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Les choix de la rédactionÀ lire et écouter… Thriller, B.D., funk cosmique et jazz divin.

Voici les meilleures nouveautés littéraires et musicales de la semaine.

Tune-Yards, Merrill Garbus de son vrai nom, musicienne originaire de New Canaan, Connecticut.
Tune-Yards, Merrill Garbus de son vrai nom, musicienne originaire de New Canaan, Connecticut.
DR

Pop Merrill Garbus, alias Tune-Yards, est une anti pop star, une comète, une héroïne du bricolage intergalactique. Des boucles de sons bizarres, des batteries épileptiques, des basses aussi mellow que le marshmallow, la Nord-Américaine a fait sa cuisine, ajoutant d’une giclette habile par-dessus cette tambouille grandiose son grain de voix céleste. Le chant de Tune-Yards est une bombe, un concentré de l’histoire de la pop, un yo-yo émotionnel, un monstre de sex-appeal, de rock’n’roll, de gender studies, toutes époques confondues, tous styles entremêlés. Dire que Merrill Garbus a failli raccrocher. Heureusement, le groove, le funk, la secousse primordiale lui est revenue dès lors qu’elle et son imparable bassiste, Nate Brenner, ont repris le chemin des studios. F.G.

Jazz Le retour de l’enfant prodigue si l’on en croit l’affirmation d’Albert Ayler: «Coltrane était le père, Pharoah le fils, je suis le Saint-Esprit.» À l’âge de 80 ans, alors que ses deux coreligionnaires sont décédés depuis longtemps, le saxophoniste Pharoah Sanders revient parmi les humains sous une forme trinitaire inattendue. L’album «Promises» réunit en effet le souffleur, le producteur et DJ anglais Floating Points et le London Symphony Orchestra pour une féérie sonore surprenante, translucide à force de sérénité et de déliés aériens chatouillés par la harpe, et les friselis électroniques de Sam Shepherd. Le jazzman aux vues larges s’insère dans ce dispositif quasi ambient avec la fluidité du ciel… et de l’éclair. Céleste. B.S

Rock Dry Cleaning, «nettoyage à sec». Slips, chaussettes et guitares dans la machine. Secouer, gratter, servir de suite. Dry Cleaning, quatuor du South London formé il y a trois ans, envisage le rock à la manière d’une chromique automatique, textes et riffs kilométriques provoquant hypnose et lassitude. Dans un carré parfait – basse, guitare, batterie, voix, plus personne ne bouge – cela donne de sacrés moments. Ainsi lorsque chant et cordes doublent la mise dans un curieux écho: «Strong Feelings», en voilà une belle. Déclamée par Florence Shaw. Où il est question de croûte sur la tête, de fleurs en brique, de champignons… La dernière fois, Dry Cleaning s’intéressait à Megan et Harry. Quelque chose se passe de l’autre côté de la Manche, qui nous échappe. F.G.

«Petits poids plume», un livre de Jo Witek et Charles Berberian (Éd. Actes Sud Jr, 32 p.)
«Petits poids plume», un livre de Jo Witek et Charles Berberian (Éd. Actes Sud Jr, 32 p.)

Jeunesse Musicien, bédéaste, graphiste discophile… Charles Berberian touche à tout, fidèle à lui-même. Où qu’il se promène, ce dandy hyperactif assure sous les rires flambeurs la douceur d’une morale finaude. Ainsi, après «Mon père est un super-héros» où se confiait un fiston groupie d’un père chirurgien monopolisé par ses patients, le dessinateur boxe d’autres secrets inavouables dans «Petits poids plume». Héros crâneur, Benji joue au superdésaxeur de ninjas en pugiliste invincible, et tant pis si le garçonnet se sent très seul parfois. Entre deux beignes, la délurée Victoire-Ali va lui apprendre la vie et l’entraîner sur le ring de l’amitié. Jamais mièvre, Berberian, ici en tandem avec la conteuse Jo Witek, a encore frappé. C.LE.

«Astrid Bromure», t. 6, une bande dessinée de Fabrice Parme (Éd. Rue de Sèvres)
«Astrid Bromure», t. 6, une bande dessinée de Fabrice Parme (Éd. Rue de Sèvres)

BD Depuis 2015, Fabrice Parme livre chaque année des nouvelles d’Astrid Bromure. Enfant gâtée richissime logeant au sommet d’un somptueux building, la fillette évolue au sein d’histoires loufoques, entourée d’un petit monde qui s’étoffe d’album en album. Sixième opus, «Comment fricasser le lapin charmeur» voit la petite futée se coltiner à d’habiles illusionnistes pas forcément très honnêtes. Guest stars de cette BD jeunesse à l’humour pétillant et aux couleurs acidulées, le chat Gatsby et le chien Fitzgerald rivalisent avec l’imperturbable majordome Benchley et cette fine mouche qu’est Mademoiselle Poppyscoop, la gouvernante. Le dessin rappelle les cartoons Hanna Barbera de la grande époque. On se régale. PH.M.

«Serial Bomber», un roman de Robert Pobi (Éd. Les Arènes, 532 p.)
«Serial Bomber», un roman de Robert Pobi (Éd. Les Arènes, 532 p.)

Thriller Robert Pobi, jadis antiquaire, ne déteste pas massacrer ce qu’il a aimé. Voir «Serial Bomber» où le Canadien atomise le Guggenheim Museum et les 702 invités d’un gala. Une intrigue sophistiquée se déroule alors comme la rampe de Frank Lloyd Wright sous le regard de l’ex-agent Lucas Page. Découvert dans «City of Windows», ce consultant astrophysicien pose en âme damnée cabossée. Déchiqueté en mission, torturé au bord du cynisme absolu, le surdoué aussi inoxydable aux atermoiements que ses prothèses peut analyser une scène de crime en une fraction de seconde. C’est dans ce pas de côté pris pour jauger le monde que Lucas Page subjugue en grand philosophe devant la béance de l’éternité. C.LE.