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Encre bleueAujourd’hui, on fait comme si

CHRISTIAN BONZON

Allez, aujourd’hui, on fait comme si!

Comme si tout ceci n’était qu’un mauvais rêve, une désagréable torpeur survenue après un repas trop lourd, ou trop arrosé, et qu’une fois réveillé, tout serait comme avant. Normal, quoi.

On fait donc comme si ce satané virus n’avait jamais existé…

Comme si, en ce premier jour de vacances scolaires, les familles pouvaient filer librement où bon leur semble, de n’importe quel côté de n’importe quelle frontière, ceci sans doutes, sans tests, sans paperasse, le cœur léger.

Comme si les adultes pouvaient assister au tournoi de foot de leurs gamins autour du terrain, non derrière de hauts grillages, et fêter ensuite l’événement comme il se doit.

Comme si l’on pouvait se prendre dans les bras, comme ça, sans crainte d’avoir tout faux, parce que les contacts humains font décidément du bien. Et puis visiter sa grand-mère à l’EMS sans prendre rendez-vous, ou rendre enfin visite à un proche à l’hôpital.

Comme si l’on ressortait ses partitions du tiroir pour répéter un brin avant de rejoindre sa chorale pour chanter à pleins poumons un air qui donne des ailes.

Comme si l’on pouvait se réjouir de se retrouver demain au restaurant entre copines pour fêter l’anniversaire d’Adèle et poursuivre la soirée en allant danser dans une boîte de nuit.

Comme si l’on pouvait sans autre retrouver des amis au cinéma et ensuite refaire le monde jusqu’à plus d’heure dans les bistrots de quartier.

Comme si les habitants du bout du lac avaient tous encore un boulot, ou de quoi se nourrir et se loger décemment sans crainte du lendemain.

On fait comme si, car aujourd’hui, tout est permis! Et c’est bien le seul jour de l’année où l’on peut croire à de telles fadaises…