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Musique classiqueÀ Verbier, le festival relève sa tête

Des archives à profusion et cinq concerts redonnent du tonus au rendez-vous.

Le chef d’orchestre Gábor Takács-Nagy ouvre la série de concerts à Verbier à la tête de l’Orchestre de chambre du festival.
Le chef d’orchestre Gábor Takács-Nagy ouvre la série de concerts à Verbier à la tête de l’Orchestre de chambre du festival.
DR

Il y aurait mille façons de définir les contours d’un état de crise. Martin Engstroem, qui a fondé en 1994 et dirige depuis le Verbier Festival, a trouvé sa voie en déclinant une réflexion digne d’un sinologue averti. «En chinois, le signe qui désigne cet état de détresse qualifie à la fois l’idée de danger et d’opportunité», explique-t-il par téléphone.

À la station valaisanne, on a tout d’abord tenu compte de la première acception, en annulant de manière précoce, au mois de mars déjà, l’édition de 2020. La cause étant bien sûr sanitaire, liée à l’apparition du Covid-19. «À ce moment précis, alors qu’on était au début de la pandémie, certains membres du conseil de fondation, et tout particulièrement Peter Brabeck et Patrick Aebischer, étaient en possession d’informations que je n’avais pas de mon côté, et qui nous ont très vite poussés à mettre une croix sur le rendez-vous de cette année.»

Quelques mois plus tard, alors que les pics de la pandémie semblent dépassés, la direction a fini par adopter la seconde acception, celle de l’opportunité qu’offre la crise en question. Aujourd’hui, le festival relève donc sa tête avec une batterie d’événements, virtuels et concrets, qui, à défaut de compenser ce qui a été rayé, permettront d’observer l’événement sous un autre prisme et avec d’autres sortes d’interventions. Regardons de près.

Deutsche Grammophon soutient

La partie la plus corpulente de la nouvelle proposition repose sur le volume d’archives qu’a généré le festival à travers les décennies. Ce capital d’une richesse étourdissante sera désormais mis à la disposition du public de deux façons distinctes. En puisant tout d’abord dans les innombrables captations réalisées depuis treize ans par Medici.tv, sur la scène principale de la salle des Combins ou dans celle plus intimiste de l’Église. «Cette opération va démarrer le 16 juillet, avec le soutient du label Deutsche Grammophon, spécifie le directeur. Chaque jour, il sera possible de suivre entre cinq et sept heures de rediffusion de concerts. Ce sera l’occasion, pour nous et pour les mélomanes, de réaliser en quelque sorte tout ce qui a été fait à Verbier. Quand je pense par exemple à tous ces chefs venus diriger l’orchestre, à leur célébrité et à leur statut, je me dis qu’il n’y a pas dans le monde une réalité musicale équivalente.»

«Durant la quinzaine, entre 1’200’000 et 1’500’000 passionnés se connectent sur Medici.tv pour suivre nos concerts»

Martin Engstroem, directeur du Verbier Festival

L’autre manière de puiser dans les archives mène, elle, au monde de la radio, plus précisément vers les ondes d’Espace 2, deuxième chaîne de la RTS. Fidèle compagnon du festival, ce média dispose lui aussi d’un fonds consistant en nombreuses captations, et ce depuis 1994. Dès le 16 juillet et jusqu’au 12 août, cet autre capital sera valorisé à son tour. «Ces deux opportunités nous permettent de mieux positionner le festival auprès du public, note Martin Engstroem. Chaque année, nous accueillons environ 50’000 personnes à la station. Mais il ne faut pas oublier que, durant la quinzaine, entre 1’200’000 et 1’500’000 passionnés se connectent sur Medici.tv pour suivre nos concerts. Nous espérons en compter davantage avec cette offre.»

Des pertes conséquentes

Il y a enfin un troisième volet, pas virtuel celui-là, qui caractérise la renaissance du festival. Il est à consommer à l’Église, lors de concerts pour petites formations qui se dérouleront durant les week-ends du 17 et 25 juillet. Les invités sont comme toujours de haut vol – Quatuor Arod, Trio Sora… L’Orchestre de chambre du festival en configuration réduite ouvrira la danse, dirigé par Gábor Takács-Nagy. Bien sûr, les mesures sanitaires de distanciation sociale seront respectées et la jauge de la salle amputée.

Reste la question des pertes occasionnées par l’annulation de l’édition 2020. Sont-elles de nature à mettre en danger la structure, qui compte un budget annuel de 10 millions de francs environ? «Les coûts de notre structure permanente s’élèvent sur l’année à 3,2 millions. Près de la moitié a été couverte par le soutien de mécènes et de sponsors», explique Martin Engstroem. L’autre moitié? Elle fait l’objet d’une demande d’aide adressée à la Commune de Bagnes et à la Confédération. La direction se dit optimiste. «L’importance du festival dans l’économie locale et régionale est reconnue par tout le monde, conclut Martin Engstroem. Je pense que personne aujourd’hui n’a envie de nous laisser tomber.»

Tout le programme sur www.verbierfestival.com