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Notre histoire1862: Du dernier usage de la guillotine à Genève

En octobre 1940, Obwald est le dernier canton à exécuter un condamné. Genève range sa trancheuse bien plus tôt.

Les plans de l’architecte Joseph-Louis Brolliet ont servi à la construction de la guillotine genevoise, laquelle est aujourd’hui exposée à la Maison Tavel.
Les plans de l’architecte Joseph-Louis Brolliet ont servi à la construction de la guillotine genevoise, laquelle est aujourd’hui exposée à la Maison Tavel.
Archives d’Etat

C’était il y a tout juste quatre-vingts ans. Hans Vollenweider, auteur d’un triple meurtre dont celui du policier Aloïs von Moos, est exécuté le 18 octobre 1940 dans la prison de Sarnen, à Obwald. C’est la dernière fois que la guillotine exerce sa fonction macabre en Suisse, alors que l’abolition de la peine de mort pour les crimes de droit commun, votée en 1938, entre en vigueur en 1942. Une première abolition à l’échelle fédérale avait été prononcée en 1874, mais la peine capitale est réintroduite par référendum en 1879 sous le poids des cantons catholiques. Durant cette période de réintroduction, le contexte reste toutefois globalement abolitionniste: on compte neuf justiciables condamnés à la lame du terrifiant engin (pour 22 condamnations à mort), et cela uniquement en terres catholiques.


Mais remontons encore un peu le temps. Au XIXe siècle, Genève la protestante, la libérale, va devoir, paradoxalement, se faire à l’usage de la machine du Dr Guillotin. Ce basculement a lieu en 1798, quand Genève perd sa souveraineté. Son rattachement à la France implique aussi l’adoption de son Code pénal, lequel prévoit la guillotine pour exécuter les condamnés à mort. Le premier verdict de peine capitale à mettre en œuvre par ce moyen intervient à l’hiver 1799. Il s’agit dès lors de concevoir techniquement la machine à exécuter. Le bourreau se rend à Chambéry pour trouver un modèle de la guillotine, et les plans de construction sont confiés à un menuisier genevois, Jean-François Nicolas Boiteux. Il faut plus de quarante jours pour construire la machine, dont la particularité est d’être peinte en rouge. Actionnée par les bourreaux Pasteur, elle est utilisée 33 fois durant la période française, entre 1799 et 1813.

Un modèle copié

En 1836, la guillotine genevoise va servir de modèle pour d’autres cantons: Zurich dépêche un mécanicien pour copier les plans de la machine. Lucerne l’adopte aussi. Mais cette influence est à contre-courant de ce qui anime les esprits à Genève. Dès la Restauration, des notables et philanthropes, comme Jean-Jacques de Sellon, se réclamant de la philosophie des Lumières, vont lutter publiquement contre la peine de mort. Un mouvement qui ne cessera de prendre de l’ampleur. «Dans les années 1830-1840, la classe politique genevoise, attachée aux valeurs libérales et radicales, va beaucoup militer pour l’abolitionnisme. On se réinscrit dans une conception très républicaine, légaliste et utilitariste de la justice, loin de l’absolutisme du droit régalien», explique Michel Porret, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Genève. À la libération du joug français, la guillotine n’est d’ailleurs plus guère utilisée. On ne compte «que» six exécutions entre 1813 et 1862.

À Genève, ces exécutions publiques se déroulent sur la place Neuve, entre les bas de la Tertasse et de la Treille, là où aujourd’hui on célèbre par une statue les œuvres de l’humaniste Henry Dunant. Des milliers de badauds viennent assister au rite patibulaire censé restaurer publiquement l’ordre social. En 1862, lors de la dernière exécution, celle d’un jeune homme de 21 ans, Maurice Elcy, condamné pour un meurtre aux Bastions, 10’000 personnes se massent à proximité de l’échafaud. Des policiers à cheval sont présents pour éviter tout débordement. «La foule s’est comportée avec un calme remarquable», écrit le «Journal de Genève» le 25 avril 1862, au lendemain de l’exécution. «Son attitude a été celle qu’elle devrait toujours être en de pareilles occasions, c’est-à-dire celle de citoyens qui assistent, dans un moment sérieux de justice, mais sans haine ni révoltantes bravades, à l’expiation d’un crime commis par l’un de leurs semblables.» Et le journal d’ajouter sa satisfaction de voir que «le nombre de femmes accourues pour voir ce spectacle sanglant a été proportionnellement beaucoup moins important» que lors de la précédente exécution, un an auparavant. Celle de Claude Vary, auteur d’un triple meurtre. Son exécution est un fiasco: le bourreau s’y prend mal, et voilà le supplicié scalpé plutôt que guillotiné. La foule est horrifiée.

«Quand donc la loi s’ajustera-t-elle au droit? Quand donc la justice humaine prendra-t-elle mesure sur la justice divine? […] Dans votre seule ville de Genève, vous avez vu deux guillotines dressées en dix-huit mois», s’indigne dans une lettre Victor Hugo, en combat contre la peine de mort. Nous sommes en novembre 1862, et il écrit cette missive en réponse à une sollicitation des républicains progressistes de Genève, qui l’appellent à l’aide dans leur tentative de supprimer la peine de mort du Code pénal. Celle-ci n’en a plus pour longtemps. En 1871, le Canton abroge la loi, trois ans avant la Confédération. La guillotine genevoise, incomplète, est encore visible à la Maison Tavel.

7 commentaires
    Pierre Detaye

    C’est pas Michele Chauderon mais Michée Chauderon la dernière femme suppliciée