À Arles, les talents romands sont nombreux, et ce n’est pas un hasard

Rencontres de la photographieGenève est à l’honneur à Arles, avec plusieurs artistes. Fruit d’une volonté.

«Artificial bridge and trees», Dubaï, 2018, une image de Mario Del Curto exposée cette année à Arles.

«Artificial bridge and trees», Dubaï, 2018, une image de Mario Del Curto exposée cette année à Arles. Image: Mario Del Curto

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«Les photographes suisses ont toujours été très présents à Arles, mais pas la photographie suisse, et c’est là que nous, on intervient.» Distinction tout en finesse que formule Nicolas Bideau, le «Monsieur Marketing» du pays. Ici, il ne vend pas la Suisse des montagnes ou du chocolat, «c’est plus fin, c’est plus subtil», sourit-il avec une touche de rouerie.

Nous sommes aux Rencontres d’Arles, la Mecque de la photographie, où traditionnellement, les photographes helvétiques ont un bon accueil. Il faut dire que la Suisse a produit des géants – les Werner Bischof, Robert Frank, René Burri – mais aussi qu’elle a joué un rôle de pionnière dans la formation (Vevey) ou la reconnaissance muséale (Zurich, Lausanne, Winterthour). Autant de facteurs qui ont créé un terreau favorable à l’émergence de nouveaux talents. Depuis cinq ans, Nicolas Bideau joue la carte d’un partenariat avec les Rencontres d’Arles pour y renforcer encore cette présence des photographes suisses.

Résultat: Mario Del Curto, Christian Lutz et le tandem Daphné Bengoa/Leo Fabrizio occupent cette année trois espaces privilégiés.

On commence par l’endroit le plus frais, juste à côté de la gare, dans une petite forêt appelée le Jardin: là, en plein air et parmi les arbres, le Vaudois Mario Del Curto a accroché 42 agrandissements d’une série intitulée «Humanité végétale». Cela fait dix ans qu’il travaille sur ce projet consacré aux jardins, aux plantes, à la diversité végétale… Une démarche phénoménale, qui l’a conduit partout à travers la terre, tirant près d’un demi-million de photos qui traquent les liens de l’homme avec le végétal. Mario Del Curto se décrit comme «un explorateur en zigzag», son thème est immense, qui va de la beauté de la nature à l’horreur de ce qu’on en fait.

Après la fraîcheur du Jardin, l’ambiance étouffante de la Maison des peintres, un vaste hangar chauffé par le soleil, où le Genevois Christian Lutz présente «Eldorado». Cette ambiance de fièvre convient à son exposition qui met en parallèle l’univers du jeu d’un Las Vegas un peu fatigué, usé, et celui de Macao, en Chine, dopé par une ferveur d’une brutalité sans limites pour l’argent et la consommation. Le parallèle se lit comme une image du nouveau capitalisme qui bouscule l’ancien.

Autre lieu, autre ambiance. À quelques kilomètres d’Arles, l’abbaye de Montmajour abrite le travail des Valdo-Genevois Leo Fabrizio et Daphné Bengoa. Pendant cinq ans, ils ont retrouvé en Algérie toutes les constructions bâties après la guerre par un architecte français, Fernand Pouillon, et ils documentent la manière dont ses grands ensembles populaires sont vécus au quotidien par leurs habitants.

Sam Stourdzé, le directeur des Rencontres d’Arles, souligne la capacité des photographes suisses à mener des projets sur le long terme, démarche exemplaire et qui est rendue possible par l’aide de sponsors et des collectivités publiques. «Vous avez une génération de jeunes photographes talentueux, c’est grâce à votre soutien», a-t-il souligné dans un discours à l’adresse des officiels suisses. La remarque est sans doute pertinente, mais aussi en partie fausse. Daphné Bengoa et Léo Fabrizio sont juste à côté, on leur demande combien d’argent ils ont reçu: «Euh… vous voulez la réponse? Ça va casser l’ambiance… Rien! On a tout payé de notre poche.» Comme quoi, l’argent ne fait pas tout le talent des Suisses…


Rencontre d'Arles
Jusqu'au 22 septembre
www.rencontres-arles.com

Créé: 03.07.2019, 19h27

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