Artiste genevoisAux quatre coins de la Jonction avec Sandro Rossetti
Le créatif Sandro Rossetti nous promène à la Jonction. Ce quartier témoigne de son impact sur la vie culturelle genevoise.

- Sandro Rossetti a participé à sauver plusieurs lieux culturels genevois.
- Il est né d’une famille italienne installée à Genève depuis 1922.
- Il a contribué à la renaissance de l’Alhambra dès 1977.
- Sandro a profondément marqué le quartier de la Jonction.
«Ce n’est pas forcément en faisant le tour du monde qu’on atteint l’universel, mais comme disait Ramuz, en creusant profondément l’endroit où l’on vit tous les jours», me dit d’emblée Sandro Rossetti, artiste et architecte polymorphe. Il est né à la Jonction et a fêté récemment son 80e anniversaire en jouant de la contrebasse sur la scène de l’Alhambra, une salle qu’il a contribué à faire renaître dès 1977. Il me guide aujourd’hui dans le quartier de la Jonction, où il a tant laissé son empreinte. Dans de prochains articles, nous nous promènerons dans d’autres quartiers où il a conçu et réalisé, toujours en bonne et joyeuse compagnie, des lieux culturels qui font le charme de Genève.
Originaire du Piémont
Sandro est né à la rue des Rois, dans une famille immigrée italienne, originaire du Piémont et établie à Genève depuis 1922. Son père est employé de banque, sa mère au foyer s’occupe des trois enfants, chante volontiers des grands airs d’opéra et initie son fils aîné à la musique, en l’entraînant au Grand Théâtre et au Victoria Hall. La première partie de l’enfance de Sandro est heureuse, il adore son quartier, il se faufile pour jouer dans le cimetière des Rois, ce qui était interdit à l’époque, et, en bon petit enfant de chœur, sert la messe dans un ancien hangar à charbon, en attendant la nouvelle église de Sainte-Clotilde que les Italiens du quartier contribuent alors à construire. Elle sera prête en 1965, première paroisse à utiliser la langue du peuple et où le prêtre s’adresse à l’assemblée et non à l’autel!
Mais à 7 ans, le petit garçon plein de vie est atteint d’une grave maladie de l’époque: la tuberculose! Il doit partir seul dans un sanatorium à Leysin, loin de sa famille et de ses copains, et y restera cinq ans. La maladie atteint l’os d’une jambe et le laissera claudicant. Sandro ne s’attarde pas sur cette période traumatisante, mais plutôt sur le terrible appétit de vivre de son adolescence qui succède à sa guérison. Malgré une scolarité mouvementée, il se dirige vers les études et entre à l’École darchitecture, tout en développant le dessin et la pratique musicale. Il mélange joyeusement projets urbanistiques, dessin, théâtre et musique, dans l’ambiance si stimulante des années 68-78. Il reste à la Jonction, son cher quartier, et occupe de minuscules appartements à la rue des Bains et à la rue de la Jonction. Ce n’est d’ailleurs qu’à 65 ans, et par amour, qu’il quitte le quartier de la Jonction pour la rue Voltaire.
Sauver l’entrepôt du Grand Théâtre
Tout en déambulant à travers la Jonction, il me montre l’immeuble de l’avenue David-Dufour où il a travaillé au Service cantonal de l’urbanisme durant trente-cinq ans, toujours à temps partiel, afin de mieux concilier toutes ses passions, et à côté de l’église, l’original entrepôt du Grand Théâtre, qu’il a contribué à sauver. Il me parle de deux théâtres des bords de l’Arve, le Loup et la Parfumerie, deux scènes pour lesquelles il a œuvré avec ardeur, et aussi de la Fanfare du Loup, dans laquelle il joue depuis 1978.
Il me désigne la colline de la Bâtie qui domine la confluence des deux fleuves. «C’est en 1977 que les artistes dits marginaux qui avaient monté un festival à la Cité universitaire ont trouvé le terrain idéal, au bois de la Bâtie. J’étais évidemment dans le coup, construisant bénévolement des podiums, des stands et des abris pour nous protéger de la pluie. André Chavanne, président de l’Instruction publique, nous avait fait confiance et nous avait accordé une subvention de 10’000 francs.» L'entrée du festival était libre alors.
Nous finissons cette première balade au bord du Rhône, au bout des Halles de l’Île, que les étudiants en architecture de sa volée de 1971 ont sauvées par leurs manifestations. Le récent bistrot disquaire Bongo Joe, avec ses concerts de jazz, reflète les goûts de l’époque libre, joyeuse et créative des années soixante-huitardes.
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