Belles fleurs ou gros pavés: Pierre Maudet face à Jocelyne Haller

«Le médium est le message», a dit Marshall McLuhan, philosophe des médias canadien, quatre ans avant Mai 68. Autrement dit, le canal de transmission compte plus que le contenu du message. Ou encore que le ton fait la chanson. Une campagne électorale n'échappe pas à plusieurs travers: profusion de slogans, visages souriants sur les affiches, tournée des marchés et publipostage à outrance, disproportion des moyens financiers. Les électeurs genevois se laisseront-ils séduire par les forts en gueule ou par les démocrates appliqués? Réponse ce dimanche 15 avril. Nous poursuivons la publication des tribunes libres des 31 candidats au Conseil d'État: Pierre Maudet, conseiller d'État en charge de l'Économie et de la Sécurité et Jocelyne Haller, candidate au Conseil d'État, Ensemble à Gauche. Nous les avons invités à développer leur réflexion à partir du jubilé de Mai 68. Notre dossier: www.election2018.tdg.ch
Numérique: la révolution silencieuse
Pierre Maudet, conseiller d'État en charge de l'Économie et de la Sécurité
Si les révolutions comme Mai 68 se faisaient jusqu'alors dans la rue, le tumulte et le désordre, celle que nous vivons aujourd'hui présente le paradoxe d'amener des conséquences bien plus profondes tout en se produisant dans un calme sans commune mesure avec les enjeux sociétaux et économiques à venir.
Je pense ici à la révolution numérique qui change fondamentalement notre façon de vivre. Ainsi, à travers le numérique ce sont tant les usages, modèles d'affaire et organisations qui évoluent, que les rapports de l'État avec les citoyens et les entreprises. De même, nous expérimentons également une transition majeure dans les relations humaines et politiques avec un espace virtuel qui étend toujours plus son emprise sur la réalité. Aujourd'hui, sans pour autant juger de sa pertinence ou de son bien-fondé, ne pas avoir de compte sur un réseau social équivaut souvent à se couper de toute une partie de la vie en société.
Le rôle de l'État est majeur pour expliquer et accompagner ces changements. S'il n'est qu'un des acteurs de notre système économique, il est cependant chargé d'une mission fondamentale tant son action demeure essentielle pour la constitution de conditions-cadres optimales. Cette mission est doublée d'un devoir de prospective, soit d'identifier les défis futurs à affronter afin de mieux les appréhender et les anticiper. Par exemple, quel doit être le niveau de la formation qui doit permettre à l'école de former aux métiers de demain, dont la majorité n'existe même pas encore aujourd'hui? Ou encore, comment mettre à niveau les connaissances des générations qui n'ont pas grandi avec Internet afin de ne pas créer de fossé numérique? Nous nous devons d'amener ces réponses.
L'approche est analogue pour ce qui relève de la sécurité. Si celle-ci s'est depuis toujours définie par la protection des biens et des personnes, la révolution numérique a ajouté le principe de protection des données. La sécurité de l'information est une condition essentielle à la protection de la sphère privée mais également à la prospérité de l'économie. Le rôle de l'État consiste à la fois à prévenir les abus mais également à se donner les moyens légaux d'agir dans ce domaine.
Garder un pavé sous la main s'impose!
Jocelyne Haller, candidate au Conseil d'État, Ensemble à Gauche
Les fleurs étant périssables; garder un pavé sous la main s'impose!
Adolescente en 68, j'ai vécu les événements à leur périphérie. Cependant toute ma vie, tout ce que je suis aujourd'hui en tant que femme, militante, citoyenne, a été déterminé par ce souffle magistral qui a ébranlé la société et transformé les rapports sociaux. Que les aspirations que l'on attache généralement à Mai 68 n'aient pas toutes abouti est indubitable. Que nous ayons perdu du terrain sur certaines avancées de 68 est aussi indéniable. Toutefois, en dépit des fluctuations de notre histoire sociale et économique, la libération de la parole et des corps, les avancées sont bel et bien là; quand bien même, nous devons rester à pied d'œuvre pour préserver ces acquis. De ces oscillations de l'histoire résulte cette impérieuse nécessité de garder quelques pavés à portée de main, car ce n'était qu'un début… le combat continue.
Aujourd'hui, alors que les statistiques cantonales font état d'une embellie économique, on constate qu'elle profite peu à la population genevoise. Elle bénéficie avant tout à une minorité de privilégiés. Le chômage affecte durement les travailleurs de notre canton; privant les uns d'emploi et exerçant une pression à la baisse sur les conditions de travail des autres. Pour une grande part, le logement est un luxe, qui grève leur budget, quand il n'est pas simplement inaccessible. L'accès aux soins est entravé faute de moyens financiers pour 15% de la population, voire 30% des ménages les plus modestes.
Les primes d'assurance maladie pèsent toujours plus sur les familles, parfois aussi lourdement que leurs loyers, pour un catalogue de prestations qui n'a cessé de se réduire depuis 1996. Quant à la pollution, nous persistons à produire plus que nos besoins et à nous déplacer sans ménager l'environnement. Enfin, les tenants d'une fiscalité irresponsable – après avoir privé Genève d'un milliard de recettes fiscales annuelles par des réductions consenties aux plus riches de ce canton – nous préparent une nouvelle réforme de la fiscalité des grandes entreprises. Le projet PF 17/RIE III viendra assécher davantage les ressources de l'État, justifiant ainsi le régime d'austérité et la privatisation de certaines tâches du service public.
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