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Face-à-face5G: danger ou nécessité?

Le moratoire genevois sur la mise en fonction de la technologie 5G n’empêche pas des antennes de fleurir, prêtes à passer à la vitesse supérieure.

HERRMANN

Le moratoire genevois sur la mise en fonction de la technologie 5G n’empêche pas des antennes de fleurir, prêtes à passer à la vitesse supérieure. Une conseillère municipale auprès de laquelle des administrés se plaignent des effets de la 4G sur leurs têtes écoute leur peur du passage à la 5G. Un Jeune PLR prône moins d’antennes mais plus puissantes, pour qu’internet gagne en efficacité.

Des antennes 5G sur nos têtes? Attention!

Catherine Armand Conseillère municipale Chêne-Bougeries

Dès l’annonce en 2018 du prochain déploiement de nouvelles antennes 5G sur le territoire suisse, de nombreuses voix se sont élevées contre une fuite en avant technologique dans un but purement économique, sans études scientifiques sérieuses préalables.Cela a été notamment le cas chez les 1500 habitants du quartier de la Gradelle à Chêne-Bougeries: pas moins de trois antennes 5G garnissent aujourd’hui les toits de leurs immeubles. Situées à quelques dizaines de mètres les unes des autres, elles cernent une crèche, une école primaire et un établissement médico-social. La concentration d’antennes dans ce quartier dense mais néanmoins paisible suscite de vives réactions de la part des riverains comme des élus locaux.

Les élus ont le devoir d’écouter les inquiétudes de la population, dues à la méconnaissance des effets sur la santé de l’exposition au rayonnement des antennes, au manque de transparence des opérateurs qui ne rendent pas les données facilement accessibles et à une perte de confiance envers les institutions, la Confédération ayant vendu très cher (380 millions de francs) les concessions aux opérateurs. La loi votée par le Grand Conseil en février oblige les opérateurs pendant une durée de trois ans à déposer des demandes d’autorisation pour toute installation ou modification d’antenne. Cette mesure contraignante vient compléter le moratoire décrété par le Conseil d’État en 2019, qui suspend ainsi toutes les demandes, tant qu’une incertitude demeure au niveau fédéral. En effet, le groupe d’experts mandaté par la Confédération a reconnu dans son rapport rendu public fin 2019 qu’il n’était pas possible à ce jour de déterminer si le niveau de rayonnements de la 5G présentait ou non des risques pour la santé.

La gauche de Chêne-Bougeries, suivie par le Conseil municipal, avait tiré la sonnette d’alarme en juin 2019 déjà, en votant une motion afin de freiner l’installation d’antennes 5G sur la commune. Le Conseil administratif, à majorité Verte depuis le 1er juin, a de son côté récemment annoncé qu’il s’alignait sur la politique du canton en donnant des préavis négatifs systématiques pour toute demande d’autorisation de construire qui concerne la technologie 5G. Cela fait partie du rôle de proximité des communes que de préserver le bien-être, la quiétude et la santé de leurs habitants, en leur assurant un environnement sain, qui est par ailleurs un droit inscrit dans la Constitution genevoise.

Ainsi, le principe de précaution doit être respecté tant que des données scientifiques claires ne sont pas disponibles. La Suisse étant l’un des premiers pays à s’être lancés à large échelle dans l’équipement de son territoire en antennes 5G, nous pouvons nous permettre un temps d’arrêt. Prenons le temps de réfléchir à quelle société nous voulons pour demain: un monde hyperconnecté dans lequel l’obsolescence de tous nos appareils actuels est déjà programmée, ou une société plus lente et plus saine, dans laquelle nous choisissons de vivre plus simplement?

À une époque où la Suisse fait la part belle au progrès social avec l’adoption du mariage pour tous, le progrès technologique semble en revanche rencontrer une opposition de plus en plus forte dans notre pays. Pendant la crise, nous avons pris conscience que le télétravail est un modèle qui fonctionne. Disposer d’un réseau relativement développé était une condition essentielle pour que ce tournant numérique se déroule presque sans accroc. Je dis bien presque, car malgré une situation qui n’a rien à envier en comparaison internationale, le réseau suisse a souvent atteint ses limites.

Que l’on ait dû participer à des centaines de vidéoconférences ou non, cette réalité a pesé. Mon bureau situé au milieu de la Vieille-Ville de Genève n’a que très peu de réseau. Ce qui est non pas seulement ridicule, mais surtout incroyablement fastidieux. Et même si la technologie permet aujourd’hui de travailler sur son ordinateur portable en se déplaçant en train, la mauvaise connexion internet a déjà frustré beaucoup de travailleurs ambulants. La technologie 5G résoudrait non seulement le problème du réseau, mais elle ouvrirait aussi des perspectives entièrement nouvelles, comme les autres générations technologiques qui l’ont précédée. Le fait que les télécommunications et le progrès technique dans ce secteur créent des milliers de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités n’est qu’une partie de l’équation. La technologie a en effet massivement simplifié notre vie quotidienne. Qui voudrait sérieusement revenir à l’époque d’avant?

Ceux qui se disent «progressistes» sont au contraire souvent les plus hostiles au progrès technologique, et même au progrès tout court. Les possibilités du télétravail, notamment en termes d’égalité des sexes et de désengorgement des routes, sont aujourd’hui dépendantes d’un réseau de qualité dont les conditions sont remises en question par des arguments incroyablement douteux. La Suisse connaît des normes de protection élevées en comparaison internationale. Notre grand voisin, la France, opère ici avec des standards complètement différents. Nous pouvons tous le constater: bien que l’on soit au milieu de la Suisse, le smartphone se connecte régulièrement au réseau français, car les antennes françaises sont orientées vers notre territoire. Même en supposant que la Suisse soit une île (ce qui n’est évidemment pas le cas), les exigences imposées au réseau actuel sont en constante augmentation.

Le principe de précaution n’a dans cette situation que peu de sens, puisque sans la 5G, des milliers d’antennes 4G supplémentaires seraient nécessaires: la population serait exposée à plus de radiations que si des antennes 5G moins nombreuses mais plus puissantes étaient installées. Retarder la mise en place du réseau 5G sans éléments solides revient à refuser le développement d’une technologie essentielle. À mes yeux, cette posture est tout sauf progressiste.