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Scène éphémère en Vieille-VilleÀ la rue, Cendrillon respecte les consignes sanitaires

Dans le cadre de Genève en été, la comédienne Joane Reymond propose une série de spectacles drôles et déjantés, compatibles avec le Covid.

Joane Reymond dans «Cendrillon mène le bal». Un conte revisité avec une joyeuse loufoquerie.
Joane Reymond dans «Cendrillon mène le bal». Un conte revisité avec une joyeuse loufoquerie.
Pierre Colleti

Pschitt! Pschitt! Sur la terrasse Agrippa-d’Aubigné, Joane Reymond désinfecte inlassablement les objets qu’elle manipule au cours de son solo. Un jet de gel hydroalcoolique par ici, un coup de torchon humide par là, des mains bien propres, il faut bien ça pour pratiquer le théâtre de rue aujourd’hui. Mardi en début de soirée, la comédienne genevoise a mis Cendrillon sur le pavé, dans le cadre du projet Genève en été lancé par la Ville. Condition sine qua non: respecter scrupuleusement les consignes sanitaires en vigueur. On ne rigole pas avec le coronavirus. Mais on se gondole avec une interprète inspirée, revisitant les contes à sa façon, avec un sens du burlesque assumé.

Joyeusement déjantée, sa Cendrillon invite Lady Gaga, Lanvin et Vuitton dans la conversation, et fait jaillir d’une écharpe des marionnettes à main, façon Babibouchettes. Juste avant les douze coups de minuit, elle danse un slow sur l’air du film «La Boum». Quant à sa pantoufle de vair, celle-ci tient plutôt de la sandale en plastique (verte, forcément). Drôle? Oui, irrésistible même quand Joane Reymond force son accent genevois pour commenter l’action. Jouant avec l’assistancene petite quarantaine de personnes, l’interprète-clown-musicienne invite quelques spectateurs à improviser avec elle. À défaut de se prendre les mains, on se touche les coudes. Gare au méchant virus

La marraine de Cendrillon? Une fée plutôt rock’n’roll.
La marraine de Cendrillon? Une fée plutôt rock’n’roll.
Marie-Pierre Cravedi

À force de veiller à tous les détails permettant de rendre son art covido-compatible, Joane Reymond en perd même brièvement le fil d’un spectacle qu’elle connaît pourtant sur le bout des doigts pour l’avoir joué plus de 300 fois depuis 2011. «Je suis perturbée, car je passe mon temps à nettoyer les accessoires», avoue-t-elle entre deux soucis de sonorisation. Les aléas du direct. La comédienne s’en sort sans dommage. Jouer en plein air, elle connaît. Et elle aime ça. Fondatrice en 2010 du festival Gratte-Bitume à Meyrin, elle a découvert le théâtre de rue il y a belle lurette.

Amoureuse d’un jongleur

Après une maturité latine et une formation commerciale, au sortir d’un an et demi de stage comme employée de banque à l’UBS, elle tombe amoureuse d’un jongleur à la fin des années 80. Elle le suit dans le sud de la France, prend ses premiers cours de scène avant de revenir à Genève, de monter sur les planches à Carouge, entre autres, puis de créer le Trio des Cropettes et la compagnie Mine de Rien. En prime – on résume – elle passe un diplôme de gestionnaire culturelle.

C’est dire que Joane Reymond possédait le bagage nécessaire pour répondre fissa à l’appel d’offres de la Ville lancé en juin dernier pour animer la saison culturelle estivale. Sur 356 dossiers, 18 sont retenus. Dont le sien. Pendant près d’un mois, elle propose un spectacle de rue différent chaque semaine, dont sa dernière création «Sois belle et t’endors pas!» peaufinée durant le confinement dans la salle de répétition du Théâtre des marionnettes de Genève, sous l’œil attentif de la metteure en scène Valentine Sergo, par Skype. Un conte qui brocarde la Belle au bois dormant tout en racontant l’évolution du droit des femmes durant les trois derniers siècles.

«La terrasse Agrippa-d’Aubigné? Un lieu magnifique, qui permet de filtrer les allées et venues sans mettre de barrières»

Joane Reymond

Avec sa série de shows tendres et loufoques, Joane Reymond a su convaincre les grands manitous de Genève en été. Ce qui a fait la différence? «Une proposition pertinente, j’imagine. Et un budget cohérent, davantage basé sur des salaires d’artistes que sur la location de matériel», explique-t-elle. Par ailleurs, il s’agissait aussi d’établir un plan de protection anti-Covid, validé par la police. En artiste de rues avertie, elle choisit de se produire sur la terrasse Agrippa-d’Aubigné. «Le lieu est magnifique, mais on peut aussi y filtrer les allées et venues sans mettre de barrières.» À laccueil, des jeunes gens engagés par la comédienne tiennent une liste de réservation et recommandent le port du masque. Elle-même dispose d’une lotion désinfectante à portée de mains, qu’elle utilise abondamment.

Les contraintes, elle en joue, en les mettant au service de ses spectacles. «Avant, je tripotais pas mal les gens durant les représentations. Maintenant, je ne peux plus. Mais je l’explique comme si cela faisait naturellement partie du texte. Et ça passe très bien.» Avec le Covid, sa Cendrillon se tient à carreau. Il en ira de même avec Blanche-Neige la semaine prochaine, que la Genevoise ébouriffera joyeusement. Là aussi, il faudra ripoliner le matériel, inciter les spectateurs à porter un masque, tenir ses distances. Drôle d’époque…

«Arts à la rue», avec Joane Reymond et la Cie Mine de Rien. Jusqu’au 20 août, terrasse Agrippa-d’Aubigné, 7, rue de lEvêché. Les mardis et jeudis soir à 19h30. Gratuit, chapeau à la sortie. Réservations conseillées. www.cie-mine-de-rien.ch, 078 230 34 36