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Concert à Genève
Avec Patricia Bosshard, la musique à la lisière de la vie

Genève, le 24 septembre 2024.  La violoniste et compositrice Patricia Bosshard est invitée par l'ensemble Contrechamps pour deux concerts
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Considéré de manière hâtive, tout ce qui relève de l’expérience de la mort imminente génère d’ordinaire des réactions craintives, poussant à refouler cette question intimidante ou à l’éliminer tout court. La compositrice et violoniste Patricia Bosshard, elle, en a fait un riche territoire d’exploration, dans lequel elle a arrimé des ouvrages intrigants. Il y a une poignée d’années, elle livrait au public «Entre-temps», première étape d’une investigation sonore qui campait déjà à la lisière de la vie. Une deuxième s’offre désormais aux mélomanes dans le fief de Contrechamps, aux 6 Toits, en compagnie de l’ensemble actif dans la musique contemporaine et d’une autre formation, Babel, particulièrement à l’aise dans le domaine de l’improvisation. «Entre deux eaux», titre de la pièce proposée en création, prolonge ainsi un voyage, avec des haltes à Genève puis à Lausanne.

Au cœur du son

À la veille de cette première, Patricia Bosshard reçoit à quelques pas de la salle de concert, sous un soleil timide, alors que s’enchaînent les dernières répétitions. Le regard clair et apaisé, la voix placide et les silences qu’elle concède ici et là avant de répondre aux questions, semblent traduire son aisance, sa sérénité face à une thématique, celle ayant trait au trépas, qui peut en effrayer plus d’un. Ce naturel, il vient de loin: «Depuis longtemps, je lis des ouvrages d’auteurs qui ont traversé l’expérience de mort imminente et qui en ont fait le récit. J’ai visionné aussi des documentaires et, sans avoir été confrontée directement à ce genre d’épisodes, je ressens une familiarité avec tout cela, comme si je l’avais vécu. En tout cas, je n’ai pas de peine à plonger dans ce champ pour en tirer de l’inspiration au moment d’écrire.»

On pourrait se demander par quel procédé on parvient à traduire sur une partition des événements qui tiennent de l’intangible, de l’extrêmement personnel. L’atelier de travail de la compositrice dévoile des méthodes à la fois simples et élaborées. «Tout commence par mon instrument, le violon, par mes improvisations. D’entrée, je suis attentive à ce qu’il y a à l’intérieur des sons que je produis, à leurs textures, à leurs qualités physiques. La base se bâtit ainsi, par cette recherche. Plus tard, je suis allée à la rencontre des musiciens, séparément, et je leur ai parlé de mon projet. Nous avons ensuite enregistré avec chacun d’entre eux des passages. Et c’est avec ces pistes que j’ai commencé à agencer les structures, à faire des montages, jusqu’à compléter le puzzle.»

Ici comme ailleurs, dans le corpus de Patricia Bosshard, les parties écrites côtoient des espaces laissés à l’improvisation. Les passages encadrés par les partitions n’engoncent jamais ceux laissés au libre arbitre des musiciens. «Cette liberté s’exerce surtout dans la temporalité, dans la longueur de tel ou tel autre passage.» Pour incarner l’ouvrage, la compositrice a imaginé un dispositif articulé. Un quatuor à cordes issu de Contrechamps, tout d’abord, dont les sons amplifiés sont diffusés dans l’espace par quatre amplis. Le quintette de l’Ensemble Babel, ensuite, avec sa guitare électrique, sa flûte, sa contrebasse, sa batterie et son sax.

Parcours atypique

Deux mondes instrumentaux, l’un plus classique, l’autre tourné vers d’autres chapelles musicales, cheminent ainsi en harmonie et illustrent les étapes qui caractérisent l’expérience de mort imminente. «Tout cela se nourrit aussi de ce qui m’entoure chez moi, dans la vallée de Joux. La nature, les montagnes accompagnent mon écriture. Je trouve déroutant que tout ce vaste monde, toutes les réflexions qu’il suscite en moi, se retrouve réduit et enfermé dans quelques pages à peine. Alors, ce sera aux musiciens de rouvrir le tout et de redonner de l’ampleur à ce que j’ai imaginé.»

Les œuvres de Patricia Bosshard – et «Entre deux eaux» ne fait pas exception – gardent une liberté de ton et de style cultivée depuis longtemps. Violoniste dès l’âge de 4 ans et demi, fille et petite-fille de musiciens, la Romande a dévié très tôt du cursus attendu. Pas de longues années de Conservatoire dans son curriculum, non, mais des incursions dans le rock – passion d’adolescence –, dans le jazz, dans l’improvisation et, surtout, dans le monde de la composition et de l’électroacoustique. Et c’est dans ce dernier domaine qu’elle a développé une passion pour le son qui ne l’a plus quittée.

Sa signature est à découvrir dans la série de concerts déployés à Genève et à Lausanne. On pourra en cueillir d’autres traits encore le 12 octobre, lorsque l’Ensemble Vide l’accueillera au bâtiment Arcoop. On y jouera alors le premier épisode de ses causeries avec la mort: «Entre-temps».

«Entre deux eaux», avec Contrechamps et l’Ensemble Babel, 6 Toits à Genève, 26 et 27 sept. à 19 h 30; Espace Amaretto, 28 sept à 20 h 30 et 29 sept à 17 h. Rens. www.contrechamps.ch