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ReportageAu Festival du film de Zurich souffle un vent de renouveau

C’est le premier gros festival de cinéma en Suisse à se tenir depuis l’arrivée du virus. Impressions à chaud.

DR

Dans l’échiquier bouleversé du calendrier des festivals, le fait que celui de Zurich ait lieu tient du miracle. Depuis jeudi, la 16e édition du ZFF (Zurich Film Festival), comme on le surnomme communément, bat pavillon au bord de la Limmat et aux quatre coins de la ville. Et même si la météo et le Covid assombrissent la fête – sans parapluie, impossible de survivre, et sans masque, impossible de voir un seul film –, la manifestation, l’une des plus grosses en Suisse question cinéma, tente d’apporter un vent de renouveau dans le paysage. Le renouveau, c’est la nomination à la tête de l’événement d’un binôme formé de l’ex-journaliste Christian Jungen et de la directrice opérationnelle Elke Mayer. Le sens de l’événement et celui du cinéma sont en tout cas des atouts indéniables chez Jungen. Lequel a pensé son premier festival sans réduire la jauge de films, mais en revanche avec moins de stars au générique, coronavirus oblige.

Bling-Bling, est-tu là ?

Ce qui n’est pas forcément un mal. On a par le passé souvent reproché à Zurich des dehors trop bling-bling, avec des charters de stars pour attirer les sponsors et les chasseurs de selfie. Cette année, ils vont devoir se contenter, toutes proportions gardées, de Juliette Binoche, Johnny Depp peut-être, Ray Parker Jr., Til Schweiger ou Maïwenn, même si on peut la trouver encore un peu jeune pour un «tribute». Depuis trois jours, on peut cependant constater que l’aspect clinquant n’est pas tout à fait mort. Il faut voir ces hordes de Zurichois en smoking et robes de soirée s’agglutiner au Kino Arena, l’un des complexes de la ville, pour se faire prendre en photo devant le mur du ZFF avant d’écraser des pop-corn dans une ambiance de fête foraine pour découvrir un film d’auteur qu’ils n’iraient sans doute jamais voir en temps normal. Le phénomène est moins flagrant au Corso, lieu central de l’événement, là où les people foulent le tapis vert (et non rouge, spécificité zurichoise) devant les photographes accrédités: la pluie diminue leur visibilité.

En revanche, là où le festival tient son pari, c’est au niveau des films. Il y en a 165 et tous ceux que nous avons visionnés valent pour l’instant le détour. La raideur oppressante et radicale du récit familial de «Wildland», premier film de la Danoise Jeanette Nordahl, comme le parti pris essoufflant de «One of These Days» de Bastian Günther, qui filme des concurrents d’un concours dément où il s’agit, sur le modèle d’«On achève bien les chevaux», de garder ses mains sur un van le plus d’heures et de jours possible pour gagner le véhicule, ont impressionné. C’est un cinéma de l’épuisement, de la vacuité humaine, qu’on nous renvoie là au visage. Il y en a d’autres parmi ceux qu’on a pu voir, mais on y reviendra en temps voulu.

Embarras du choix

Certes, Jungen et les gens qui sélectionnent avec lui avaient sans doute l’embarras du choix, cette année, tous les grands festivals ayant été annulés, avec pour conséquence la possibilité pour les restants de faire leur marché dans une relative liberté – il y a des titres labellisés Cannes 2020, comme des rescapés de la Mostra. Il n’empêche qu’il faut savoir choisir, et que ce n’est pas donné à tout le monde.

Pas de séances virtuelles

Son autre défi était de ramener les professionnels romands dans le festival. Ce serait mentir de dire qu’ils sont présents en foule, mais cette volonté est visible sur le papier, notamment avec des sélections plus volontiers francophones que d’habitude. «Nous tenions à voir le monde à travers les yeux des autres, et nous voulions aussi faire un festival physique», nous rappelait Jungen en préambule. Donc pas de streaming ni de séances virtuelles, juste quelques conférences par Zoom avec des cinéastes restés à la maison, et des pastilles vidéo avant la plupart des films projetés sans délégation. Tout cela est plutôt bienvenu.

Plus contraignant, Covid oblige, l’obligation de réserver sa place sans la choisir, et parfois la désagréable surprise de découvrir une séance complète alors qu’il reste des sièges libres. J’ai failli en être victime pour la projection du Lion d’or vénitien, le magnifique «Nomadland» de Chloé Zhao, qui était archi-comble, mais le service de presse a accompli un miracle. Car il y a aussi cette année, et la patte Jungen n’y est sans doute pas étrangère, un sens de l’accueil inédit. Même si le festival est vaste et court dans toute la cité, on ne se sent jamais totalement perdu, à condition de s’adapter, par exemple aux restaurants, dont la plupart des cuisines ferment à 20heures à cause de la pandémie. On a beau leur dire que pendant les festivals, les gens mangent après les films, cela ne passe pas toujours!