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AnnulationAntigel passe à la trappe

Le festival de l’hiver genevois s’était adapté à la situation, il doit néanmoins renoncer. Sans s’avouer tout à fait vaincu.

Thuy-San Dinh et Eric Linder, codirecteurs du festival Antigel.
Thuy-San Dinh et Eric Linder, codirecteurs du festival Antigel.
MELANIE GROLEY

Chronique d’un naufrage annoncé. En décembre, les organisateurs d’Antigel Eric Linder, Thuy-San Dinh et Prisca Harsch se réjouissaient pourtant d’annoncer le programme d’une 11e édition «placée sous le signe de la solidarité» en live streaming le 13 janvier. Dans la foulée, ils partageaient avec fierté leur affiche noire «teintée de couleurs et d’espoir» signée Jeanne Roualet. Suite à la conférence de presse d’Alain Berset le 6, les responsables «restaient en stand-by». Une semaine plus tard, ce mercredi donc, les nouvelles mesures sanitaires tombaient en même temps que ce brutal verdict: le festival agendé du 28 janvier au 21 février «ne pourra pas avoir lieu tel que nous l’avions préparé». Bam: 50 événements prévus dans 40 lieux de 20 communes et impliquant 112 artistes partis avec l’eau du bain. Exit Adèle Haenel, Stephan Eicher, Mathilde Monnier, Reverend Beat-Man, Arnaud Rebotini et tant d’autres.

La communication diffusée ce soir reflète la consternation des programmateurs. «En contact avec des professionnels de la santé, nous travaillons depuis des mois à rendre notre festival Covid-compatible, avec des jauges réduites à 50 personnes notamment, récapitulent-ils au téléphone. Après 65 demandes d’autorisation, nous étions arrivés à une formule béton au niveau sanitaire, tout en restant fidèles à notre ADN. Le 6 janvier, nous avons opté pour une version restreinte de 10 propositions, réalisable sans risque, que nous avons soumise au conseiller d’État Thierry Apothéloz.» Las, «les autorités semblent avoir tiré un trait sur la culture».

Eric Linder et Thuy-San Dinh entendent mettre ces dernières face à leurs contradictions: comment expliquer le refus d’une balade artistique dans l’espace public alors que les Genevois sont libres de s’y déplacer – ou d’un projet masqué dans un bus qui reste pourtant accessible aux usagers? Forts de ces arguments et d’une «détermination intacte», la direction du festival ne baisse pas encore les bras. «Thierry Apothéloz va porter au Conseil d’État la possibilité de maintenir 5 projets pilotes en février, dont nous gardons pour l’instant le secret. Il s’agit d’ouvrir une brèche pour la culture en général», estiment nos valeureux. À suivre, donc, avant de se résigner à ne profiter que des compensations virtuelles promises…