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Les choix de la rédactionÀ écouter… Chostakovitch, Des Prez, Prokofiev et de la folk

Voici les meilleures nouveautés musicales de la semaine.

Dmitri Schostakowitsch (1906-1975)
Dmitri Schostakowitsch (1906-1975)
Getty Images
Chamber Symphonies, D. Chostakovitch, OCL, Joshua Weilerstein, Fuga Libera
Chamber Symphonies, D. Chostakovitch, OCL, Joshua Weilerstein, Fuga Libera

Classique – Des 15 monumentales symphonies de Dmitri Chostakovitch, seule la 14e peut être interprétée par un orchestre de chambre. Heureusement, l’altiste Roudolf Barcha, ami du compositeur, a proposé plusieurs arrangements de ses quatuors à cordes. L’OCL nous fait découvrir ici les transcriptions des quatuors N° 3 et N° 4: grâce à la présence des vents et des percussions, on retrouve réellement la couleur acide et le relief acéré de ses plus grandes fresques composées pendant la guerre. Ce qu’elles perdent éventuellement en âpreté, elles le gagnent en puissance expressive. Joshua Weilerstein donne à ces pages une hauteur de vue bouleversante, l’envergure d’un manifeste humaniste. MCH

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Classique - Cinq cents ans après sa mort, Josquin Des Prez, qu’on considère comme le plus grand compositeur de son temps, trouve dans cet album le meilleur hommage qui soit. Passé d’Harmonia Mundi à Decca (opération de mercato discographique retentissante), l’ensemble Stile Antico confirme son standing avec un programme conçu de manière originale: la «Missa Pange Lingua» étant la charpente de l’album, entrecoupée dans ses cinq séquences par des motets, puis fermée par des pièces des contemporains Hieronymus Vinders et Jacques de Mantou. On est saisi, dans ce déroulé, par les voix brillantes des sopranos, l’homogénéité des textures et le talent naturel qui se dégage de cette relecture. Un album remarquable de justesse. R.Z.

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Classique – On pourrait ériger le premier mouvement de la «Sonate N° 8» de Prokofiev, cet «Andante dolce» si labyrinthique, comme un des grands bancs d’essai pour interprètes en quête de sublimation. Les ruptures rythmiques, les changements d’atmosphère, l’écriture à la fois asséchée et exigeante, tous ces traits requièrent un souffle et une vision des grandes structures que Nicholas Angelich maîtrise parfaitement. L’Allemand fait le pari du ton feutré, du toucher souple, en limant ainsi les passages les plus percussifs. Il s’en dégage ainsi une délicatesse et une profondeur saisissante de sa vision de l’œuvre. Ce qu’on retrouve dans ces miniatures que sont les «Visions fugitives, op. 20», des délices pures. R.Z.

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Classique – Comme il l’a fait dans ses pages pour clavier, Carl Philipp Emanuel Bach explore dans ses symphonies pour cordes un langage d’une liberté inégalée et un ton unique. Ayant reçu une commande du baron van Swieten, mécène de Mozart et Haydn, qui lui laissait carte blanche, le fils de Jean-Sébastien se joue des codes baroques avec une virtuosité magistrale, multiplie les audaces rythmiques, les ruptures du discours, les pirouettes cinglantes. Il préfigure et dépasse même les introspections romantiques et l’incandescence moderne, tout en gardant une tenue d’aristocrate. Pour saisir cet entre-deux fait de densité et de concision, rien de mieux que la folie et l’effervescence euphorique d’Amandine Beyer et Gli Incogniti. MCH

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Folk – As du violon en tenue de soirée mi-perfo arty, mi-revivalisme champêtre, Andrew Bird finissait par épuiser ses ouailles à force d’en balancer, des moments de grâce frissonnants, des musiques dépouillées jusqu’à les rendre plus nues qu’un nouveau-né. Doué pour tous les styles, le solitaire retrouve ici un compagnon de ses débuts, dans les années 90, Jimbo Mathus, à la guitare et au chant. Ensemble, voilà un duo plus vrai que roots, charmant comme pas possible dans ses reliefs à deux voix, ses blues à l’ancienne, ses gospels, sa country, son sens de l’arrière-pays rendu d’une main experte – quatre en fait – à l’intention d’un public qu’on devine totalement urbain, mais rêvant, comme nous, de paysages qu’il n’a connus autrement que dans les livres. F.G.

«These 13», Andrew Bird & Jimbo Mathus, Thirty Tigers
«These 13», Andrew Bird & Jimbo Mathus, Thirty Tigers