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LibanBeyrouth en deuil au lendemain des terribles explosions

La capitale libanaise s’est réveillée mercredi sous le choc, au lendemain des explosions qui ont fait plus de 100 morts et 4000 blessés. Des tonnes de nitrate d’ammonium sont en cause.

Beyrouth, ce mercredi, se réveille sous le choc.

Dans les ruines fumantes du port de Beyrouth, au milieu des immeubles éventrés, les secouristes tentaient mercredi de retrouver des victimes. La veille deux énormes explosions ont fait au moins 100 morts et plus de 4000 blessés, selon la Croix-Rouge libanaise.

La capitale libanaise, déclarée ville «sinistrée», s’est réveillée sous le choc après ces explosions d’une telle puissance qu’elles ont été enregistrées par les capteurs de l’institut américain de géophysique (USGS) comme un séisme de magnitude 3,3.

Une vidéo prise pendant un office à Beyrouth. La lumière s’éteint puis le souffle de l’explosion atteint le lieu de culte.

Dans l’épicentre de l’explosion, dont le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 kilomètres de là, le paysage reste apocalyptique: les conteneurs ressemblent à des boîtes de conserve tordues, les voitures sont calcinées, le sol jonché de valises et de papiers provenant des bureaux avoisinants, soufflés par l’explosion.

Les dégâts laissés par l’explosion.

Ambassadrice suisse blessée

Même des Casques bleus ont été grièvement blessés à bord d’un navire amarré dans le port, selon la mission de l’ONU au Liban. Des secouristes, épaulés par des agents de sécurité, ont cherché toute la nuit des survivants ou des morts coincés sous les décombres. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de Covid-19, sont saturés.

Des employés de plusieurs ambassades européennes ont été blessés. L’ambassadrice suisse à Beyrouth a été légèrement blessée et hospitalisée, a indiqué mardi le Département des affaires étrangères (DFAE). Il a précisé que le reste du personnel de l’ambassade est en bonne santé.

Les explosions ont été ressenties loin à la ronde.

Jour de deuil national

Le premier ministre, Hassan Diab, a décrété mercredi jour de deuil national et a promis que les responsables devraient «rendre des comptes». Le gouvernement pointe du doigt une cargaison de nitrate d’ammonium stockée «sans mesures de précaution» sur le port.

«Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire», a déclaré le premier ministre devant le Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

Le nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs, est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels, dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, en 2001.

Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)
Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)
Keystone
L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)
L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)
AFP
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Envoi d’aide par Paris

De nombreux pays ont présenté leurs condoléances et proposé de l’aide au Liban, notamment la France qui envoie mercredi plusieurs tonnes de matériel sanitaire. Le président Emmanuel Macron a annoncé sur Twitter l’envoi d’un détachement de la sécurité civile et de «plusieurs tonnes de matériel sanitaire» à Beyrouth.

Les États-Unis ont également proposé leur aide, ainsi que l’Allemagne, qui compte des membres du personnel de son ambassade à Beyrouth parmi les blessés. Même Israël a proposé mardi soir «une aide humanitaire et médicale» à son voisin libanais, avec lequel il est techniquement toujours en guerre.

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, a quant à elle exprimé via Twitter sa «plus profonde sympathie au peuple libanais et aux autorités, mais surtout aux blessés et aux familles des victimes».

«Comme une bombe atomique»

Mardi, une première explosion avait été entendue à Beyrouth, agglomération de quelque deux millions d’habitants, suivie d’une autre, très puissante, qui avait provoqué un gigantesque champignon dans le ciel. Les immeubles avaient tremblé et les vitres avaient été brisées à des kilomètres à la ronde.

Dans les rues de Beyrouth, des soldats avaient évacué des habitants abasourdis, certains couverts de sang, tee-shirt autour du crâne pour panser leurs blessures, tandis que des habitants cherchaient désespérément leurs proches manquant à l’appel.

«C’était comme une bombe atomique. J’ai tout vu [dans ma vie], mais rien de tel», a témoigné Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite qui vit depuis plus de soixante ans en face du port.

Ce drame survient alors que le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

ATS/NXP