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Bande dessinéeAprès Tintin, Spirou découvre le pays des Soviets

Les auteurs Tarrin et Neidhardt envoient le célèbre groom sauver le monde du péril bolchevique dans un album truffé de références savoureuses.

«Spirou chez les Soviets», la couverture.
«Spirou chez les Soviets», la couverture.
Ed. Dupuis

Le premier, Tintin avait initié le mouvement. Il fallait bien qu’un jour Spirou file à son tour chez les Soviets. Expédié à Moscou par le scénariste Fred Neidhardt et le dessinateur Fabrice Tarrin, le groom le plus célèbre de la BD entame un périple qui va l’entraîner jusqu’au goulag, en compagnie de son alter ego Fantasio. Parviendra-t-il à sauver le monde du péril bolchevique? Épineuse question que celle-ci, traitée sur les chapeaux de roues par deux auteurs habiles à se jouer des codes dans un album situé au début des années 60, en pleine guerre froide.

Le pitch? Enlevé par des agents du KGB, le comte de Champignac se retrouve séquestré à Moscou. Un savant soviétique déjanté le somme de répandre le gène du communisme sur la planète entière! Invraisemblable? Pas pour Fred Neidhardt. Fin connaisseur de Spirou, le scénariste français avait déjà joué avec le personnage imaginé par Rob-Vel en 1938 en réalisant une fausse histoire à la manière du créateur de la série. Il s’était également amusé à parodier Spirou et Fantasio avec lirrévérencieux «Spouri et Fantaziz». «J’aime bien jouer avec ce personnage. C’est un exercice de style qui m’a toujours enthousiasmé», explique l’auteur dans le dossier qui accompagne l’album.

«J’aime bien jouer avec Spirou. C’est un exercice de style qui m’a toujours enthousiasmé»

Fred Neidhardt, scénariste de «Spirou chez les Soviets»

Cette fois, Neidhardt a mis la pédale douce à son humour poil à gratter. Pas question de dynamiter l’univers d’un héros qui fait partie de ses madeleines de Proust. Évitant la caricature, il se lâche dans quelques dialogues bien sentis, détournant le langage de la propagande communiste. Surtout, il parsème son histoire de références savoureuses, habilement mises en images par Fabrice Tarrin.

Spirou et Fantasio arpentent ainsi les locaux des Éditions Dupuis tel qu’ils apparaissent sous le pinceau de Franquin, brandissent un exemplaire du «Petit Vingtième» dont la couverture montre Tintin en uniforme de Soviet ou dégainent une carte de presse estampillée «Vaillant», un hebdo communiste (oui, celui du chien Pif). Au fil des pages, on croise aussi des personnages bien réels, tels que Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste, John Edgar Hoover, le directeur du FBI de l’époque et même Lee Harvey Oswald, qui avait effectué un séjour en URSS avant de tuer Kennedy.

Dans le sillage de Franquin

«Avec les références, comme avec le dessin, l’idée a toujours été de servir le récit», relève Fabrice Tarrin. Familier de Spirou lui aussi, le dessinateur lui avait consacré un one-shot en 2006, «Le tombeau des Champignac», sur scénario de Yann. Dans «Spirou chez les Soviets», il évolue dans le sillage du Franquin de la fin des années 50. Une des meilleures périodes du petit groom.

Rétro, ce Spirou aux ellipses radicales? Oui, mais pas trop. Si les camarades Neidhardt et Tarrin se gaussent des méfaits du communisme, ils n’oublient pas de pointer en fin de volume les dérives du néolibéralisme. Pas triste non plus.

«Spirou chez les Soviets», par Neidhardt et Tarrin. Ed. Dupuis, 56 p.