Au cœur de la nuit, le «sorcier du lac» a sorti un tour de passe-passe de son sac

VoileChristian Wahl a gagné un 7e Bol d’Or après une folle remontée et un final aussi lent que crispant. Récit d’une folle nuit.

Largué dans le haut-lac, Christian Wahl a ensuite réalisé un come-back digne de sa légende de sorcier du lac.

Largué dans le haut-lac, Christian Wahl a ensuite réalisé un come-back digne de sa légende de sorcier du lac. Image: Loris von Siebenthal

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La nuit, tous les chats sont gris. Les monstres lacustres aussi. Silhouettes imposantes, inquiétantes, les multicoques lémaniques deviennent des figures presque animales dans la touffeur nocturne. Le jet d’eau a déjà tiré la prise lorsque les premiers concurrents du Bol d’Or Mirabaud donnent leurs derniers battements d’ailes. Ils sont cinq. Cinq à se retrouver à une encablure de la ligne d’arrivée.

Après plus de quatorze heures de course, la 80e édition de la plus grande régate au monde en bassin fermé propose un final digne de sa légende: «Au Bol, tout est possible». À 50 mètres de la ligne, impossible de dire avec certitude qui l’emportera. À bout de nerfs, «Alinghi»,«Okalys», «Ylliam-Comptoir Immobilier», «Safram» et «Mobimo» sont scotchés. Rien. Plus rien ne vient rafraîchir une atmosphère lourde, chargée d’électricité. Il faut sans voir toute la magie du Bol d’Or Mirabaud dans ce tableau final. Le lac s’est fait miroir. Jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde, il aura été fidèle à sa légende. Les voiles se froissent, les coques grincent. N’était-ce la bande-son criarde des voiles, on entendrait les cœurs battre.

Comme une libération

Au coup de canon, «Mobimo» explose. «Cette arrivée a constitué une véritable libération, sourit Christian Wahl, rincé, douché. L’écart en temps ne reflète absolument pas l’écart en distance de cette arrivée incroyable. Ce qui nous a permis de faire la différence, je pense, c’est notre bon positionnement à la bouée d’entrée. Mais même à partir de là, il aurait pu encore se passer énormément de choses jusqu’à la ligne.» Peu après, «Okalys», du trio Grange père et fils, Loïck Peyron, saute sur la 2e marche. Suivent «Ylliam-Comptoir Immobilier», «Alinghi »et «Safram».

Le skipper de «Mobimo» est entré dans la légende du Bol. Celui que l’on surnomme «le sorcier du lac» a sorti de son sac un incroyable tour de passe-passe pour remporter son 7e Bol. Il rejoint ainsi Philippe Stern, Philippe Dürr et Pierre-Yves Jorand (qui visait un 8e sacre avec «Alinghi») au rang des navigateurs les plus titrés de cette course mythique. «C’est évidemment un immense honneur et un immense bonheur, poursuit-il. Ce d’autant plus que je fête aujourd’hui mon anniversaire (il est né le 10 juin 1959)!»

À 45 minutes au Bouveret!

L’incroyable tour de magie, noire comme la nuit, c’est un incroyable retour. «Nous sommes passés avec près de quarante-cinq minutes de retard au Bouveret, explique Bryan Mettraux, équipier de Christian Wahl, qui décroche, lui, son 3e Bol d’Or, à 28 ans seulement. On ne s’est pas affolé et on s’est beaucoup parlé. Nous n’avons jamais abandonné dans nos têtes, jamais rien lâché. Avec ces conditions très légères, on savait qu’il était encore possible de revenir.»

Largué à mi-parcours, il fallait avoir toute la science du lac de Christian Wahl pour franchir le mur du songe au cours de la nuit. «Lorsque les vents ne sont pas établis, le jeu demeure ouvert, dit le désormais septuple vainqueur de l’épreuve. Nous avons particulièrement bien navigué depuis Évian. Notre retour dans le petit lac a été le moment décisif. En suite, nous savions qu’une fois revenu à la hauteur des premiers, tout pourrait se jouer sur la ligne.»

