste des élus. L’élection pour cette législature 2018-2023 coïncide avec les 50 ans de Mai 68.

Nous avons demandé à chacun des trente et un candidats au Conseil d’État de jeter des fleurs ou des pavés au parlement et au gouvernement sortant et de dire quelles seront leurs premières actions s’ils sont élus. Sont-ils plutôt carotte ou bâton? C'est au tour d'Ana Roch, présidente du MCG, candidate au Conseil d’État et de Thierry Apothéloz, conseiller administratif PS à Vernier, président de l’Association des communes genevoises.

Bon plan: en 31 ou 60 questions, le site www.smartvote.ch mesure votre proximité relative avec la plupart des candidats. Exemple ci-dessus pour nos deux candidats du jour. Notre dossier: www.election2018.tdg.ch

Les fleurs de 1968 sont fanées

Ana Roch, présidente du MCG, candidate au Conseil d’État

Mai 68 fut sans doute la dernière utopie. Il y a cinquante ans exactement, une révolte adolescente traversait de nombreux pays, comme la France, les États-Unis, mais également la Suisse de manière plus modérée. On croyait alors qu’en descendant dans la rue, on allait faire le bonheur du peuple.

En 1989, le réveil fut brutal avec la chute du mur de Berlin et la découverte que le modèle socialiste de l’Union soviétique avait fait faillite, en sombrant dans un régime totalitaire et dans l’archipel concentrationnaire du goulag. Le rêve, qui se voulait alors libérateur, avait caché un réel cauchemar. En 2018, les vendeurs de rêves sans lendemain sont toujours présents à l’approche des élections, dans de nombreux partis sur tout l’échiquier politique.

À la fin du XXe siècle, un nouveau monde naissait avec la fin de l’opposition socialisme-capitalisme, où l’on trouvait les prémices d’une vie politique qui, au cours des années, ne se définit plus par la dualité gauche-droite.

Le temps des grandes idéologies est terminé, comme ne cesse de le répéter le MCG qui s’oppose à cette opposition gauche-droite qui n’amène rien de bénéfique. Aujourd’hui, les citoyens de notre canton ne veulent plus entendre ces discours démagogiques mais attendent que l’on s’intéresse à leurs préoccupations réelles, comme l’emploi, la santé, la sécurité ou le logement.

L’un des grands héritages de Mai 68 fut le développement d’une mondialisation effrénée qui s’est efforcée d’enlever toute protection pour les citoyens, les travailleurs et les petites entreprises.

Aujourd’hui, les fleurs de Mai 68 sont fanées depuis bien longtemps, mais ses valeurs de mondialisation et de laxisme absolu ont enlevé certes des contraintes qui auraient de toute façon disparu en raison de l’évolution de la société; mais dans le même temps, au niveau économique, des dispositifs défensifs pour les plus fragiles ont été détruits. Les libertaires de gauche ont rejoint les ultralibéraux de droite, les premiers en utilisant l’arme des changements de société qui en fait dissimulaient le véritable enjeu qui est une maximisation à outrance des profits économiques pour les grands groupes.

Le MCG défend une société de liberté et une économie dynamique qui n’oublient pas de protéger les travailleurs résidents, les petites et moyennes entreprises. Le dumping sans vergogne sur les salaires ou les prix va rendre notre monde invivable, si l’on n’y prend garde. En fait, la liberté des citoyens ne peut passer que par une affirmation des frontières qui protègent les citoyens suisses mais aussi les résidents genevois, en particulier les plus faibles, tout en ménageant notre environnement. C’est une question de bon sens.

En 2018, il devient urgent de défendre les citoyens et les petites entreprises, qui sont à la base de notre société, en appliquant des protections intelligentes, modérées et efficaces. C’est la ligne politique choisie par le MCG.

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Genève 18 plutôt que Mai 68!

Thierry Apothéloz, conseiller administratif PS à Vernier, président de l’Association des communes genevoises

Cinquante ans nous séparent de Mai 68. Une révolution culturelle importante, celle qui a permis l’émancipation – des femmes notamment – et le basculement de nos sociétés vers la modernité. Mais une révolution incomplète et inachevée. De la lame de fond libératrice, que reste-t-il aujourd’hui?

Quels sont les acquis de nos sociétés qui ont survécu à la période «bénie» des Trente Glorieuses? Avons-nous moins de précarité, plus de droits humains, moins de chômage, plus de logements, une meilleure éducation, une meilleure santé? Questions ouvertes. Le vent libérateur a été trop souvent aspiré par l’individualisme, le chacun pour soi et la pernicieuse disparition des solidarités. De Mai 68, il ne reste plus grand-chose ou pas assez. Les idéaux libertaires se sont fracassés sur le mur d’une mondialisation sans visage.

Aujourd’hui on communique, on échange et on s’informe bien plus vite. C’est l’ère de l’instantané et de l’immédiat. La tête plongée dans le flot d’informations, on en oublie de penser le monde qui nous entoure, et qui semble mourir à petit feu. Où en sommes-nous aujourd’hui? Où en est l’émancipation tant attendue? La fin de la servilité politique et sociétale que symbolisa Mai 68 s’est-elle muée en servilité économique et consumériste?

À y regarder de plus près, Mai 68 semble à des années-lumière de la réalité que nous vivons à Genève. La morosité économique est devenue la règle. Les prestations assurées par l’État ne suffisent plus à combler les besoins de la population. Un Genevois sur sept vit dans la précarité. Le chômage stagne, le logement est devenu inabordable, l’assurance-maladie est hors de prix. La classe moyenne – celle qui a profité de la révolution de Mai 68 – est accablée par les factures, la hausse des prix, les dettes. Les conditions de travail se précarisent et se flexibilisent toujours plus. Celles et ceux qui n’arrivent pas à suivre le rythme sont laissés sur le côté. Sans parler des effets de l’intelligence artificielle sur les emplois.

Cependant, les braises de Mai 68 ne demandent qu’à se rallumer. Il suffit de peu pour «rallumer tous les soleils», comme le disait Jaurès. Je vois cette énergie autour de moi: chez ces jeunes qui démarrent un projet pour aider ici ou ailleurs; chez ces habitants des Avanchets qui s’érigent contre le renvoi d’une grand-mère camerounaise; chez ces aînés qui refusent de voir la génération de leurs petits-enfants vivre moins bien que la leur.

Nous avons le devoir de soutenir ces élans. Non par des vaines promesses, ce n’est pas ma façon de faire de la politique, mais par des actions concrètes, comme ce que j’ai réalisé avec le Réseau Seniors Vernier, les contrats de quartier ou encore les Correspondants de nuit. Pour un canton plus solidaire et plus social, Genève mérite des choix politiques clairs qui permettent aux Genevois d’accéder à l’emploi, au logement, à la formation et à la santé sans avoir l’angoisse des fins de mois. Pas de nostalgie de Mai 68, mais une furieuse envie d’une Genève 18 pour porter cet espoir-là.

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Créé: 26.03.2018, 15h35

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Retrouvez notre dossier Élections 2018: www.election2018.tdg.ch


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