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EditorialAmherd, le virus et les avions

L’armée suisse a ses inconditionnels et longtemps la majorité de la population en faisait partie. Elle adoubait chaque scrutin ayant un objet militaire, presque les yeux fermés. Mais ça, c’était avant. Avant l’échec mortifiant du Gripen, balayé dans les urnes en 2014.

Comme l’ont montré tant les résultats de la votation que les analyses Vox qui ont suivi, le projet a été coulé par trois fronts: celui des femmes, celui des Romands et celui de l’électorat traditionnel des partis du centre, dont seule la moitié a glissé un oui dans l’urne, alors que les partis bourgeois sont traditionnellement en faveur de l’armée.

Si on peut épiloguer sur les arguments qui ont précipité l’avion suédois vers le crash, une évidence s’impose malgré tout. Si elle veut gagner, Viola Amherd doit regagner la confiance de ces trois catégories de votants.

Or, l’actuelle ministre en charge du dossier a tous les atouts en main pour y parvenir. Première femme à la tête de la défense, Viola Amherd est aussi issue d’un canton romand et membre du PDC. C’est d’ailleurs en raison de cette appartenance partisane qu’elle s’était fait refiler ce département lors de son entrée au Conseil fédéral. L’idée étant de mettre fin au parallèle entre UDC et gris-vert. Une association qui a coûté des suffrages au Gripen défendu alors par Ueli Maurer.

Reste une inconnue, l’impact du coronavirus. Les gens estimeront-ils qu’il vaut mieux investir ailleurs les milliards du ciel, alors que le pays entame une période de crise économique? Ou seront-ils sensibles à l’argument que l’armée de l’air est une assurance, car on ne sait jamais ce qui peut arriver?

C’est sur ce dernier point que devra convaincre Viola Amherd, si elle veut marquer d’une pierre blanche son passage au Département de la défense.