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Un été au zénith (35/41)Au Svalbard, où le jour dure quatre mois

Sur l’archipel norvégien, au-delà du cercle polaire arctique, les habitants passent un tiers de l’année sous le soleil exactement. Midi est comme minuit. On a testé «un jour sans fin».

Longyearbyen, capitale colorée du Svalbard, est la ville la plus au nord de la planète. Située au 78e parallèle, au-dessus du cercle polaire arctique, il y fait jour non-stop de la mi-avril à la mi-août.

C’est l’endroit rêvé pour les personnes qui, chaque année avec la même impatience, se réjouissent du passage à l’heure d’été. Les journées à rallonge. Les soirées entre amis sur la terrasse. Sauf que dans l’archipel norvégien du Svalbard, à cette même période, le soleil s’impose à ce point dans l’horizon qu’il ne se couche jamais. Pendant quatre mois. À Longyearbyen, capitale d’un bout de terre faite de toundra, de glaciers mais sans le moindre arbre, on a expérimenté «un jour sans fin» au-delà du cercle polaire arctique.

«Le plus dur, ce n’est pas la nuit polaire ou les mois de soleil sans interruption. Le plus dur, c’est la période juste entre les deux. Le changement est vraiment brutal», confie Håkon Daae Brensholm. Il travaille à l’Office du tourisme du Svalbard. Imaginez: en une seule journée, le jour peut gagner jusqu’à vingt minutes de clarté. «Cela fait plusieurs heures de soleil supplémentaires en parfois une seule semaine. C’est juste énorme pour l’organisme et pour le psychisme.» Et même lorsque le soleil est solidement ancré dans le ciel, l’exposition à la clarté ne devient pas forcément plus facile à supporter.

«J’ai l’impression de vivre une même et très longue journée sans fin.»

Nicholas May, étudiant à l’EHL et réceptionniste au Svalbard
Nicholas May, jeune étudiant à l’Ecole Hôtelière de Lausanne, effectue un stage de six mois à la réception du Mary-Ann’s Polarrigg, un hôtel construit sur d’anciens baraquements de mineurs.

En se promenant dans les rues de Longyearbyen, on remarque que la plupart des logements ont au moins une fenêtre recouverte de papier d’aluminium. Pas pour se protéger des ondes électromagnétiques, mais bien de la clarté ambiante. Nicholas May en a posé sur les vitres de son appartement. Il est Vaudois. Il a 19 ans. Il est étudiant en première année à l’École hôtelière de Lausanne. Il termine un stage de six mois à la réception du Mary-Ann’s Polarrigg, un hôtel construit dans d’anciens baraquements de mineurs, plutôt une auberge de jeunesse aux chambres spartiates (7m2) prisée des aventuriers en quête d’authenticité. Pour rester dans le vocabulaire minier: un bon filon.

«J’ai l’impression de vivre une même et très longue journée sans fin. Le soleil ne fait que des cercles au-dessus de ma tête. Au début, mon corps refusait littéralement de dormir. Midi était comme minuit. Et inversement», explique l’étudiant. Il s’est donc résolu à utiliser l’arme des locaux: les feuilles d’aluminium. «Cela va beaucoup mieux maintenant, même si dès que j’entrouvre la fenêtre pour avoir un peu d’air, la lumière s’engouffre et inonde ma chambre.» En Suisse, Nicholas dormait en moyenne huit heures par nuit. Au Svalbard, elle est tombée à cinq. «Je dors nettement moins, mais cela me suffit. Mon corps s’est finalement adapté.»

La plupart des habitants de Longyearbyen calfeutrent la fenêtre de leur chambre avec du papier d’aluminium, histoire d’arriver à dormir dans le noir.

Cela n’empêche pas le Vaudois de rester surpris, notamment quand il travaille «de nuit» à la réception de son hôtel, dans une ambiance fantomatique. «Il fait grand jour, mais comme tout le monde dort, personne ne franchit la porte de l’hôtel. Il n’y a personne non plus dans les rues quand je termine mon service. C’est très perturbant.»

