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Chronique économiqueAu bout du tunnel, enfin la lumière?

Ainsi que le veut la formule, il y a deux façons de voir les choses: l’une bonne, l’autre mauvaise.

Commençons par la bonne. La vaccination aidant et l’envie pressante de sortir de l’ornière y mettant du sien, la conjoncture semble un peu partout réagir aux aides diverses mises en œuvre ou sur le point de l’être, tels le plan massif annoncé par l’administration Biden (1900milliards de dollars) ou celui, encore plus ambitieux (1800milliards d’euros), de la Commission européenne. Indice typique d’un retour progressif à la normale, le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a progressé d’un bon tiers depuis le début de l’année.

Refuge paradoxalement considéré comme le plus sûr en cas de danger par les investisseurs toutes catégories confondues, les reconnaissances de dette de l’État le plus endetté du monde en chiffres absolus (et pas loin, qui sait, de le devenir bientôt en termes relatifs) suivent en effet une courbe révélatrice du sentiment général. Lorsque l’inquiétude grandit, le cours de ces reconnaissances de dette publique s’élève sur le marché obligataire, et donc leur rendement fléchit. À l’inverse, lorsque la confiance revient, les investisseurs s’en éloignent, leur cours retombe et leur rendement, symétriquement, remonte. Ces derniers jours, le rendement des Treasuries à dix ans, qui était tombé à 0,5% en août dernier, avoisinait pas moins de 1,35%. Dans un environnement de taux bas voire négatifs, un quasi-triplement de la rémunération exigée n’est pas rien.

Venons-en maintenant aux raisons de s’inquiéter. Si, les barrières étant levées, la demande longtemps retenue s’exprime enfin, c’est un pouvoir d’achat considérable, gonflé des sommes vertigineuses octroyées pendant le confinement, qui se déversera sur une offre amoindrie par l’inactivité. Il y aura certes un effet de déstockage des invendus et de libération des commandes honorées mais non livrées. Dans l’ensemble cependant, les capacités de production sortiront durablement diminuées par plusieurs semestres d’inactivité: personnels licenciés, chaînes d’approvisionnement interrompues, logiciels périmés. Une flambée des prix est ainsi programmée, comme en témoignent les hausses du Brent (63dollars le baril, 54 il y a un an), des métaux (+65%) et des produits agricoles (+43%).

S’agira-t-il d’une hausse unique, ou de l’amorce d’une vague d’inflation destinée à durer? Les avis sont partagés. Les uns, rassurants, suivent le raisonnement de l’économiste en chef du FMI, l’Indo-Américaine Gita Gopinath, qui assoit son optimisme sur les facteurs à son avis structurels de la modération des prix: la mondialisation, l’automation, l’importance des marges bénéficiaires susceptibles d’amortir les chocs.

D’autres en revanche, renouant avec la théorie quantitative de la monnaie, ont peine à imaginer que les torrents de liquidités déversés sur les économies puissent demeurer sans conséquence sur les prix. D’autant que les banques centrales semblent s’accommoder de prévisions d’inflation plus élevées (et même souhaitées!) et entendent éviter à tout prix de faire malencontreusement trébucher la reprise en procédant à des resserrements prématurés.

Alors allez savoir. Les experts eux-mêmes y perdent leur latin, tant les signaux sont contradictoires. Une vraie Croisière Carnival*, pastichent les rédacteurs de l’hebdomadaire «The Economist», en mal de surprises et visiblement de soleil…

* «Partez pour la croisière de votre vie!» s’enflamme le voyagiste helvétique Kuoni sur son site web.

1 commentaire
    CHARLES PITTET

    Peu d'importance, il faut savoir aussi maltraiter l'intelligence. Ils se croient malin autant que ce soit vraie pour un e bonne fois.Peut-être le César, va savoir.