Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

1000 viesNavalny, la voix étouffée par le Kremlin

Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

L’idée n’est pas d’en faire un héros, d’Alexeï Anatolievitch Navalny, assassiné par Vladimir Poutine dans un camp de concentration de l’Oural polaire, il y a quelques jours. L’idée est de garder de lui l’essentiel, lâché peu après son arrestation, lorsqu’il revint de son plein gré en Russie, début 2021, après une tentative ratée d'empoisonnement: «Une bande de voleurs se sont affublés d’uniformes, grades et épaulettes, ont placé sur le trône leur roi, et ont annoncé à un peuple de 150 millions de personnes: «La loi, c’est nous. Tout ce qui nous déplaît, nous le déclarons comme illégal. Et nous jetterons en prison tous ceux qui s’élèvent contre nous.»

L’idée est de saluer le courage et l’optimisme d’Alexeï Anatolievitch Navalny. Car il voulait sans doute croire vraiment que Poutine se contenterait de le laisser croupir des années en prison. Pourtant, il savait. Et repensons un instant à quelques autres, à ce que fut leur sort: Natalia Estemirova, Stanislav Markelov, Boris Nemtsov, Anastasia Babourova, Alexandre Litvinenko, Sergueï Magnitski, Anna Politkovskaïa, Boris Berezovsky.

L’idée est aussi de tenir face à l'habituelle cinquième colonne, ici aussi, qui viendra nous ânonner que rien n’est si clair, que Poutine maîtrise tout, qu’il va bien falloir se résoudre à s'écraser en lui lâchant le Donbass et la Crimée, puis la Finlande et la Moldavie, un bout des Baltes, et puis la Pologne comme la Suède sont quand même bien trop grandes, vous ne trouvez pas? De toute façon, en Russie, Alexeï Anatolievitch Navalny n’était politiquement pas grand-chose. C’est faux. Laminé par la propagande et la censure, il était «pas grand-chose». Mais en cas d'élections juste un tout peu plus libres, il était d’abord l’espérance «d’autre chose».

L’idée serait évidemment que la fin brutale d’Alexeï Anatolievitch Navalny serve à une neuve prise de conscience. Poutine est un tueur et il ment. Sur tout. En permanence. Sans arrêt. Il ment sur l’histoire, sur l’Ukraine, sur la Russie, sur ses opposants, sur l’Occident, sur ses ambitions, sur son armée, sur ses généraux, sur les morts et les vivants. On peut trouver tous ces mensonges cyniquement habiles et finement politiques, le «narratif» est déjà en place.

Mais Alexeï Anatolievitch Navalny crevant à Kharp est aussi le signal, des États-Unis à l’Europe, qu’il s’agit d’affronter le réel et d’en tirer les conséquences. Au hasard, Viola Amherd dépenserait plus utilement 31 milliards de francs en les mettant à disposition de l’armée ukrainienne qu’en réarmant sur des années nos militaires d’opérette. Je blague, je sais que ce n’est pas possible, car la neutralité et tout ce commode charabia. Mais ensuite, il ne faudra pas venir se plaindre. «Ne restez pas à ne rien faire», disait Alexeï Anatolievitch Navalny, il y a dix ans.

Newsletter
«La Tribune des opinions»
Avec la Tribune des Opinions, retrouvez tous les lundis les analyses, éditoriaux, courriers des lecteurs, avis d’experts… Autant d’éclairages pour vous faire votre propre opinion.

Autres newsletters