Adapter les panneaux solaires

Ces quatre mois de lumière ne font pas que des déphasés, au moral dans les Moon Boots. Arthur Garreau veut du soleil. Un maximum. Il est employé de l’Université du Svalbard. Ce Haut-Savoyard y termine un doctorat sur les énergies renouvelables en Arctique. Il a une mission: développer des panneaux solaires adaptés à ce coin de planète, dans le but de pourvoir la ville en électricité et en chaleur, au moins pendant les mois d’été.

Arthur Garreau développe des panneaux solaires adaptés aux contrées polaires, pour le compte de l’Université du Svalbard où il termine son doctorat sur les énergies renouvelables en Arctique.

Fusil en bandoulière, il nous conduit à son laboratoire en plein air, au-delà du panneau «attention ours polaires», non loin de la dernière mine de charbon en activité au Spitzberg. La numéro 7. Contraste des énergies. «Comme le soleil ne se couche pas, l’idée est d’utiliser son énergie sur la totalité des 24 heures.» Il mise sur des panneaux bifaces qui captent les rayons classiques d’un côté, et la lumière réfléchie par la neige de l’autre. Ce système pourrait fournir 20% d’énergie supplémentaire par panneau. ««Longyearbyen a pour objectif de réduire ses émissions de CO2 de 80% d’ici à 2030, en partie grâce à l’énergie solaire.» Il faudra pour cela recouvrir tous les toits de la ville, et aménager un autre parc de panneaux en parallèle, pour une surface totale de sept terrains de football. Le Canada, l’Alaska et la Sibérie pourraient profiter de ces recherches.

La baleine bleue de minuit

Le jour en continu permet des excursions à toute heure de la journée, comme rencontrer les baleines bleues sous le soleil de minuit.

L’autre avantage des jours sans fin, c’est qu’on peut prévoir des excursions à n’importe quelle heure de la journée. Nous embarquons à bord du Polar Girl, un ancien ferry reconverti en bateau pour touristes. Rendez-vous avec les baleines bleues au beau milieu du Isfjorden, l’un des principaux fjords du Svalbard, sous le soleil de minuit. L’équipage a inscrit sur un tableau noir les observations faites cette saison: quinze ours polaires, 153 morses, 83 phoques, 776 bélugas et près de 200 baleines en tout genre. Il lui faudra désormais en ajouter une, bleue. «C’est un jeune de près de 17 mètres», explique notre guide Macha. Nous la suivrons pendant près d’une heure, guidés par ses souffles puissants et sonores, avant qu’elle ne plonge au plus profond de ce bras de la mer du Groenland.

Si vous n’arrivez toujours pas à dormir en comptant les chiens de traineaux, vous pouvez toujours en câliner dans le Husky Café le plus au nord de la planète. 

Et pour ceux qui ne trouveraient toujours pas le sommeil en comptant les chiens de traîneau, il est possible de retrouver un semblant de zénitude en poussant la porte du Husky Café, le plus au nord de la planète. Ici, on peut câliner des chiens à la retraite, qui ne traînent plus derrière eux qu’une grosse fatigue, bien légitime. Et surtout communicative.

C’est quoi le soleil de minuit?

Mais au fait, c’est quoi «le soleil de minuit»? Au Svalbard, il dure de la mi-avril à la mi-août. En raison de l’inclinaison de l’axe de la Terre, entre l’équinoxe de mars et de septembre, le soleil éclaire en permanence les terres situées au nord du cercle polaire arctique, au-delà du 66e parallèle, et cette période de jour continu s'allonge plus l'on va vers le nord. Longyearbyen est idéalement situé au 78e parallèle, sur l’île du Spitzberg, à 1300 kilomètres du pôle Nord. Suit «l’automne doré», puis tombe «la nuit polaire» totale, de la fin novembre à la mi-janvier.