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Crise migratoireAprès Moria, l’UE va présenter son nouveau Pacte sur l’asile

Ébranlée par l’incendie du camp insalubre de Moria, la Commission européenne planche sur un nouveau système qui supplanterait celui de Dublin et réinventerait les «relocalisations» de migrants.

La commissaire européenne Ylva Johansson en charge de l’asile et des migrations.
La commissaire européenne Ylva Johansson en charge de l’asile et des migrations.
AFP

«Plus d’autres Moria»? Deux semaines après l’incendie de ce camp devenu un symbole de l’échec de la politique migratoire de l’UE, la Commission européenne est attendue au tournant mercredi avec sa proposition de réforme de l’asile, sujet de tensions au sein des 27.

La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, qui présentera ce «nouveau Pacte sur la migration et l’asile», prône un «mécanisme de solidarité obligatoire» entre les pays de l’UE. Et veut intensifier le retour de ceux qui ne sont pas éligibles à l’asile vers leur pays d’origine.

Cinq ans après la crise migratoire de 2015 et à un moment où le nombre des arrivées irrégulières dans l’UE a chuté à 140’000 en 2019, l’exécutif européen a la tâche très difficile de venir à bout des divisions qui ont jusque-là empêché toute réforme.

Adieu le système Dublin?

La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé son intention de remplacer le règlement Dublin, le pilier de la politique actuelle, par un nouveau «système européen de gouvernance».

Ce règlement très contesté qui confie au premier pays par lequel un migrant pénètre dans l’UE la responsabilité du traitement de sa demande d’asile est jugé inéquitable par les pays géographiquement en première ligne, comme l’Italie et la Grèce.

Sans dévoiler les détails de la proposition de la Commission, maintes fois repoussée, Ylva Johansson estime que la «solidarité ad hoc» entre les Européens ne suffit plus.

«Tous les États membres (de l’UE) doivent aider quand un État membre est sous pression, quand beaucoup de gens ont besoin de protection», a-t-elle déclaré samedi à l’AFP.

Mais face au refus persistant de certains pays, notamment d’Europe centrale, d’accueillir des demandeurs d’asile et à l’échec de la précédente expérience des quotas de répartition décidés après 2015, la commissaire a souligné que l’aide envisagée ne concernait «pas seulement les relocalisations».

«Cela pourrait être aussi aider au retour» des personnes n’ayant pas droit à l’asile vers leur pays d’origine, a-t-elle précisé.

«Pragmatique»

Le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune estime quant à lui, dans un entretien avec le Journal du dimanche, que «chacun doit agir concrètement en soutenant les pays de première ligne ou le financement de Frontex (l’agence européenne de garde-frontières) par exemple».

Opposés à toute «relocalisation obligatoire» qui provoque selon eux une «incitation» à «l’immigration illégale», les États du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque), la Slovénie, la Lettonie et l’Estonie avaient écrit en juin à la commissaire pour exprimer leur soutien à une aide financière et opérationnelle accrue aux pays d’arrivée des migrants.

Le sinistre de Moria n’a lui-même suscité que des promesses limitées de relocalisations, concernant avant tout les mineurs non accompagnés, et ce de la part d’un nombre restreint de pays membres (une dizaine).

Tandis que la Commission travaille avec le gouvernement grec à un «projet pilote» pour la gestion d’un nouveau camp, Ylva Johansson a plusieurs fois affirmé qu’il ne devait pas y avoir d’«autres Moria» et que les traitements des demandes d’asile devaient être «beaucoup plus rapides».

Elle a insisté sur la nécessité d’accroître les retours des migrants qui se voient refuser le droit d’asile vers leur pays d’origine ou de transit – ce taux de retour est d’environ 30% -, en coopérant avec ces pays tiers.

«L’Europe ne peut pas gérer les migrations seule», a déclaré Ylva Johansson, qui s’est rendue en fin de semaine dernière en Mauritanie.

Précédent accord avec la Turquie

La crise migratoire de 2015 avait conduit l’UE à passer un accord controversé avec la Turquie pour faire chuter le nombre des arrivées sur les côtes grecques. Un soutien, tout aussi décrié, a par ailleurs été apporté aux garde-côtes libyens pour qu’ils freinent les débarquements sur les côtes italiennes.

Ylva Johansson a reconnu que «trouver une proposition qui puisse être acceptée par tous les États membres et le Parlement» européen était «une tâche difficile».

«Je suppose que quand je vais présenter ma proposition, elle ne va pas être accueillie par des hourras», a concédé la commissaire, qui appelle à une discussion «posée et pragmatique».

AFP/NXP