Anne Cendre: Bataille de rues

Germaine Duparc, 1916-2008, Anthropologue plutôt que Jean-Violette?

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Anne Cendre: Bataille de rues

Plusieurs lecteurs se sont déjà indignés dans le courrier de la Tribune de Genève à l’annonce des changements de noms de rues envisagés pour féminiser la nomenclature. Je me joins à leur combat. Parmi les noms que l’exécutif envisage de passer à la hache, je ne lui accorde que Louis Dunant ; il porte un nom certes révéré à Genève, mais il n’a comme seule raison d’être que d’avoir été maire du Petit Saconnex entre 1878 et 1886. Dans la préface de l’indispensable Dictionnaire des rues de Genève (Promo Edition, 1983) de l’ancien chancelier d’Etat Jean Paul Galland, l’historien Olivier Reverdin écrivait : « Conserver aux rues leurs noms anciens, dans la Vieille Ville, est une des formes de la sauvegarde du patrimoine ! » et il regrettait que l’on ait substitué au Manège « qui sentait encore le crottin » le poète René-Louis Piachaud « qui aurait parfaitement pu être honoré dans les quartiers extérieurs ». (...) Passons à un autre cas pendable, celui de Jean Violette (1876-1964), un poète qui fut un pilier d’un groupe d’artistes (...) Autre option, lui offrir le passage Saint-François tout proche, parallèle à la rue Jean Violette, entre la rue de Carouge et la place Saint-François. Puisque celui-ci possède déjà sa place, il pourrait céder le passage à un autre genre de seins. (Oh la la, quel vilain jeu de mots.) A propos de saints, n’est-ce pas étonnant que Genève, ville autrefois calviniste, ait conservé le souvenir de tant de saints ? Outre François, il y a Pierre, Gervais, Germain, Léger, Paul, Antoine, Victor, Georges, Jean, Laurent, Joseph. Parmi eux, une seule sainte, Clotilde, nièce du roi Gondebaud, épouse de Clovis et fondatrice de la basilique Saint-Victor. En voilà une qui mérite son avenue. (...)

Pierre Kunz: Comment les Américains peuvent-ils voter Sanders ?

Les observateurs de la vie économique, politique et sociale américaine connaissent la méfiance que toutes les classes sociales de la société éprouvent depuis 1776 à l’égard des idées socialistes et de l’Etat providence cher aux Européens. Ces observateurs se trouvent donc bien démunis lorsqu’ils essaient de comprendre, comment Bernie Sanders, qui affiche des idées qui ne dépareraient pas la panoplie des thèses des socialistes helvétiques, parvient à mobiliser des foules et des sommes considérables à l’appui de sa candidature à la présidence des USA. Joseph Stiglitz apporte dans son dernier ouvrage une réponse convaincante à ces interrogations. (...) Plus choquant encore, « dans le pays le plus riche du monde » l’espérance de vie est en baisse. L’économiste discerne deux grandes causes à cette situation. En premier lieu, il stigmatise la politique fiscale menée depuis les années 1980 par les autorités successives. Elle a consisté à exonérer massivement les revenus des classes les plus aisées (...)

Jean-Noël Cuénod: Boris Vian, tu ne fais pas tes cent ans…

Tes cent balais ont nettoyé le fin fond de ma mémoire. Passé un certain âge, entre un cahier de math et un autre de français, chacun a son Boris Vian qui se niche dans le grenier des souvenirs lycéens. Alors, voilà le mien… Il pleut sur la vitrine de la librairie Descombes, juste en bas de la Vieille-Ville de Genève, à quelques enjambées du Collège Calvin, dans les années 1965-67. Il pleut tellement qu’on doit essuyer la vitre avec la manche de nos cabans pour voir les nouveaux bouquins que les Descombes père et fils ont placé sur leur devanture. Les libraires ont tapé dans le mille : le héros de la semaine c’est un écrivain qu’aucun de nos profs n’avaient jugé bon de présenter. Les rares qui le connaissaient ne lâchaient à son propos que de méprisants verdicts : « Un auteur pour gamins boutonneux ». Mais justement, nous étions des gamins boutonneux… (...)

