1000 viesLettre d’adieu aux États-Unis d’Amérique
- L’alliance politique trumpiste avec Poutine est une trahison.
- L’Amérique pouvait autrefois être perçue comme un espoir de liberté.
- Il est temps de dire adieu aux États-Unis.
Je me souviens de la Chevrolet de mon père, de la Chrysler vanille et chromée d’un oncle d’Amérique. Il y avait certes l’idée que les Ricains étaient dingues, bruyants, gros, un peu cow-boys, qu’ils avaient massacré les Indiens, que le pays était plein de flingues, qu’ils se comportaient comme des saligauds racistes avec les Noirs ou d’autres communautés. On n’oubliait pas sainte Rosa Parks, et le Klan, et qu’ils avaient descendu Luther King à Memphis. Et encore: le Vietnam avait été une énorme erreur, une impardonnable tragédie.
Mais demeurait l’idée d’un mouvement, avec l’Amérique. D’une capacité à se remettre en question, et alors ce mouvement pouvait rester solidaire d’un certain progrès. Appelez cela l’atlantisme naïf, si vous aimez le sarcasme, mais oui: tout valait mieux que le goulag et le gris. La liberté, pour faire court. Une démocratie relative, un hédonisme à rêver, le corps et le sexe plus heureux, la révolte musicale, Elvis, Miles, Janis, Lou, Aretha, Billie, un mode de consommation contestable mais populaire, construit sur l’espoir que toutes et tous avaient droit au succès, même warholien, ne fût-ce qu’un quart d’heure. Bref, on se croyait plus intelligents, plus cultivés, venus de plus loin, d’une histoire plus forte, par ici, mais je ressentais l’Amérique en alliée. Oui, il me semblait qu’en 1917 ou en 44, ils étaient venus, et étaient morts parfois à notre place, quels que furent alors les arrière-pensées. Il en demeurait une proximité. Sur une rivière du Montana, dans un club de New York ou de La Nouvelle-Orléans, où à Key West autour de la piscine d’Hemingway, j’ai été tellement chez moi.
Je me sens trahi, désormais. Au sens littéral, personnel, historique et militaire. La scélérate alliance trumpiste avec Poutine m’apparaît comme la plus folle ignominie politique depuis le pacte germano-soviétique. Il ne faut pas minimiser de telles horreurs, les brutalités, les retournements d’alliance aussi écœurants: c’est de la trahison.
Pathétiquement, j’en suis à éviter le soda le plus célèbre, à ne plus mettre les pieds dans les fast-foods que vous savez. Je vomis les Tesla. Je cherche un téléphone coréen, je dois lâcher mes sublimes Carmelo Anthony achetées jadis à Harlem pour de moches baskets allemandes quand je vais jouer à la balle orange. Je sais que ça ne sert à rien, gouttes d’eau ridicules, que je suis énervé, cerné, GAFA, jeans et tutti quanti.
Mon père, en trop énorme voiture verte ou bleue, parlait de «saine colère» quand il pensait qu’elle pouvait être bonne conseillère. J’ai adoré une certaine idée des États-Unis, aspiration swinguante, cruelle et si imparfaite à plus de vérité et de justice, de démocratie. Mais je crois qu’en moi, la voix de papa me conseille de dire adieu à cette Amérique-là.
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