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Notre histoire1774: Voltaire se bat pour libérer les serfs du Jura

Le dernier combat du philosophe aura été contre l’esclavage.

Photo ancienne de Voltaire à Ferney, par le même sculpteur que la statue de Louis Favre à Chêne-Bourg.BGE
Photo ancienne de Voltaire à Ferney, par le même sculpteur que la statue de Louis Favre à Chêne-Bourg.BGE
BGE

Depuis les dernières grandes manifestations d’indignation aux États-Unis et en Europe en réaction aux violences policières contre des Noirs, certaines statues tremblent. En Suisse, celle du Neuchâtelois de Lisbonne David de Pury, bienfaiteur de sa ville natale, est visée. Cela fait longtemps que les pigeons lui témoignent leur mépris en recouvrant sa noble perruque et ses épaules de leurs fientes. Cette effigie en bronze, inaugurée en 1855, a été réalisée par le célèbre sculpteur français David d’Angers, auteur des bustes de nombreuses célébrités: Balzac, Chateaubriand, Hugo, Goethe, Lafayette et bien d’autres.

C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe»

L’esclave mutilé parlant à Candide

On a beaucoup élevé de statues au XIXe siècle. À Ferney, celle de Voltaire orne la place principale de la ville depuis 1890. Elle est l’œuvre d’Émile Lambert, qui posséda l’ancien château du patriarche. Les habitants de Chêne-Bourg connaissent bien sa représentation monumentale de Louis Favre, l’ingénieur du premier tunnel ferroviaire du Saint-Gothard. On a toujours su que Voltaire gérait sa fortune en bon capitaliste de son temps, ce qui pouvait impliquer des bénéfices réalisés grâce au commerce avec les colonies. En cela, il peut avoir profité du système.

Voltaire contre l’esclavage

De là à voir en lui un partisan de la traite des Noirs, il y a un pas difficilement franchissable. Nous avons posé la question à François Jacob, ancien directeur de l’Institut et Musée Voltaire (IMV) à Genève, qui s’apprête à prendre ses nouvelles fonctions de professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’Université de Lyon III. Il est l’auteur d’une biographie de Voltaire parue en 2015 (Folio). «L’homme a lutté toute sa vie contre l’esclavage, affirme le spécialiste. Certes il avait confié de l’argent à son banquier Jean-Robert Tronchin pour le faire fructifier, mais sans qu’on puisse dire avec certitude si le philosophe savait dans quelles affaires son pécule était investi.»

François Jacob recommande la lecture des articles «Esclavage» publiés par Voltaire dans «Questions sur l’Encyclopédie» (1770) et «Commentaire sur L’Esprit des lois» (1777). Le patriarche de Ferney a aussi dénoncé les excès du Code noir de Colbert dans son chapitre du conte philosophique «Candide» appelé «Le Nègre de Surinam». «C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe», répond l’esclave mutilé à Candide. «Le dernier combat de la vie de Voltaire sera en faveur des serfs d’un couvent du Jura, des «hommes plantes», comme ils les appellent, explique François Jacob.

Ces Français étaient la propriété des bénédictins de Chézery. Ni les rois ni l’Église ne voulurent les libérer, malgré les suppliques du vieil homme. Il fallut le vent de la Révolution pour que ce privilège tombât avec tous les autres, en août 1789, onze ans après la mort de Voltaire.»«C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe»L’esclave mutilé parlant à Candide.