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Analyse d’un politologueCNews peut «renforcer les tendances conservatrices» suisses

Oscar Mazzoleni, politolgique à l’Université de Lausanne.
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Diffusés en Suisse également, les médias détenus par Vincent Bolloré peuvent-ils y avoir un impact sur l’opinion des électeurs? CNews est au cœur d’un débat en France après être devenue la première chaîne d’information en continu. On ne peut toutefois pas connaître son audience en Suisse, faute de contrat pour la mesurer, indique Mediapulse.

L’organisme de collecte de l’audience a en revanche enregistré une hausse de la part de marché de C8, propriété du groupe Canal+, détenu par Vincent Bolloré. Son émission phare, «Touche pas à mon poste», présentée par Cyril Hanouna, figure des médias Bolloré, est ainsi passée de 1,7% de part d’audience au deuxième semestre 2018 à 2,2% à la même période l’an dernier. Elle se situe désormais, en termes d’audimat, juste derrière les canaux de la RTS et les grandes chaînes françaises.

Oscar Mazzoleni, politologue à l’Université de Lausanne, est spécialiste de l’extrême droite. Selon lui, CNews et les autres médias de l’empire Bolloré ont certainement un écho en Suisse. Les thèmes abordés sur leurs ondes ou dans leurs colonnes, l’immigration et la sécurité en premier lieu, se recoupent avec les idées portées par l’UDC notamment. Interview.

Vu de Suisse, quel regard peut-on porter sur CNews et les médias de Vincent Bolloré?

Le lien intellectuel que nous pouvons identifier dépasse les frontières, au-delà des différences nationales, dans l’optique de construction d’ententes et d’affinités entre une droite dure qui existe à fois en France et en Suisse, dans et en dehors de l’Union européenne. Or nous savons que les médias français sont largement utilisés, regardés, lus et écoutés en Suisse romande.

Deux des jouournalistes vedettes de CNews, Laurence Ferrari (à g.) Sonia Mabrouk lors d’un débat télévisé durant la campagne pour l’élection présidentielle, en novembre 2021.

Existe-t-il une porosité entre les deux pays en ce qui concerne les thèmes chers à la droite et à l’extrême droite françaises?

Ces grands thèmes, que ce soit la souveraineté nationale, la sécurité, la famille traditionnelle, la défense de l’ordre et de l’autorité, une certaine idée du déclin de l’Occident, la lutte contre l’immigration et la mondialisation, sont les points de contact entre les mouvements de droite dure. Et ce sont d’ailleurs des thèmes qui résonnent aussi en Suisse, comme on l’a vu lors des dernières élections fédérales. Nous sommes ici dans l’actualité de thèmes nationalistes portés par une logique transnationale. Cela peut sembler un peu paradoxal, mais c’est précisément autour du nationalisme qu’on trouve un fond commun idéologique à ces forces politiques. L’idée commune est que chacun doit être souverain chez soi.

«Lors d’un futur référendum sur les accords avec l’UE, ce type de médias pourrait jouer un rôle important.»

Oscar Mazzoleni, politologue

Quel impact la montée de CNews et du groupe Bolloré peut-elle donc avoir dans notre pays?

Il est impossible à quantifier, mais nous pouvons imaginer que cela renforce les tendances conservatrices que nous observons chez nous aussi. Par exemple, nous constatons une vision europhile dominante en Suisse romande, et la montée de tels médias peut l’affaiblir. Lors d’un futur référendum sur les accords avec l’Union européenne, ce type de médias pourrait jouer un rôle important.

Peut-on imaginer un intérêt de Vincent Bolloré pour la Suisse?

La question est inévitablement liée à la restructuration permanente du système médiatique romand et aux opportunités qu’elle ouvre. Toutefois, je ne suis pas certain que ce soit un choix commercial facile vu le contexte actuel de crise des médias, notamment des journaux. De plus, le bassin de consommateurs est bien plus faible ici qu’en France, puisque le marché est fragmenté par cantons et régions linguistiques. Et le système politique n’est pas forcément favorable. En France, il pousse à une forte personnalisation politique, ce qui favorise les investissements que les médias peuvent faire, y compris pour soutenir un candidat. Mais en Suisse, est-ce que l’élection d’un conseiller fédéral vaut des investissements d’envergure dans des journaux ou des télévisions privées?