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Cheseaux-sur-LausanneSur scène pour dire les abus au sein de l’Église

Sur les planches, le comédien Fabian Ferrari porte le récit de Daniel Pittet dans une mise en scène du pasteur Jean Chollet, fondateur du Bateau-Lune à Cheseaux-sur-Lausanne. 
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«Je m’appelle Daniel Pittet, j’ai 65 ans, je suis marié, j’ai six enfants et j’ai travaillé à la bibliothèque de Fribourg. Tout ça est parfaitement banal. Mais entre mes 9 et 13 ans, j’ai été violé toutes les semaines par un prêtre.» Ce sont les premiers mots de «Mon père, je vous pardonne», qui se joue jusqu’à dimanche, au Théâtre Le Bateau-Lune à Cheseaux-sur-Lausanne.

Le titre du spectacle résonne sans doute pour certains, soit les nombreux lecteurs du livre éponyme, dont ce «seul en scène» est tiré. Publié en 2017 avec une préface du pape François, le témoignage de Daniel Pittet s’est écoulé à des dizaines de milliers d’exemplaires, rien qu’en Suisse, et a été traduit en huit langues.

L’homme qui raconte

Sur les planches, c’est le comédien Fabian Ferrari qui incarne et porte ce récit, dans une mise en scène du pasteur Jean Chollet, fondateur du Bateau-Lune. Ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant, il parvient à créer un moment à la fois fort et digne. D’ailleurs, le public ne s’y est pas trompé. Vendredi dernier, l’une des toutes premières représentations a fait salle comble.

Ce soir-là, Daniel Pittet était dans la salle, ce qu’il promet de faire plusieurs fois. Il est même descendu sur scène pour participer à une discussion avec le public, qui doit en principe clore chaque spectacle. Une occasion de découvrir sa personnalité vivace, pour ne pas dire à vif, lui qui a été l’un des premiers à donner un visage aux victimes (lire l’encadré).

Toutefois, ce n’est pas trait pour trait son visage que l’on voit sur scène. Plutôt qu’à fleur de peau, l’incarnation de Fabian Ferrari est en effet d’une sobriété tout en humilité, face à une expérience inimaginable. Elle n’en est pas moins puissante. En observant sa stature et son visage d’homme mûr, on se demande: mais comment imaginer qu’un homme de cet âge, pareil à tant d’autres, a pu vivre cela?

Cela, ce sont les viols. Le premier et le dernier, et ceux qui ont jalonné quatre ans d’enfer pour cet enfant, choisi par un prédateur qui a fait de nombreuses autres victimes. Les mots sont crus, au point que Fabian/Daniel lance: «Jamais je ne pourrai dire tout ça en public.» Une des forces du spectacle est en effet de raconter comment la parole de cet homme s’est libérée, d’abord auprès d’un évêque, resté sourd, puis d’un autre, plus attentif, puis des médias, télévision comprise.

Éclairer le silence

«Mon père, je vous pardonne» raconte aussi le silence qui a précédé. Celui qui a permis l’impunité de l’abuseur, pendant toutes ces années d’enfance volée. Dans le monastère où ont lieu les viols semaine après semaine, Daniel Pittet évoque un prêtre croisé un jour dans les couloirs. Il lui dit: «T’es un pauvre gamin. Ne reviens pas ici.» Bien d’autres savaient et n’ont rien dit. La faute à une mécanique sociale et ecclésiastique que le spectacle montre parfaitement.

Beaucoup se joue dans le public – ce monde d’adultes qui écoute l’histoire d’un enfant pris au piège. Et certaines questions y ont la vie dure. Durant la représentation, un homme chuchote en effet à sa femme: «Mais pourquoi ne l’a-t-il pas dit à ce moment-là? Ça l’aurait sauvé!»

Mais la prise de conscience est aussi là. Lors du débat d’après-spectacle, une femme prend la parole, la voix brisée: «En tant qu’éducatrice, je les vois, ces enfants abusés. Un enfant n’est pas autonome, il regarde vers les adultes. Quand il dénonce, c’est tout son système qui se casse la gueule.»

«Mon père, je vous pardonne» est encore à Cheseaux pour cinq dates jusqu’à dimanche, puis en tournée à Fribourg, en Valais et à Genève.

bateaulune.ch et www.fabianferrari.com