Passer au contenu principal

Encre bleueAdieu, Jean Vigny

Georges Cabrera

Jean Vigny, le doyen de nos comédiens, vient de quitter la scène de la vie, peu de temps avant de fêter ses 101 ans.

Pour les plus âgés d’entre nous, il était avant tout Gribouille, celui qui distrayait les Romands sur les ondes de Radio Sottens. Mais soixante ans de théâtre ne peuvent être résumés à ce seul rôle. Il en a eu tant d’autres, et de magnifiques, au cours de sa carrière!

Dans son appartement de Champel, dont il sortait rarement, il recevait volontiers amis et connaissances pour partager de bons petits plats et deviser sur les affaires de ce temps.

L’homme était vif d’esprit, généreux de cœur et incollable en informatique, car ingénieur de formation. Il était aussi philosophe à ses heures. Il m’avait ainsi confié un jour que pour lui, finalement, «une seule chose compte dans la vie, c’est l’amour. Tout le reste est aléatoire!»

Ah, l’amour, vaste sujet… Au soir de sa vie, Jean Vigny y revenait sans cesse. Pour dire le bonheur d’avoir vécu près de soixante ans avec sa femme, Marine, professeure de piano au Conservatoire. Et pour exprimer la tristesse d’en avoir été privé dans son enfance.

Au début du siècle passé, les parents ne se contentaient pas de menacer leurs enfants de les envoyer en Suisse alémanique s’ils faisaient des bêtises. Ils le faisaient! C’est ainsi que le jeune Jean, un brin turbulent, s’était retrouvé seul dans une petite ville en Appenzell pour y purger sa peine pendant plus d’un an.

Cette punition l’avait fortement marqué. À tel point qu’il y a quelques jours de cela, Jean, du haut de ses 100 ans, avait trouvé la force de faire le voyage avec deux amis pour dépasser le passé et revoir Heide.
Il a juste reconnu le portail du préau de l’école, les collines alentour. Et peu après, il s’en est allé…