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Présentation de la saison 2020-2021À Vidy, les artistes mènent l’enquête pour sonder le monde

Garni de 25 propositions, le menu de demi-saison a été chamboulé par la crise sanitaire et se déploiera en partie hors les murs, le temps que le théâtre au bord de l’eau se refasse une beauté.

Christoph Marthaler présentera son spectacle «Das Weinen (Das Wähnen)» à l’Opéra de Lausanne.
Christoph Marthaler présentera son spectacle «Das Weinen (Das Wähnen)» à l’Opéra de Lausanne.
GINA FOLLY

Planifier une saison en partie hors les murs s’est révélé un défi aussi passionnant qu’alambiqué pour Vincent Baudriller, capitaine du Théâtre de Vidy-Lausanne, dont l’écrin dessiné par Max Bill subira une cure de jouvence dès le 1er septembre. La tâche s’est corsée d’un cran lorsque la pandémie est venue mettre son grain de sel. «Le 13 mars, nous étions là, autour de la table, à relire le magazine du programme. Puis nous avons dû fermer, sans savoir quand nous pourrions rouvrir ni dans quelles conditions. Nous avons imaginé mille scénarios.» Malgré ces remous, 25 belles propositions garnissent la première partie de la saison 2020-2021, dont plusieurs spectacles reportés. Situation fluctuante oblige, le programme devrait s’étoffer dans les prochaines semaines et la billetterie n’ouvrira que le 24 août. «Nous devrons nous adapter aux mesures sanitaires, mais nous nous tenons prêts à accueillir le public», assure le capitaine du vaisseau. Financièrement, la barre est maintenue: le théâtre recevra finalement les compensations financières espérées, notamment pour les RHT. Un soulagement pour Vincent Baudriller «Pour nous, il était essentiel de tenir nos engagements avec les artistes.»

«Notre mission, qui s’est déclinée en ligne pendant la pandémie, est d’offrir une expérience sensible du monde, de l’humain, du vivant»

Vincent Baudriller, directeur du Théâtre de Vidy

Dès la rentrée de septembre, les spectateurs se retrouveront donc dans les deux espaces épargnés par le chantier (le Pavillon et la salle René-Gonzales) et partiront explorer d’autres lieux, ouverts ou fermés, urbains ou plus bucoliques. Le temps que le théâtre se refasse une beauté à 27,5 millions, confiée au bureau d’architectes Pont 12. Lors des spectacles in situ, une cabane en bois, bâtie pour le 100e Giron des Jeunesses campagnardes et réaménagée pour Vidy, abritera l’accueil, la billetterie, le bar, la librairie et, à l’étage, les bureaux de l’administration. La petite bâtisse a été baptisée «Baraka». Histoire d’invoquer le bon sort.

Un poulpe sur scène!

Immergé dans la cité, le Théâtre de Vidy tresse son programme autour de thématiques sociétales. «Notre mission, qui s’est déclinée en ligne pendant la pandémie, est d’offrir une expérience sensible du monde, de l’humain, du vivant», souligne Vincent Baudriller. Dans le sillage du cycle mené cette saison avec Dominique Bourg, l’écologie déploiera de nouveau ses branches dans «L’Atlas de l’anthropocène», cycle de conférences fictives (et cocasses) données par Frédéric Ferrer dans un auditoire de l’UNIL, l’«Arborescence programmée» par Muriel Imbach, projet jeune public donné dans les écoles, et une installation de réalité virtuelle, un «ÉDEN», imaginée par l’artiste 3D Hugo Arcier et le metteur en scène Cyril Teste. Essentiels dans la cartographie du vivant, les animaux tiendront l’affiche de deux spectacles: «Gus», le corbeau-pie de la Cie Baro d’Evel fera ses facéties dans «Là», et un poulpe sera la vedette de «Temple du présent – Solo pour octopus», de Stefan Kaegi.

Au cœur de l’actualité, le racisme et les discriminations inspireront deux créations. Le comédien congolais Moanda Daddy Kamono racontera comment, lors d’une audition, on lui a expliqué qu’il n’avait pas le «Profil», autofiction dont la mise en scène sera signée Magali Tosato. Après l’excellent «Black Off», Ntando Cele interrogera sa place d’actrice noire dans «Go go Othello», au Bourg.

Dans une pharmacie

Le Covid a-t-il déjà infusé les productions théâtrales? Pas directement. Mais la pandémie a poussé Tiago Rodrigues à réécrire le texte de «Catarina e a beleza de matar fascistas». «Il a réaxé son sujet pour insister sur le fascisme de demain», précise Vincent Baudriller. Quant à la nouvelle création de Christoph Marthaler, «Das Weinen (Das Wähnen)», elle prend une dimension tout autre, l’action se déroulant dans… une pharmacie. La pièce occupera de l’Opéra de Lausanne, qui accueillera trois autres poids lourds de la création contemporaine: les chorégraphes Anne Teresa de Keersmaeker («Mitten wir im Leben sind/Bach6Cellosuiten») et William Fosrythe (avec «A quiet evening of dance») et le metteur en scène Milo Rau («Familie»).

Vous en voulez encore? Voici Valérie Dréville, immense comédienne, qui contera des «Danses pour une actrice» sous la baguette du chorégraphe Jérôme Bel. Les aficionados de flamenco se délecteront du duo formé par le danseur Israel Galván et le chanteur Niño de Elche dans «Mellizo doble». Et on ne présente plus François Gremaud, qui invoquera l’esprit de «Giselle», mythique ballet romantique.

«Beaucoup d’artistes d’aujourd’hui travaillent comme enquêteurs sur la société»

Vincent Baudriller, directeur du Théâtre de Vidy

Telle une rengaine, un mot jalonne l’ensemble de la saison: l’enquête. «En dialoguant avec la philosophe Vinciane Despret (ndlr: invitée d’un «Cycle d’enquêtes avec d’autres êtres» donné à l’UNIL), il nous est apparu que beaucoup d’artistes d’aujourd’hui, comme Stefan Kaegi, Milo Rau ou Christophe Honoré, travaillent comme enquêteurs sur la société», observe Vincent Baudriller. Les spectateurs, eux aussi, seront invités à mener leurs investigations sensibles. Comme si chaque proposition était un indice pour saisir, vivre et ressentir la saison de Vidy. In situ et hors les murs.

Programme complet sur www.vidy.ch