À la recherche des deux seuls étrangers de Soubey

ImmigrationAvec seulement 0,76% de résidents d’origine étrangère, le village jurassien détient la plus petite proportion d’étrangers de Suisse romande. Reportage.

Si Soubey (JU) est le village qui compte le moins d’étrangers en Suisse romande (0,76%), il est suivi de près par une autre commune franc-montagnarde, Le Bémont (1,27%). À l’inverse, c’est Leysin (VD) qui recense le plus de non-Suisses (57,74%). À noter que deux villages bernois, Berken et Hüniken, n’en comptent aucun.

Si Soubey (JU) est le village qui compte le moins d’étrangers en Suisse romande (0,76%), il est suivi de près par une autre commune franc-montagnarde, Le Bémont (1,27%). À l’inverse, c’est Leysin (VD) qui recense le plus de non-Suisses (57,74%). À noter que deux villages bernois, Berken et Hüniken, n’en comptent aucun. Image: David Marchon

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Soubey, ça se mérite. Il faut emprunter des routes sinueuses, monter, descendre et remonter puis redescendre pour enfin atteindre le panneau de bienvenue qui ouvre la porte de ce petit paradis luxuriant. Les quelque 132 habitants vivent aux abords du Doubs dans ce village situé dans le district des Franches-Montagnes, entre Saint-Ursanne et Les Enfers. Après une enquête sur les données de l’Office fédéral de la statistique (voir l’encadré ), nous sommes parvenus à la conclusion que c’est bien le village de Soubey, bercé par sa jolie rivière et ses pâturages de pissenlits, qui recense le moins d’étrangers en Suisse romande.

Enquête dans le village

Tels des détectives acharnés, nous partons donc à la recherche des rares non-nationaux du village. D’après nos calculs, ils sont un, voire deux. Première étape de l’enquête de proximité: l’un des fameux restaurants du bled réputé pour ses filets de truites. Sur le gigantesque parking, les plaques d’immatriculation sont suisses, françaises ou allemandes. Et nous dénombrons une vingtaine de grosses motos. Nous pénétrons dans l’établissement et prenons à part, le plus discrètement possible, l’une des employées. Bingo: elle habite à Soubey. Que pense-t-elle de la faible quantité d’étrangers? Réaction très sonore: «Haha! Ah bon? C’est rigolo. Je ne vois pas tellement de raison à cela. Peut-être l’accessibilité. Sans voiture, on peut difficilement aller et venir depuis Soubey.» Son collègue avance une autre explication: «Durant quelques années, le village a été une zone blanche, à savoir qu’on y captait aucun réseau de téléphonie. Il s’agissait là d’une volonté politique. Ça a pu faire fuir ou faire peur à une partie des potentiels habitants, les étrangers aussi. Demandez au maire, Vincent Steullet.» Allô, Monsieur le maire? «Ce pourcentage de 0,76% ne m’étonne pas du tout. Les étrangers cherchent les avantages des grandes villes comme Genève, Lausanne ou Berne.» Quels avantages selon lui? «Les supermarchés par exemple. Ici, c’est la campagne, nous sommes très terre à terre. Donc ça ne me gêne pas que nous ne comptions pas plus d’étrangers. En revanche, si un millionnaire s’intéresse à s’établir chez nous, il peut m’appeler directement.» Avant de terminer l’entretien, il nous confie une précieuse information: l’un des étrangers de Soubey est Belge, mais il ne se souvient plus de son nom. «Nous ne le voyons pas beaucoup au village. C’est un solitaire», précise le maire.

Nous déambulons dans la bucolique localité afin de trouver la personne en question. Jusque-là, nous ne sommes en possession que d’un seul indice: le mystérieux Belge de Soubey serait sensible aux ondes de la téléphonie et aurait opté pour le village qui se trouvait alors en zone blanche. Bonjour monsieur, vous vivez ici? «Waaas?!» Raté, c’est un Suisse alémanique.

Combien y a-t-il d'étrangers dans votre commune? Tous nos chiffres sont ici

De l’Écosse à la Belgique

Nous nous approchons de l’église, cœur névralgique du lieu. Une dame aux cheveux blancs prend patiemment soin de son petit jardin. Re-bingo! Ruth Braun vit à Soubey depuis 1993. Elle a épousé un Suisse mais est… Écossaise. Elle nous invite à boire un verre d’eau et tape la discute. Ne se sent-elle pas un peu seule en tant qu’étrangère?

«Ce qui me rend triste, c’est qu’il y a beaucoup de personnes de mon âge, qu’il n’y a plus d’école. Et plus de 20% des maisons sont des résidences secondaires»

«Ce qui me rend triste, c’est qu’il y a beaucoup de personnes de mon âge, qu’il n’y a plus d’école, plus de poste. Par ailleurs, plus de 20% des maisons sont des résidences secondaires appartenant à des Soleurois, des Bâlois ou des Bernois. Malgré tout, la vie est douce si on apprécie la nature. J’adore m’occuper de mes plantes», commente Ruth dans un tendre sourire. Connaît-elle l’autre étranger du village? «Bien sûr, c’est Laurent. Il travaille dans une ferme, loin des ondes qu’il ne supporte pas. Si vous suivez ce chemin, vous tomberez sur lui, c’est presque sûr.» On y croit et on poursuit notre quête. Après avoir longé le Doubs sur 1,5 kilomètre, nous tombons sur une ferme biologique. Plusieurs ouvriers font de petits travaux à l’extérieur. Lequel d’entre vous s’appelle Laurent? Un homme s’approche. Cheveux blancs, timide, casque antibruit sur les oreilles. «C’est moi, pourquoi?» Après l’explication d’usage, nous évoquons sa vie à Soubey. Il est venu et il est resté pour le calme et la beauté de la nature. Voilà cinq ans qu’il réside à Soubey. À 47 ans, Laurent est employé dans la ferme qui élève des vaches dans la pure tradition biologique. Nous le quittons et repartons, pas peu fiers d’avoir retrouvé les deux seuls étrangers de Soubey. Mission accomplie.

Créé: 06.05.2019, 09h46

Et dans votre commune?

En Suisse, selon notre enquête et les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, on recense 2 millions de non-nationaux, soit un quart de la population. Ces résidents étrangers vivent essentiellement dans les villes. Genève en compte 48% et Lausanne 53%. Ces chefs-lieux comptent parmi les villes les plus cosmopolites du pays. Sur les 2240 communes suisses, une poignée dispose d’une majorité de résidents sans passeport à croix blanche. C’est le cas de Leysin (VD/57,7%), la commune de Suisse avec la plus grande proportion d’étrangers, ainsi que de Pregny-Chambésy (GE/53,7%) et Renens (VD/51,1%). À l’autre bout du spectre, l’espace «Mittelland» (Berne, Fribourg, Jura, Neuchâtel et Soleure) est la région la plus helvétique (19% de non-nationaux). À noter que les 80% des résidents étrangers en Suisse proviennent d’Europe.
Retrouvez les chiffres et les graphiques interactifs sur www.24heures.ch ou www.tdg.ch

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