Pascal Holenweg: Erdogan, maître-chanteur

(...) Cette guerre, en Europe, est menée par l'Union Européenne. Qui a reçu le Prix Nobel de la Paix. Mais cette guerre est aussi menée par la Suisse. 15'000 personnes ont sollicité l'asile en Suisse en 2018 : c'est le chiffre le plus bas depuis plus de dix ans. Et c'est le résultat de la même politique menée par la Suisse et l'Union Européenne. Une politique qui consiste, notamment, à faire le plus large usage possible du "Règlement Dublin" pour renvoyer dans un pays de l'Union Européenne les réfugiés y ayant transité (...) . Quelques faibles lueurs d'espoir clignotent cependant : Six Etats européens (dont la France et l'Allemagne), malgré les cris de leurs extrême-droites respectives, ont accepté de prendre en charge 1500 enfants bloqués sur les 'îles grecques. 1500 enfants, c'est bien peu, mais ce serait 1500 enfants sauvés de la géhenne. Un premier pas -mais qui ne sera suivi d'autres que si une pression suffisante (une "insurrection des consciences" à laquelle appelle Jean Ziegler) sera faite pour cela. (...) En Autriche, le Maire (vert) d'Innsbruck se dit prêt à accueillir dans sa ville 200 migrants en provenance de Grèce : "il y a des milliers de personnes dans des conditions matérielles misérables en Grèce alors qu'ici nous avons des centres de réfugiés vides, c'est notre devoir d'aider ces personnes qui sont déjà en Europe". C'est bien dit, et en Allemagne les Maires de Cologne, Düsseldorf, Hambourg et Potsdam, et les églises protestante et catholique, disent la même chose (...)

Catherine Armand: La pluie et le beau temps

Dans une campagne électorale, il y a des journées ensoleillées, et il y a des journées sous la pluie. Le soleil, ce sont les colistiers bienveillants, les électeurs accueillants ; la pluie, ce sont les adversaires un peu lâches paniqués à l'idée de perdre leur siège, qui crachent leur venin et persiflent au creux d'oreilles compatissantes. Je n'avais pas de parapluie ; l'insulte m'a détrempée. (...) Non, la pluie ce ne sont pas les roitelets qui nous tiennent lieu d'adversaires. La pluie, le gros orage, la tempête, c'est un virus. Il devrait nous faire oublier nos petits égos gesticulants et nous recentrer sur l'essentiel (...)

Maurice-Ruben Hayoun: Stefan Zweig, L’esprit européen en exil

Juif, autrichien et européen. A réception de ce livre, j’ai éprouvé une certaine satisfaction car peu auparavant j’avais recensé ici même, dans ces colonnes, un autre ouvrage traitant du même sujet : l’intérêt jamais démenti de notre auteur pour la chose politique, la vie de la cité et les événements qui ont fini par compromettre la paix mondiale, sans oublier la commission de ces actes horribles, nommés la Shoah. Dans le présent ouvrage, comme dans le précédent, une idée fausse est combattue avec force : non, Stefan Zweig ne s’est pas contenté de survoler son époque sans jamais s’intéresser au drame qui se déroulait sous ses yeux. Non, il n’a pas été cet esthète égocentrique, replié sur lui-même et n’accordant aucun intérêt ni aucune attention à l’histoire immédiate. (...) Grande est la tentation de suivre ce riche volume, si bien présenté et documenté, un volume qui modifie l’idée que l’on se faisait de la personnalité de l’écrivain viennois. Pour finir, je vais dire quelques mots à propos de l’hommage posthume rendu à un vieil ami de l’auteur, Joseph Roth dont la quasi totalité des œuvres existe aussi en langue française. (...)

