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Artisanat à Aubonne
Le washi, secret d’automne à l’Arboretum

Vue générale
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Un voyage, façon manga, à travers les minutieuses et millénaires méthodes artisanales de la fabrication du papier japonais, appelé là-bas «washi», des métiers du bois tissent décidément une odyssée pour l’humanité. Que vous soyez déjà un régulier arpenteur de ces sentiers d’Aubonne, ou que «l’appel de la hype» nippone, avec ses mignonnes figures kawaï, tapisse de pastel les chambres de vos enfants, vous auriez tort de ne pas céder, ces jours-ci, à la curiosité d’une visite à l’Arboretum.

D’abord parce que la curiosité reste une valeur d’avenir. Ensuite parce que l’enquête qui vous y est présentée, sur un processus sans doute encore plus élaboré que la cérémonie traditionnelle du thé, a bénéficié du soutien scientifique de grandes institutions françaises et japonaises.

Les planches du mangaka Horiguchi

En octobre 2019, l’anthropologue Frédéric Joulian et l’historien Yuji Yonehara ont sillonné les régions de Kyoto et de Fukui, visitant les ateliers traditionnels en compagnie du dessinateur Itsu Horiguchi. Aussi pointu que soit ce travail ethnographique, il nous est donc rendu sous forme de bande dessinée, adoucissant les détails documentés comme est souple et léger ce fameux washi japonais, tiré de la pulpe du mûrier.

exemples d'étiquettes de bouteilles de saké imprimées sur papier washi

Saviez-vous que ce papier, également résistant au déchirement et à l’humidité, avait, par exemple, été utilisé par les Anglais pour la fabrication des premiers billets de banque? En souvenir, la Banque d’Angleterre cultive toujours deux mûriers à papier dans son jardin du cœur de Londres. Et c’est pourtant un Français du temps de la Révolution, Pierre Broussonet, médecin, naturaliste, et directeur du Jardin des plantes de Montpellier, qui leur a finalement donné leur nom savant: Broussonetia.

Moracées aux usages multiples

Sur l’esplanade du musée, devant le carré de bacs réservé à la famille des moracées (dont le mûrier fait partie), on réalise vite combien ces espèces ont voyagé, de la Chine antique jusqu’à Hawaï et à l’île de Pâques. Fruits et feuilles du mûrier sont comestibles, ces dernières ont longtemps servi de fourrage à de nombreux animaux d’élevage, jusqu’au plus petit: le ver à soie, tout particulièrement friand des feuilles du mûrier blanc.

Quant aux mûriers à papier, les Japonais en auraient importé de Chine il y a 1500 ans, sophistiquant les techniques d’exploitation de leurs fibres de bois pour en faire tout un art, inscrit, depuis 2014, sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Imaginez que le processus de fabrication du washi à la main peut être subdivisé jusqu’à 48 étapes…

Une ribambelle d’objets

Trois principales fibres végétales naturelles sont utilisées: le «kozo» (l’écorce de mûrier), le «mitsumata» et le «gampi» (deux «buissons à papier» de la famille du bois-gentil). Chacune de ces fibres confère des propriétés uniques au papier fini. Les techniques varient, certes, d’une région à l’autre, et l’exposition vous permet d’approcher plusieurs catégories d’objets qui en utilisent: de la papeterie et des luminaires bien sûr, mais encore des éventails, des étiquettes de bouteilles ou des objets sacrés. On aurait pu y ajouter jusqu’aux portes coulissantes des maisons traditionnelles japonaises, en papier!

Relier le musée à la collection plantée

Notez encore que c’est le président de la commission du Musée du bois, Damien Kunik, également conservateur du département Asie au Musée d’ethnographie de Genève, qui est à l’origine du déploiement de cette exposition en Suisse. Comme cela devrait être le cas désormais, le musée d’Aubonne donne ainsi un écho, via la transformation du bois par l’homme, à un secteur planté de l’Arboretum: ici celui consacré à la forêt japonaise.

Oeuvres en papiers de l'artiste Viviane Fontaine

Et si vous n’avez pas pu profiter des rousseurs de ses érables avant l’hiver, vous pourrez encore y retourner ce printemps, à partir de la fin mars, car l’expo est prolongée et sera encore visible en 2025. En plein canton de Vaud, vous combinerez alors le washi et le «hanami», à savoir la mondialement célèbre fête des cerisiers (là-bas on dit «sakuras») en fleur.

Aubonne, Arboretum. L’entrée du Musée du bois est incluse dans le prix de l’accès au parc de l’Arboretum. Ouverture sur demande à l’accueil du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. www.arboretum.ch