Peintures et gravuresTout Edouard Vallet dans un beau livre
On croit le connaître, tellement le Genevois a donné une image immortelle du Valais! Mais une riche publication vient réveiller l’intérêt pour l’artiste également graveur.

On peut regarder son «Bûcheron», la plus imposante de ses toiles de jeunesse, droit dans les yeux, il y a déjà tout le savoir d’une condition humaine. Authentique. Clairvoyante. Et si résistante. En peignant les êtres, on pourrait même dire les âmes, plutôt que la nature dans ses immensités dramatiques, Edouard Vallet (1876-1929) n’a cessé de collectionner les étiquettes.
«Vallet nous offre le spectacle d’un art sain»
Connu pour sa retenue d’introverti – inversement proportionnelle à ses «violents désirs» de graver – l’artiste n’est-il pas LE peintre du Valais? Affublé d’un autre signe particulier: il est aussi «le plus genevois des peintres valaisans», l’étudiant fugueur du bout du lac ayant trouvé une terre profonde, rituelle, taiseuse qui a su retenir l’artiste. Qui l’a, peut-être même, révélé à lui-même? «Vallet, dira une critique reprise dans «La Tribune de Genève» de 1912, nous offre le spectacle d’un art sain, honnête, simple en même temps que grandement et subtilement organisé.»
C’est ce chasseur de sincérité qu’on a aimé, en peintre, chez Gianadda (2006). C’est ce moderne, la mine de plomb arquée sur un art de la synthèse qu’on a découvert, dessinateur fou, au Pénitencier à Sion (2012). Aujourd’hui, c’est le graveur aussi inspiré que technique, aussi subjectif que représentatif, qui occupe les deux volumes d’une nouvelle somme.
Signée Jean-Charles Giroud, ancien directeur de la Bibliothèque de Genève et l’un des meilleurs connaisseurs de l’artiste, elle en a le poids. Et… tout l’intérêt! Alliant les anecdotes, les temps de vie d’Edouard Vallet, l’histoire populaire d’un canton au déploiement d’un tempérament d’artiste et au regard porté sur sa carrière. Bienvenue en six points dans une œuvre à la sincérité gagnante!
Un homme, un artiste

Le visage n’est pas toujours le miroir de l’âme dans l’œuvre de Vallet, qui s’économise son dessin précis. Souvent, il saisit les figures de loin, dans le fondu enchaîné d’une procession. Ou lorsqu’elles sont à la tâche, l’échine courbée ou l’attention figée. Confiant ainsi le sens de l’existence à l’ensemble de la composition. Mais lorsqu’il se rapproche des êtres en portraitiste caressant les humanités de sa bienveillance, il laisse venir la vie à fleur de peau, âpre. Et, parfois, plus douce. Dans cet autoportrait réalisé l’année de ses 40 ans, c’est aussi un statut qu’Edouard Vallet affirme. Avec juste derrière lui, sa presse de graveur… si humaine!
Le Valais, plus qu’une terre

Le Valais d’Edouard Vallet est un Valais laborieux. Aux foins, à la lessive, à la coupe d’arbres, à la tonte. Pieux et résilient face à la mort, ce Valais sait aussi vivre… tranquille. Mélancolique. Parfois même joyeux! Mais de tous ces traits, on ne saura pas lequel a emballé Vallet le discret, barricadé dans son «amour du mystère». Il n’y a pas d’écrit, rien, si ce n’est la date d’un premier séjour en 1908 à Hérémence. «Au début du XXe siècle, écrit Jean-Charles Giroud, rien n’est moins original pour un peintre genevois que d’aller travailler l’été en Valais.» L’artiste fera toutefois la différence en captant l’âme farouche et primitive venue des hauteurs de son canton d’adoption. La critique de la Suisse entière le remarque, il expose, la Confédération achète et… c’est dans cette spirale positive que le peintre renoue aussi avec ses premières amours: la gravure.
La gravure: une profession de foi

C’est à l’âge de 15 ans que le Genevois fait ses premières armes de graveur sur bois, en copiant les maîtres anciens alors qu’il est inscrit à l’École des arts industriels. Une fois acquis au métier, Edouard Vallet va se détourner de la pratique alimentaire, et s’affirme artiste. Et une fois passée la première expo solo à 23 ans, il est lancé, son talent reconnu et sans cesse diversifié jusqu’à sa dernière lithographie, produite une année avant son décès. En plus de ses œuvres, Vallet recevra des commandes d’illustrateur (l’humour y compris), d’affichiste, de création de timbres dont l’un émis en 1919.
Des amitiés au sommet

Si le peintre valaisan Edmond Bille parle d’Edouard Vallet le renfermé comme d’un «ours mal léché», ce caractère n’a pas empêché l’artiste d’être non seulement salué par la scène suisse mais aussi d’y être intégré. Il a notamment mis son talent au service de la plume d’Edouard Rod mais aussi de celle de Charles-Ferdinand Ramuz pour lequel il réalise en 1920 les illustrations de «Jean-Luc persécuté» sans que les deux hommes ne se soient jamais rencontrés.
Genève: vogue la galère

Vallet n’a pas fait que mettre les humbles et les petites gens dans la lumière de son art. A ses débuts à Genève, il a lui aussi connu un estomac criant famine. Mais, selon un témoignage de sa soeur, «avec une foi en sa bonne étoile qu’aucune épreuve n’abattit son courage.» Lequel a été récompensé par de nombreuses commandes dont celle pour «L’album genevois» imaginé par le Journal de Genève en 1901, un ouvrage collectif rassemblant des vues de la ville.
Les femmes s’affichent

Commerciale, réalisée sur commande ou invitation à venir découvrir l’une de ses expositions, les affiches d’Edouard Vallet ont un point commun qui n’a rien à voir avec la manière de dire les choses, mais peut-être avec l’art de le faire! Dans un chapitre entier de son ouvrage, Jean-Charles Giroud oriente notre regard vers cette caractéristique: le plus souvent, ce sont des femmes que l’artiste met en avant.
«Edouard Vallet», Jean-Charles Giroud, ouvrage bilingue français allemand, coffret deux volumes. Ed. Till Schaap.
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