Rémi Mogenet: H. P. Lovecraft et le sens du jeu

(...) J'ai déjà cité Lovecraft évoquant le besoin de créer, par le merveilleux, l'illusion qu'on peut s'affranchir du temps et de l'espace. Ses Grands Anciens ont cette contradiction frappante, qu'ils sont insérés dans le monde physique, et que, en même temps, ils en sont libres. L'illusion désirée en effet ne fonctionne que si on respecte les lois naturelles, a-t-il déclaré également: je donne les références précises dans des articles que je lui ai consacrés ailleurs. Mais Rudolf Steiner dit peut-être plus clairement ce qui est en jeu ici, et qui est justement le jeu, tel que les enfants le pratiquent. Il s'agit d'inventer librement un monde qui dégage l'âme des lois physiques contraignantes (...) Steiner, on le sait, pensait que derrière l'imagination humaine, créée par jeu, se trouvaient les lois spirituelles, les vérités du monde spirituel, les forces morales réelles qui animaient l'univers: l'imagination était le premier stade qui permettait à l'âme de les appréhender. Lovecraft, il est vrai, n'a pas été clair, à ce sujet. (...)

Jean Souhel Gowrié: la différence entre Poutine et les femmelettes de chez nous

(...) Il y a de cela quelques semaines et alors que l'armée syrienne a décidé de venir à bout de la dernière poche terroriste du pays, Idlib, où tous les islamistes du coin avaient été "rassemblés", Erdogan nous a gratifiés d'un de ses discours habituels où il a menacé pratiquement tout le monde et promis à la Syrie un bain de sang et une guerre qui "fera comprendre à Assad qui est qui", etc., etc. En réponse à ces menaces, l'armée syrienne a envoyé quelques missiles avec, à la clef, plus d'une quarantaine de soldats turcs tués. Du jamais vu. Tout le monde l'aura compris, le maître du Kremlin, las des gesticulations du Turc et n'ayant jamais oublié l'affaire de l'avion de combat russe abattu par l'armé de ce dernier, a, enfin, décidé d'envoyer un message claire au moustachu d'Ankara. (...)

Edmée Cuttat: ”La bonne épouse”, laborieuse comédie féministe aux couleurs pop

A l’image du film dans son ensemble, malheureusement. Car Martin Provost, réalisateur si apprécié et délicat de Séraphine et Violette, se complaît, en voulant rendre hommage aux femmes, dans une comédie caricaturale pour rappeler laborieusement l’histoire de leur émancipation. Grossissant outrancièrement le trait, il enfile dès lors les clichés comme des perles, tout en évoquant quelques stars d’alors comme Adamo, Guy Lux, ou Joe Dassin pour nous mettre dans l’ambiance. (...) Dans cet univers aux couleurs pop, Martin Provost a confié le rôle principal à Juliette Binoche, qu’on retrouve , dans les deux tiers de l'opus, en bourgeoise coincée faussement chic, boudinée dans son tailleur rose. (...)

JF Mabut: La commune de Bardonnex a-t-elle volé ses habitants?

On dira que ces réserves seront bienvenues lorsque la récession arrivera - mieux vaut être fourmi que sauterelle - ou qu'il faudra soudain investir des millions - on parle de 15 millions pour la nouvelle école de Compesières. Et bien c'est faux. Épargner est recommandé - et même obligatoire via les caisses de retraite - pour nous autres personnes physiques qui vont devoir vivre 15, 20, 30 ans sans travailler. Mais une commune est réputée collecter des impôts chaque année sans retraite. Une commune n'a pas à épargner. Cette pratique est contraire aux règles comptables des collectivités publiques. Pour une raison simple. Les 6,6 millions collectés en trop ne correspondent à aucun service public. Il s'agit donc bien d'un vol. Vous imaginez la Ville de Genève avec des résultats cumulés pendant 10 ans de plus d'un milliard de francs? Quel tollé! Une aubaine pour la droite, un scandale pour la gauche. Encore que la Ville aurait pu réduire sa dette. Or Bardonnex est pratiquement sans dette. Deux choix s'offraient au Conseil municipal: (...)

Créé: 11.03.2020, 23h01

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