Passer au contenu principal

ClassiqueÀ Bellerive, la musique tient le coup

La pandémie a touché le festival fondé par Lesley de Senger mais ne l’a pas coulé. L’affiche est jeune et tonique.

Lesley de Senger a fondé le festival de Bellerive il y a vingt-cinq ans et elle le dirige depuis.
Lesley de Senger a fondé le festival de Bellerive il y a vingt-cinq ans et elle le dirige depuis.
Laurent Guiraud

Il est là, au milieu d’une masse impressionnante de décombres, l'un des très rares rendez-vous festivalier de musique classique dans le canton à avoir esquivé le virus et à pouvoir rebondir sur ses pattes. Alors que tant de questions restent ouvertes par ces temps de pandémie et que le risque de sa résurgence demeure d’actualité, le Festival de Bellerive fait un pari optimiste en révélant l’affiche de l’édition 2020. Celle-ci, par un alignement heureux des planètes, pourra désormais se déployer entre le 27 août et le 3 septembre, soit près de deux mois après les dates traditionnelles, placées cette année encore à l’agenda. Dévoilée ainsi, la 25e édition tient du petit miracle, rendu possible par un élan d’amitiés fidèles et indéfectibles qui se sont mobilisées durant les semaines de doutes.

«Le jour où les premières mesures restrictives ont été édictées par les autorités fédérales, nous avons été contraints, comme tout le monde, de placer notre histoire entre parenthèses», se souvient Lesley de Senger, fondatrice, directrice et âme du rendez-vous musical. Très vite, cependant, il a fallu retrouver le fil de cette histoire, lorsque la commune de Bellerive, qui loue la ferme où se tient la manifestation, nous a écrit pour s’enquérir du devenir du festival. Alors, tout annuler? Repousser d’une année ou de quelques mois seulement? «Nous avons étudié tous les scénarios, relève la directrice, mais il a été très vite clair que rien ne pouvait être envisagé sans sonder au préalable les sponsors et les mécènes pour savoir s’ils étaient toujours là, à nos côtés. À ma plus grande surprise, j’ai constaté que tout le monde était partant et que de nouveaux sponsors étaient prêts à nous rejoindre.»

Masques et jauge réduite

Alors bien sûr, au cœur du domaine qui accueille l’événement, placé dans un cadre époustouflant où la vue porte très loin sur le lac, l’ambiance sera toujours à la garden-party chic et décontractée. Mais tout ne sera pas pour autant comme autrefois. La jauge de la salle, qui par jours de grande affluence pouvait atteindre les 450 places, sera désormais réduite à 320. Les raisons sanitaires pousseront aussi les organisateurs à conseiller le port d’un masque et à en distribuer à l’entrée. «Mais sur ces questions, tout reste ouvert et plus ou moins flou. Nous attendons alors de voir l’évolution de la pandémie», souligne Lesley de Senger. Un fait est cependant certain: le manque à gagner sur le front de la billetterie – ligne comptable qui représente tout de même 40% du budget – a poussé à réduire le nombre de musiciens invités et à ajuster le programme prévu à l’origine.

«Nous recevons tous les jours des messages de remerciement des mélomanes»

Lesley De Senger, fondatrice et directrice du festival de Bellerive

L’affiche, elle, demeure fidèle à une tradition qui a fait ses preuves depuis plus de deux décennies. À Bellerive, il sera encore et toujours question de musiciens jeunes et talentueux, certains déjà solidement installés dans le paysage européen, d’autres étant en pleine ascension. La plupart connaissent les lieux et y reviennent presque en amis. Le cas le plus éclatant de fidélité étant sans doute celui du pianiste irlandais Finghin Collins. On le retrouvera aux côtés de la Camérata du Léman et de la soprano Clémence Tilquin pour un concert matinal, le 30 août, entièrement consacré à des airs d’opéra italien. Le lendemain, relevons le retour de l’excellente violoncelliste Camille Thomas, accompagnée par l’ensemble Appassionato dirigé par Mathieu Herzog. Un dernier rendez-vous à ne pas manquer? Celui que donne le pianiste Nelson Goerner, qui consacre sa carte blanche à des pièces de Beethoven et d’Albéniz. L’ouverture et la clôture du festival reviendront à une autre figure du festival, le chef Gábor Takács-Nagy, qui dirigera tour à tour l’Orchestre de chambre de Genève et les Chaarts Chamber Artists.

Un remède pour les âmes

Pour relever entièrement le pari, il ne reste désormais qu’une inconnue, celle du public. Suivra-t-il la proposition? Sera-t-il débarrassé des craintes que suscite le virus? Alors que le festival vient d’ouvrir sa billetterie, la direction affiche déjà un optimisme solide. «Nous recevons tous les jours des messages de remerciement des mélomanes. Les réservations fusent avant même la publication de notre affiche, souligne Lesley de Senger. Tout le monde est heureux de voir que nous avons réussi à maintenir le rendez-vous. La musique va être le meilleur remède pour les âmes du public et des musiciens.»

Festival de Bellerive, du 27 août au 3 sept. Rens. www.bellerive-festival.ch