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AéronautiqueAirbus dépense plus de 200 millions en Suisse par an

En lice pour décrocher l’enveloppe de 6 milliards pour les nouveaux avions de combat de l’armée suisse, l’avionneur rappelle les mandats passés avec des sous-traitants suisses.

Airbus est en lice pour remplacer les jets suisses actuels par ses Eurofighters.
Airbus est en lice pour remplacer les jets suisses actuels par ses Eurofighters.
KEYSTONE

Sur les 12’000 fournisseurs directs que compte l’avionneur européen Airbus, environ 200 sont basés en Suisse, représentant un volume annuel désormais supérieur à 200 millions de francs. En lice avec son Eurofighter pour décrocher l’enveloppe de 6 milliards pour les nouveaux avions de combat de l’armée suisse, le groupe n’entend pas lier l’issue de cette procédure à la composition de sa chaîne d’approvisionnement.

«Depuis une dizaine d’années, Airbus a dépensé environ 2 milliards de francs auprès de ses sous-traitants suisses» a confié dans un entretien à AWP Franz Posch, directeur général (CEO) de la branche Defense and Space (DS) du géant industriel pour les marchés suisse et autrichien, précisant qu’en 2010, le montant annuel tournait plutôt autour de 150 millions et qu’il dépasse aujourd’hui les 200 millions.

L’acceptation à une très courte majorité par la population helvétique de l’arrêté fédéral relatif à l’acquisition de nouveaux avions de combat lors du vote du 27 septembre a surpris le dirigeant, qui se veut cependant rassurant quant au maintien des activités du groupe en Suisse, même si la Confédération venait à opter pour un modèle autre que l’Eurofighter.

Pas de ruptures de contrat, mais…

«Airbus a intérêt à livrer ses produits complets et dans les temps», explique l’Autrichien. «A ce titre, nous souhaitons poursuivre notre collaboration avec les fournisseurs existants et continuer de faire des affaires avec eux», ajoute-t-il.

Il n’est donc pas question à court terme de retirer des contrats à des entreprises suisses en fonction d’une décision politique. «D’un autre côté, il se peut qu’à la signature de certains contrats, d’autres marchés exigent également des affaires compensatoires, auquel cas nous devrons voir comment honorer ces obligations», prévient le dirigeant.

Ainsi, si un pays n’est plus intéressant en tant que marché, le risque de voir sa base de sous-traitants réduite à moyen-long terme existe bel et bien, la priorité pour les nouveaux contrats revenant aux «pays-clients». M. Posch souligne que les exigences posées par la Suisse en termes d’affaires compensatoires semblent raisonnables, au vu du tissu industriel du pays.

Interrogé sur ses fournisseurs helvétiques, le dirigeant n’a pas souhaité fournir une liste exhaustive, mais a cité quelques entreprises opérant dans différents secteurs, parmi lesquelles des groupes cotés sur SIX comme Ems-Chemie et Huber+Suhner, la filiale genevoise du colosse chimique DowDupont ou encore le fabricant de connecteurs vaudois Lemo.

Même répartition géographique

La répartition géographique des sous-traitants d’Airbus en Suisse correspond peu ou prou à celle définie par Armasuisse pour les affaires compensatoires liées à l’achat des avions de combat – qui représentent 60% de l’enveloppe totale, soit 3,6 milliards de francs – à savoir, 65% en Suisse allemande, 30% en Suisse romande et 5% en Suisse italienne.

«En tant que grand groupe européen, nous sommes très bien représentés en Suisse avec nos partenaires, et c’est quelque chose que nous voulons mettre à profit et développer», assure M. Posch, signalant que l’avionneur s’emploie activement à découvrir et tisser des liens commerciaux avec des entreprises locales, dans un souci d’anticipation pour des affaires compensatoires.

Le géant européen domine – et de loin – le marché suisse de l’aviation commerciale. Sur les 91 appareils utilisés par Swiss, 79 sont des Airbus. C’est également le cas des 27 avions de la famille A320 de la flotte helvétique du transporteur à bas coûts Easyjet, bientôt ramenés à 25.

Dans le segment militaire, Airbus est présent avec une cinquantaine d’hélicoptères: une vingtaine d’appareils légers (EC635), ainsi que quinze Super Puma et douze Cougar, selon les données du Département fédéral de la défense (DDPS). La Suisse compte par ailleurs quelque 200 appareils à usage civil, dont plus de la moitié en mains de particuliers.

Meilleure solution pour la Suisse

Selon le constructeur européen, l’Eurofighter représente «la solution optimale pour la Suisse». Il est l’avion le plus utilisé pour les opérations de police aérienne sur le Vieux Continent, notamment par les forces armées allemandes (141 unités), britanniques (160), italiennes (94) et espagnoles (70).

La version prévue pour la Suisse est la même que celle en service en Allemagne, «ce qui offre la possibilité d’une collaboration encore plus étroite dans le domaine de la sécurité de l’espace aérien européen», assure Airbus.

L’avionneur se veut un «partenaire solide de la Suisse (…) représenté dans de nombreuses coopérations industrielles», et s’estime «bien positionné pour présenter un concept de compensation à même de répondre aux exigences de la Suisse en vue de maintenir et d’étendre sa base technologique en matière de sécurité».

ATS/NXP