Un bel anniversaire

Le sorcier avait vu juste. Un dernier coup de baguette magique à l’approche de la Nautique, un brin de chance et les cris de joie peuvent s’envoler depuis le trampoline de «Mobimo». Belle émotion pour ce navigateur apprécié de tous. En 2013, après avoir écumé les plus grandes écuries de course lémaniques, il a lancé sa propre équipe. Un gros boulot. Pas toujours couronnée de succès.

«Cinq ans plus tard, je gagne avec cette formidable équipe de «Mobimo» et c’est forcément une émotion toute particulière. Nous avons une belle cohésion cette saison avec des personnes compétentes à chaque poste.»

Un autre record

De quoi déjà se projeter sur la prochaine édition où il pourrait devenir le seul marin avec huit succès. «En attendant ce record, je crois que j’en détiens un autre depuis aujourd’hui. C’est celui du plus grand écart de temps entre la première et la dernière victoire.» Il y a vingt-deux ans, Christian Wahl donnait son premier coup de baguette magique.


Les monos ont souffert

Quand les D35 souffrent. Que dire des monocoques? Déjà, que tous ces courageux régatiers qui s’élancent sur leur Surprise, Lüthi, Grand-Surprise et autre Psaros 40 ou 33, méritent le respect. La force du Bol d’Or, ce sont ces centaines d’équipages qui ne se débinent pas même lorsqu’ils savent que la course sera très longue.

Le premier mono qui a coupé la ligne à 3h30 dimanche matin est «TBS». Le Psaros 40 de François Thorens, qui a réussi une fin de parcours façon Mobimo en avalant les grands favoris hongrois de «Raffica». «Nous avons eu un peu de chance», témoigne le skipper. Plusieurs fois distancé par le Libera venu de l’Est, TBS est à chaque fois revenu. Et c’est à la hauteur d’Hermance qu’il s’est faufilé dans un trou de souris pour aller chercher la victoire.

Chez les Surprise, la classe la plus représentée avec 122 inscrits, un incroyable duel a opposé «Hominal et ses fils» de Nicolas Kauffmann et Nicolas Anklin à «Pile ou Face» de Damien Mermoud. Deux minutes d’écart au final après plus de 26 heures de course! En Grand Surprise «Little Nemo» de Bernard Borter gagne en 24h et 20’. En temps compensé, succès du Luthi 36 Classic «Black Swan» d’Alain Hofer. G.Sz

Créé: 10.06.2018, 19h45

En coup de vent

Gros succès La configuration de la Nautique a débouché sur un vrai succès populaire. Avec la Neptune comme centre névralgique, le plus grand club nautique de suisse s’est encanaillé au son des concerts donnés en collaboration avec le Montreux Jazz. Quand l’esplanade devient enfin festive et populaire, le président du Bol se dit que son message est en train de faire mouche.

Pas de duel fratricide On pouvait s’attendre à un duel entre «Ladycat» et «Alinghi». Entre la sœur, en quête d’un 3e succès en cinq ans, et le frère, prêt à offrir à Pierre-Yves Jorand un 8e succès record, il n’y a pas eu de match. «Ladycat» a longtemps mené le match vers le Bouveret avant de s’éteindre. «Alinghi», lui, mal parti, a bien failli réussir son pari. «Le retour vers Genève n’était pas simple, témoigne Pierre-Yves Jorand. Ça construisait un peu par l’arrière. «Mobimo» signe un retour incroyable. Nous, on y a cru jusqu’à la der. Il nous a juste manqué la petite dernière risée pour croiser devant.»

Hommage Au moment de célébrer, Christian Wahl a rendu hommage à son équipe. À Victor Casas, grand et jeune talent de Versoix et du CER, au Français Corentin Horeau, à Bryan Mettraux et Cédric Schmidt, eux aussi deux anciens du CER, à Tim Lapaw, transfuge d’«Alinghi »sur le lac au coach Patrick Huguenin.

Articles en relation

«Mobimo» et Christian Wahl remportent la régate

Bol d'Or Mirabaud Le D35 est arrivé en tête devant Okalys, Ylliam et Alinghi, après plus de 14 heures de course. Revivez la course en vidéo et live tweets. Plus...

Pour sa 80e édition, le Bol d’Or est plus convoité que jamais par les cadors du lac

Voile La régate la plus prestigieuse s’élance samedi à 10 h de Genève. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.